La crise profite au sida !

Afrique du Sud, Le Cap, 5e congrès de la Société internationale sur le sida (IAS) : « Réduire l’aide internationale allouée pour l’accès universel aux traitements antirétroviraux en
raison de la crise serait un désastre. » C’est par ces mots que Françoise Barré-Sinoussi, co-Prix Nobel de médecine 2008, concluait son discours inaugural, le 19 juillet dernier. Les
pontes du congrès se sont inquiétés, à l’unanimité, de l’absence de la question du sida au sommet du G8 d’Aquila. Alors qu’en 2005 le G8 s’était engagé à assurer l’accès universel au traitement
pour 2010, son silence n’augure rien de bon.
« Le VIH n’est pas en récession ! »
Précisons que l’aide financière des pays les plus riches est fixée au prorata de leur PIB, soit à 0,56 %. Une hausse de 0,01 % de ce taux permettrait ainsi de maintenir l’aide, en dépit de la chute actuelle des PIB due à la crise. « S’ils n’augmentent pas leur engagement, les gouvernements et leurs dirigeants seront responsables du désastre. Le VIH n’est pas en récession ! », s’est indignée Françoise Barré-Sinoussi, enfilant alors le tee-shirt « HIV Positive » de l’association sud-africaine Treatment Action Campaign (TAC). Sa secrétaire générale, Vuyiseka Dubula, venait d’évoquer la situation des pays d’Afrique australe, où les stocks d’antirétroviraux se vident et les dépenses de santé diminuent.
Pour l’heure, sur la somme promise par le G8 au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, il manque encore 3 milliards de dollars. Selon Act Up, « les 3 milliards nécessaires à la lutte contre le sida doivent être obtenus avant l’échéance du conseil d’administration », qui se réunira du 9 au 11 novembre en Éthiopie, à Addis Abeba. Dans le cas contraire, « le Fonds pourrait assouplir ses règles comptables, mais cela serait très mauvais signe… De toute façon, nous sommes loin de l’accès universel. L’an dernier, à Delhi, le Fonds a refusé des financements, alors même que la qualité des projets était reconnue », ajoute Jérôme Martin, le président d’Act Up.
Entre 2005 et 2007, le nombre de personnes infectées annuellement par le VIH est passé de 3 à 2,7 millions.
L’ONUsida constate que, depuis 2001, la situation sanitaire s’améliore pour un nombre croissant de pays grâce à l’aide internationale et aux actions juridiques, ces dernières ayant permis de
lever certains brevets. Le nombre de personnes sous traitement dans le monde est ainsi passé de 2 à 30 %. Précédant Françoise Barré-Sinoussi à la tribune, le professeur sud-africain Hoosen
Coovadia a déclaré : « Le fossé énorme qui existait entre les scientifiques et la société était en train de se réduire. Et c’est maintenant que l’on veut arrêter. Je suis en
colère. » Il avait introduit son allocution en rappelant : « Nous avons besoin d’aide, et vous avez besoin de nous. » En raison de son fort taux d’infection, l’Afrique
constitue, en effet, un lieu de recherche clinique à part entière. Entre autres pour les essais de vaccins, qui pourraient déboucher sur une protection mondiale de la
population.
5 milliardsde dollars requis
L’ONUSIDA estime que la crise, qui aura des « conséquences sérieuses et disproportionnées sur les plus pauvres », pourrait laisser 80 % de la population mondiale sans protection
sociale. Une pétition internationale, lancée en mai 2009 par plus de 50 associations, « Remind the gap », rappelle que les 5 milliards de dollars requis par le Fonds mondial pour
financer les programmes de gestion du sida, de la tuberculose et du paludisme représentent 0,2 % du plan de sauvetage bancaire du G8.
Henri Boulbich
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