Pas d’enfants derrière les barreaux !
Marseille, correspondant régional.
« Les policiers de Marseille étaient tellement écoeurés que l’un d’entre eux est allé au McDo du coin à la recherche d’un petit cadeau pour les gosses », témoigne Bernard Neuville,
président de l’association niçoise Vie et Partages, venu manifester dès vendredi dernier à Marseille contre l’arrestation de deux familles originaires des Philippines, l’une à Beausoleil,
commune frontière de Monaco, comprenant le père, charpentier de marine, la mère, employée de maison, et une gosse de trois ans et demi, l’autre à Cannes, les parents employés de maison et Veta,
cinq ans.
ILS AVAIENT DÉPOSÉ DES DEMANDES DE RÉGULARISATION
L’auteur de cet exploit policier, le préfet des Alpes-Maritimes, Francis Lamy, a profité de la période des vacances scolaires pour faire embastiller ces deux enfants dont les domiciles étaient
parfaitement connus puisque leurs parents sans papiers, vivant et travaillant sur la Côte d’Azur depuis plus de cinq ans, avaient déposé auprès de ses services des demandes de régularisation.
« Dans quelle France vivons-nous ? » s’indigne Annie Carton, responsable locale du Réseau Éducation sans frontières (RESF). Le haut fonctionnaire avait aussitôt fait transférer
ces familles qui sont sous le coup d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) vers le centre de rétention du Canet à Marseille, seul habilité depuis 2007 dans la région à
recevoir des familles.
En fait, dès leur arrivée, mari et femme ont été séparés, les enfants étant « attribués » à la mère, ce qui fait s’apparenter cet endroit à une prison. Les militants du RESF de Nice, qui ont pu malgré tout se mobiliser en ce début août, en sont convaincus, ils clamaient, mardi dernier devant le palais de justice de Nice : « pas d’enfant en prison ! » Ils étaient sur la même longueur d’onde que le juge des référés de Lyon, qui a ordonné la remise en liberté d’enfants en rétention dans cette ville, considérant comme « humiliant et dégradant » le traitement qu’on leur infligeait (l’Humanité du 2 août). À Marseille, la petite Veta est, elle, toujours derrière les barreaux en attente de son expulsion. Présent à la manif de Nice, son oncle, lui aussi employé de maison mais, va comprendre, titulaire d’une carte de séjour de dix ans, l’a vue samedi dernier : « Elle était très choquée… Les parents n’ont plus d’espoir aux Philippines ; s’ils sont expulsés, ils feront tout pour revenir en France. » Alors que se disposait peu après un « cercle de silence » sur la place Masséna, tombait quand même une bonne nouvelle : l’une des familles, celle de Beausoleil, venait d’être libérée. Non pour des raisons humanitaires, loin s’en faut, mais parce que leur avocat a découvert… une erreur de procédure.
Pour les militants du Réseau, il ne fait pas de doute que le préfet Lamy, qui ne veut vraiment pas de bien à ces immigrés dans une région où pourtant l’économie touristique se gripperait sans eux, va poursuivre la traque. En conséquence de quoi, souligne Bernard Neuville, « cette famille et toutes celles que nous avons alertées vont replonger dans une clandestinité encore plus profonde ». Bref, en voulant soigner son score de clandestins expulsés, ce représentant du gouvernement non seulement a bafoué toutes les conventions internationales sur les droits de l’enfant mais a créé encore plus de clandestinité. Comme dirait le poète : pour une belle « Bessonnerie », c’est une belle « Bessonnerie ».
Philippe Jérôme
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