« Les jeunes ont le sentiment de hurler dans le désert »
Comment réagissez-vous après le décès d’un jeune
Bagnoletais au terme d’une course-poursuite avec la police ?
Marc Everbecq. Nous ressentons beaucoup d’amertume. La mort d’un jeune est toujours un
désastre.
Doit-on imputer ce drame à la dégradation des rapports
entre les jeunes et la police ?
Marc Everbecq. La tension règne, depuis plus d’un an, dans toutes les villes populaires. Les jeunes entretiennent
des rapports difficiles avec la police, mais aussi avec leurs aînés, avec les institutions républicaines, avec leurs familles. L’exaspération s’exprime de tous les côtés, alimentant un cercle
vicieux de méfiance mutuelle. Certains jeunes se passionnent pour des engins comme les moto-cross ou les quads, dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Ils en usent sans se soucier des
règles élémentaires de sécurité et de vivre ensemble, sans que rien ne puisse leur faire entendre raison. Le dialogue, quel que soit l’interlocuteur, est extrêmement
difficile.
Quel est le poids du contexte
social ?
Marc Everbecq. Les questions soulevées en 2005 par les émeutes dans les cités populaires restent entières. Les
problèmes de fond de l’emploi, du logement, de l’avenir des jeunes n’ont jamais été traités. Où sont, par exemple, les résultats du fameux « plan espoir banlieues » ? Au
contraire, nous avons assisté, ces dernières années, à une nette dégradation sociale. Les dispositifs se succèdent, se superposent, sans réelle efficacité. Privés de parole, privés d’avenir,
les jeunes des quartiers populaires ont l’impression de hurler dans le désert. Un profond malaise s’exprime : celui d’une jeunesse qui a le sentiment qu’elle n’a pas sa place dans la
France d’aujourd’hui.
Pourquoi avez-vous lancé une pétition, il y a quelques
semaines, pour demander l’affectation d’une unité territoriale de quartier (UTEQ) ?
Marc Everbecq. Les commissariats de banlieue fonctionnent en sous-effectifs. On ne peut pas se satisfaire, en outre,
d’un service public de la police accaparé par la seule lutte contre la criminalité et la délinquance, sans le moindre volet préventif. En quinze jours, cette pétition a recueilli 1 100
signatures.
Le bilan des politiques conduites par la droite est-il
en cause ?
Marc Everbecq. La droite a fait un choix clair : celui de stigmatiser une partie de la jeunesse, qualifiée de
« racaille », en faisant mine de tendre la main à « ceux qui veulent s’en sortir ». Mais quel jeune rêve de passer sa vie replié, à s’ennuyer, sans travail, sans
avenir ? Tous veulent s’en sortir. Nous devons donc tous les aider à formuler et à réaliser un projet de vie. Alors que les banques déversent des millions de bonus sur les traders, nous
n’aurions pas les moyens d’aider la jeunesse à bâtir un avenir ?
Entretien réalisé par R. M.
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