Quand la désobéissance s’impose à eux !
Ici, c’est un enseignant qui n’applique pas les dernières réformes rétrogrades du primaire, là, un employé de banque qui ne veut plus vendre de prêts « pourris » à ses clients, là
encore, un chef de service psychiatrique qui refuse de mettre ses patients à la rue au nom de la rentabilité de l’établissement… En France, la désobéissance civile face à l’emballement libéral
du gouvernement grandit de jour en jour. Ce n’est pas encore un mouvement de fond. Mais déjà, on ne parle plus d’actes isolés d’une poignée d’endurcis.
3 000 enseignants, fédérés sur le
net
Dans l’éducation nationale, ils sont quelque 3 000 enseignants, fédérés sur Internet (1), à revendiquer leur entrée en « résistance pédagogique ». Et à proclamer que, face à la casse
de la démocratie sociale, l’obéissance a ses limites. Instituteur à Colomiers (Haute-Garonne), Alain Réfalo fut l’un des premiers, en novembre dernier, à informer par courrier son inspecteur
d’académie qu’il refusait d’appliquer les mesures Darcos. « Nous ne pouvons pas brader notre conscience en acceptant des réformes qui font du mal à l’école publique », explique-t-il.
Et de rappeler que le fonctionnaire, s’il est soumis à une obligation d’obéissance hiérarchique, peut dire non si « l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre
gravement un intérêt public ».
Alors Réfalo, et plusieurs milliers d’autres, désobéissent, ou plutôt
« résistent ». Quitte à essuyer de copieuses retenues sur salaires et des menaces de révocation (lire ci-dessous). Pas de quoi les faire abdiquer : leur mouvement, de plus en
plus populaire, a même reçu le soutien de résistants historiques comme Raymond Aubrac et Stéphane Hessel. « Ils nous rappellent que l’esprit d’insoumission est la marque indélébile d’un
peuple de citoyens libres, égaux et fraternels », peut-on lire sur le site des désobéisseurs.
La théorie de la désobéissance
Bien sûr, cette désobéissance civile, théorisée par le philosophe américain du XIXe siècle Henry David Thoreau, n’est pas née au détour de l’automne 2008. Des « faucheurs
volontaires » au blocage de voies ferrées par les associations antinucléaires, les exemples de désobéisseurs sont nombreux. Mais dans l’éducation nationale ou dans les hôpitaux, où de plus
en plus de praticiens refusent la tarification à l’activité, le geste est inédit. Par son ampleur. Mais aussi par son état d’esprit. « Ces actes de résistance, à l’école, à l’hôpital, dans
les administrations, marquent le refus des gens de métier d’adhérer à un dispositif de normalisation idéologique qui s’oppose à leur éthique, explique le psychanalyste Roland Gori, initiateur
de l’Appel des appels. Ce n’est pas une posture corporatiste ou anarchiste. Mais bien une insurrection des consciences face à la crise morale que véhicule le capitalisme
financier. »
(1) http://resistancepedagogique.
blog4ever.com
Laurent Mouloud
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