Solidarité alimentaire : pourquoi le G8 n’est pas à la hauteur !
L’Aquila (Italie), envoyé spécial.
Le G8 a décidé hier de lancer en grande pompe une initiative contre la crise alimentaire. Il a annoncé qu’il entendait débloquer quelque 20 milliards de dollars (15 milliards d’euros) sur trois
ans pour aider « au financement de l’agriculture » dans les pays menacés. Les États-Unis devraient apporter 3,5 milliards de dollars, a souligné le président Obama qui est attendu
demain pour une visite en Afrique. La France déclare s’engager sur 2 milliards de dollars.
LES EFFETS DE LA CRISE ECONOMIQUE
La mise en scène est parfaite. Les représentants de huit pays africains (l’Afrique du Sud, l’Algérie, la Lybie, le Sénégal, le Nigeria, l’Angola, L’Égypte, l’Éthiopie), et une délégation de
l’UA (Union africaine), conviés hier à la table des « grands », comme c’est devenu l’habitude à l’occasion des ultimes journées des sommets, ont applaudi. Certes, la solidarité
internationale apparaît plus urgente que jamais. Car la crise économique frappe très durement les nations du Sud et le nombre de personnes souffrant de la faim sur la planète progresse à un
rythme infernal. Quelque 1,2 milliard de terriens sont désormais touchés, alerte la FAO (le Fonds des nations unis pour l’alimentation et l’agriculture) et l’inquiétude grandit dans toutes les
capitales de voir surgir de nouveau ici et là, comme l’an dernier, des émeutes de la faim. Le problème cependant c’est la qualité, voire la réa lité même de l’effort envisagé. Plusieurs
organisations non gouvernementales (ONG) ont souligné, ici à l’Aquila, en marge du sommet, qu’il fallait, cette fois, que les promesses faites soient tenues. En allusion aux offres d’aides très
médiatisées d’il y a cinq ans, au G8 de Gleneagles en Écosse. Moins d’un tiers seulement des 50 milliards de dollars promis au développement auraient été effectivement affectés, selon une étude
de l’ONU.
Cette fois-ci, juré craché, a indiqué Nicolas Sarkozy, en substance, les « engagements pris seront tenus. » Mais là encore un examen de la compression générale des budgets d’aide publique au développement (APD) déjà notoirement en dessous des objectifs fixés par les Nations unies aux pays riches (consacrer au moins 0,7 % de leurs PIB à cette aide) relativise pour le moins la portée des annonces grandiloquentes. « L’effort » de la France est aujourd’hui de moitié inférieur au chiffre fixé par l’ONU.
Mais surtout l’initiative des huit est en contradiction avec d’autres engagements du sommet. Le G8 se prononce en effet en faveur de la conclusion en 2010 du cycle de Doha de libéralisation des échanges. À l’heure où le phénomène du rachat des terres par les multinationales du Nord ou certains pays dotés de réserves atteint des proportions qui inquiètent tous les observateurs, les puissants ne trouvent à y opposer que de vagues professions de foi. Surtout l’accord à l’OMC qu’ils appellent de leurs voeux autorise non seulement une totale « liberté du commerce » mais vise à « garantir les investissements » réalisés à l’étranger.
les pays pauvres, les plus affectés Autrement dit : la souveraineté alimentaire et la nécessaire protection des
agricultures des pays les plus pauvres, pour qu’elles puissent se développer à l’abri de la concurrence insoutenable de l’agrobusiness, serait ainsi tout bonnement jetée aux
orties..
Bruno Odent
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