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Société - Article paru le 10 août 2009 dans l'Humanité

 

Education nationale : Deux « désobéisseurs » contre-attaquent !


Éducation nationale . Enseignants à Marseille, ils contestent la sanction financière qui leur a été infligée pour n’avoir pas appliqué les mesures Darcos.


Bouches-du-Rhône, correspondant régional
.

Selon le syndicat SUD, une centaine d’enseignants du primaire dans les Bouches-du-Rhône auraient, durant l’année scolaire 2008-2009, désobéi aux directives concernant « l’aide personnalisée aux élèves » édictées par Xavier Darcos, alors ministre de l’Éducation nationale. Une dizaine d’entre eux se sont vu confisquer, juste avant les vacances, une partie de leur salaire. Les plus lourdement sanctionnés (trente-deux jours de retenue sur les payes de janvier, février et mars) sont Christine Jousset et Erwan Redon, enseignants à l’école des Convalescents, dans le quartier populaire de Belsunce, à Marseille.

Jeudi dernier, devant le tribunal administratif, ils contestaient cette punition financière. « Pas pour l’argent mais pour le principe », disait Christine Jousset qui ne regrette rien de la « résistance pédagogique » qu’elle a pu opposer dans sa classe de CP à des nouveaux programmes qu’elle estime « rétrogrades » et à cette mesure phare imposée par le ministre qui « ne respecte pas le rythme des enfants ».

Ces soixante heures annuelles d’aide personnalisée, prises en charge par les instituteurs, devaient s’effectuer, par tranches d’une demi-heure, durant la pause déjeuner. Pour le réseau de « désobéisseurs » né après la désormais célèbre lettre d’Alain Refalo, enseignant du Sud-Ouest, à son inspecteur d’académie, non seulement ce nouveau dispositif ne respecte pas les temps de repos et de loisirs des enfants mais il apparaît comme une façon déguisée de se débarrasser des RASED, ces éducateurs justement spécialisés dans l’aide individuelle aux élèves en difficulté.

À cela, Christine Jousset et Erwan Redon ont substitué des ateliers pédagogiques durant lesquels l’enfant pouvait choisir une activité (écriture, calcul, travail manuel). L’inspectrice de circonscription n’a pas apprécié. Dans d’autres écoles de Marseille, d’autres inspecteurs, sans valider la démarche des « désobéisseurs », ont fermé les yeux sur la mise en oeuvre de projets alternatifs.

En l’absence de représentant du rectorat d’Aix-Marseille, l’avocate des plaignants a donc eu beau jeu de dénoncer « une volonté de sanctionner financièrement et non disciplinairement » les deux fonctionnaires. Sanction d’autant plus incompréhensible, selon maître Sophie Semeriva, « qu’on ne peut pas parler de service non fait » à propos de ces « soixante heures Darcos » qui peuvent être placées à tout moment dans le calendrier scolaire. En conséquence de quoi, elle demandait au tribunal non seulement de « suspendre » toute décision concernant des retenues de salaire mais de « sanctionner l’arbitraire de l’administration ». Rumeur de satisfaction dans le public composé pour beaucoup de « désobéisseurs » qui attendent avec intérêt le délibéré qui sera rendu dans le courant de la semaine.


Philippe Jérôme

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Tag(s) : #Education
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