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International - Article paru le 11 août 2009 dans l'Humanité

 

La fin de l’état de grâce en vue pour Barack Obama !



États-Unis . Les dégâts sociaux de la crise et les attentes frustrées à l’égard des promesses du président alimentent une chute de popularité accompagnée d’une montée de la violence des ultras.


« Le pire est peut-être derrière nous. » C’est par cette constatation prudente que Barack Obama a commenté les chiffres du chômage vendredi soir dans son message hebdomadaire. Ses premiers mots avaient été pour saluer « la meilleure nouvelle de notre économie que nous ayons espérée ». Peut-être ? La météo n’annonce que du mauvais temps, sauf pour Wall Street.

Le Bureau des statistiques du travail venait d’annoncer la destruction de 247 000 emplois en juillet. Moins que les mois précédents qui ont enregistré depuis décembre la suppression de 6,7 millions d’emplois, ce qui porte le nombre de chômeurs à 14,5 millions alors que la récession poursuit ses ravages. Des chômeurs qui ne trouvent, quand ils en trouvent, que des petits boulots temporaires,

intérimaires à bas salaires avec lesquels il faut survivre, payer le loyer, les crédits, les dépenses pour la santé.


Les promesses sont abandonnées


La réforme du système de couverture médicale a occupé vendredi soir les quatre cinquièmes de l’intervention du président. Fustigeant un système « favorable à l’industrie de la santé mais pas à vous », Obama s’est adressé à ceux qui sont saisis par le doute sur l’efficacité de ses propositions, en panne au Sénat. Deux sondages confirment, en effet, la baisse de popularité de Barack Obama dont la cote passe à 50 %, voire moins, ce qui lui laisse encore, certes, le soutien d’une forte majorité, après la période des six premiers mois généralement bien plus difficile pour ses prédécesseurs.

72 % (contre 21 %) pensent que le président ne tiendra pas la promesse de changer le système, selon l’enquête de l’université de Quinnipiac. Il perd, chez les femmes, les jeunes, les bas revenus, l’appui porté par l’espoir du changement, le slogan de sa campagne. La même enquête précise que plus de 60 % des personnes interrogées sont en faveur d’un plan qui permettrait d’opter pour une assurance gérée par le gouvernement, pour une forte taxe sur les hauts revenus, pour une

indemnité en faveur de ceux qui ont des bas revenus. Une indication nette du désarroi de classes sociales qui étaient le socle de son électorat. Toutes les demandes exprimées par ce sondage sont autant de promesses abandonnées sous la pression de l’industrie de la santé, des compagnies d’assurances, des sociétés propriétaires des hôpitaux et des patrons de l’industrie pharmaceutique.


Injures
et symboles nazis


Freedom Works (la liberté en action), une organisation républicaine, appelle sur son site à intervenir dans tout le pays et annonce une manifestation le 10 septembre à Washington. Des gens armés ont menacé des membres du syndicat des services (SEIU), celui des infirmières, à Saint Louis, selon le Huffington Post.

Sur des photos prises ailleurs, lors d’une intervention de Freedom Works, on voit des pancartes portant des croix gammées, barrées pour signifier, ni plus ni moins, le refus de suivre la réforme esquissée par la Maison-Blanche. Rush Limbaugh, l’un des commentateurs télé réactionnaires les plus célèbres, avait prétendu jeudi que le logo de la réforme d’Obama était similaire à un symbole nazi… L’étrange amalgame a soulevé l’indignation du prix Nobel Simon Wiesenthal. La même injure avait été employée par le même Rush Limbaugh contre le médecin récemment assassiné pour son activité en faveur de la liberté d’avorter.

Parmi cette débauche de moyens bien peu ragoûtants, on peut ajouter l’accusation reprise la semaine dernière contre Obama de ne pas être né à Hawaï, et donc de ne pas être un citoyen américain. Le racisme n’a pas disparu. Le président a dû publier son acte de naissance. Un climat dangereux est ainsi créé par des ultras qui reprennent vigueur à la faveur de la montée des doutes sur la politique d’Obama dans l’opinion, et cela dans un pays où l’on peut acheter des armes au coin de la rue.

Paralysés jusqu’ici par tous ces remous, les progressistes américains n’ont pas répondu aux appels adressés par les syndicats, par le président, la first lady, comme par les sites qui avaient joué un si grand rôle dans l’énorme mouvement de 2007. L’hebdomadaire The Nation rappelle que Roosevelt lorsqu’il fut élu en 1934 n’avait aucun new deal, aucune « nouvelle donne » à son programme, et que ce sont les manifestations, les grèves, l’intervention populaire massive qui l’ont conduit à imposer un système de sécurité sociale, d’indemnité pour les chômeurs, de retraite… Ce type d’appel pressant peut-il être entendu ?


Jacques Coubard

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Tag(s) : #Monde
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