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Article paru le 23 juillet 2009 dans l'Humanité


Editorial Par Jean-Paul Piérot

La misère n’est pas moins pénible au soleil !


La manière dont une communauté humaine fait face au défi du logement pour tous ses membres les plus fragilisés, les plus précaires est un symptôme qui ne trompe pas sur l’état de la société. Des formes humaines que l’on devine sous quelques hardes le long des rues froides des petits matins d’hiver aux tentes alignées le long du canal Saint-Martin et aux hôtels sordides des marchands de sommeil, la France est entrée dans le XXIe siècle avec les stigmates de la régression. La crise des politiques libérales, présentées depuis plus vingt ans comme le nouveau paradigme de la modernité, aggrave la situation du plus grand nombre, rend encore plus difficile la vie de ceux ont le moins, et les isole davantage.

Ce n’est pas un problème « saisonnier » qui alimente la compassion les soirs d’hiver, quand le thermomètre plonge et que l’actualité compte les morts d’hypothermie. Les hommes et les femmes sans toit sont aussi démunis en juillet qu’en janvier, la loi Boutin facilitant les expulsions locatives (accélérant les procédures de trois à un an) ne tient pas compte des aléas de la météo. À Paris, au mois d’août, la mort de faim, de manque de soins, quand les organismes sociaux et les associations tournent au ralenti, n’est pas moins inacceptable qu’un soir de réveillon. La misère n’est pas moins pénible au soleil.

Des hommes et des femmes résistent et mènent le combat de la solidarité humaine. Ils sont militants associatifs, élus progressistes, médecins, juristes. Chacun, selon ses compétences, est engagé dans la cause du logement social, de l’aide d’urgence, dans la cause de la dignité humaine.

La « maraude » des militants d’Emmaüs, que notre consoeur Lina Sankari a accompagnée dans le bois de Vincennes et dont nous publions le reportage, apporte un éclairage édifiant sur la violence que le capitalisme exerce sur les hommes. À deux pas des beaux quartiers, Jean-Marc, ingénieur du son, ayant travaillé pour des artistes parmi les plus connus, a trouvé abri sous les frondaisons du bois. Comme d’autres « résidents », il s’efforce de donner de l’humanité à son exil. Mais quel gâchis que ce déclassement de travailleurs qualifiés, jugés trop peu rentables à l’aune de la société du chacun pour soi que Nicolas Sarkozy a érigée en devise politique.

Car il s’agit bien - et de rien d’autre - des conséquences de choix politiques. Quand un gouvernement tolère que des municipalités persistent à violer la loi Gayssot, instaurant un seuil de 20 % de logements sociaux dans les programmes de construction, quand la fiscalité se fait douce aux nantis et qu’un ancien ministre socialiste préconise, en la camouflant de peinture, une nouvelle et lourde taxe qui frappera les familles populaires, on crée les conditions de la dégradation de la vie commune. Quand on estime à 100 000 le nombre des Jean-Marc, selon les données de la Fondation Abbé-Pierre, et que 600 000 personnes souffrent d’un manque de logements, nous sommes en présence d’un phénomène de masse qui appelle à une mobilisation citoyenne, à une inventivité dans les propositions alternatives de gauche.

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Tag(s) : #Société
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