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Société - Article paru le 11 août 2009 dans l'humanité

 

« Les jeunes ont le sentiment de hurler dans le désert »

Pour Marc Everbecq, le maire communiste de Bagnolet, l’État doit apporter des réponses concrètes aux problèmes des quartiers populaires.


Comment réagissez-vous après le décès d’un jeune Bagnoletais au terme d’une course-poursuite avec la police ?


Marc Everbecq. Nous ressentons beaucoup d’amertume. La mort d’un jeune est toujours un désastre.


Doit-on imputer ce drame à la dégradation des rapports entre les jeunes et la police ?


Marc Everbecq. La tension règne, depuis plus d’un an, dans toutes les villes populaires. Les jeunes entretiennent des rapports difficiles avec la police, mais aussi avec leurs aînés, avec les institutions républicaines, avec leurs familles. L’exaspération s’exprime de tous les côtés, alimentant un cercle vicieux de méfiance mutuelle. Certains jeunes se passionnent pour des engins comme les moto-cross ou les quads, dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Ils en usent sans se soucier des règles élémentaires de sécurité et de vivre ensemble, sans que rien ne puisse leur faire entendre raison. Le dialogue, quel que soit l’interlocuteur, est extrêmement difficile.


Quel est le poids du contexte social ?


Marc Everbecq. Les questions soulevées en 2005 par les émeutes dans les cités populaires restent entières. Les problèmes de fond de l’emploi, du logement, de l’avenir des jeunes n’ont jamais été traités. Où sont, par exemple, les résultats du fameux « plan espoir banlieues » ? Au contraire, nous avons assisté, ces dernières années, à une nette dégradation sociale. Les dispositifs se succèdent, se superposent, sans réelle efficacité. Privés de parole, privés d’avenir, les jeunes des quartiers populaires ont l’impression de hurler dans le désert. Un profond malaise s’exprime : celui d’une jeunesse qui a le sentiment qu’elle n’a pas sa place dans la France d’aujourd’hui.


Pourquoi avez-vous lancé une pétition, il y a quelques semaines, pour demander l’affectation d’une unité territoriale de quartier (UTEQ) ?


Marc Everbecq. Les commissariats de banlieue fonctionnent en sous-effectifs. On ne peut pas se satisfaire, en outre, d’un service public de la police accaparé par la seule lutte contre la criminalité et la délinquance, sans le moindre volet préventif. En quinze jours, cette pétition a recueilli 1 100 signatures.


Le bilan des politiques conduites par la droite est-il en cause ?


Marc Everbecq. La droite a fait un choix clair : celui de stigmatiser une partie de la jeunesse, qualifiée de « racaille », en faisant mine de tendre la main à « ceux qui veulent s’en sortir ». Mais quel jeune rêve de passer sa vie replié, à s’ennuyer, sans travail, sans avenir ? Tous veulent s’en sortir. Nous devons donc tous les aider à formuler et à réaliser un projet de vie. Alors que les banques déversent des millions de bonus sur les traders, nous n’aurions pas les moyens d’aider la jeunesse à bâtir un avenir ?


Entretien réalisé par R. M.

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Tag(s) : #Société
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