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Politique - Article paru le 8 juillet 2009 dans l'Humanité

 

Rocard dans les filets sarkozystes !



Débauchage . L’ex-premier ministre socialiste a été nommé, lundi, aux côtés d’Alain Juppé, à la tête d’une commission sur le « grand emprunt ».


Le remaniement ministériel post-européennes avait fait chou blanc en matière de nouvelles proies de « l’ouverture » sarkozyste. Mais le chef de l’État avait promis des « surprises » à venir. C’est chose faite depuis lundi, avec la nomination de deux ex-premiers ministres, Alain Juppé (UMP) et Michel Rocard (PS), à la tête d’une commission chargée de « réfléchir » aux priorités du grand emprunt annoncé par Nicolas Sarkozy. Si le nom de l’ancien premier ministre de Jacques Chirac ne surprend pas vraiment (il a été l’éphémère numéro deux du premier gouvernement Fillon), celui de l’ancien chef de file de la « deuxième gauche » est un nouveau coup dur pour la gauche et le PS en particulier. Avec cette « prise », Nicolas Sarkozy fait coup double. D’une part, il couvre son emprunt, très critiqué à gauche, de « la caution de Juppé et de Rocard » (le Figaro d’hier). D’autre part, il plante une épine dans le pied du PS, qui peine à retrouver de la voix dans l’opposition depuis son score calamiteux des européennes.

L’affaire a été rondement menée, préparée « depuis longtemps », selon l’entourage du président de la République. Lundi, Michel Rocard a signé une tribune à point nommé dans le Monde. Sous une tonalité résolument à gauche qui fustige, pêle-mêle, « la précarisation du travail », « la folle référence aux 15 % de rendement financier » et la responsabilité des partis conservateurs « qui nous ont amenés à la crise », l’ancien premier ministre socialiste glisse subrepticement : « Relancer exclusivement la consommation n’a guère de sens (…). C’est par l’investissement que le cercle vertueux doit être réamorcé. » Une phrase qui justifie par avance le recours à l’emprunt décidé par Nicolas Sarkozy.

Embarrassé par ce nouveau débauchage, le président du groupe PS à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault a tenté de dévier l’offensive sarkozyste en disant faire confiance à la « liberté » de Michel Rocard. « Je lui fais entièrement confiance, et ceux qui pensent que c’est de la récupération politique, il n’y a que Nicolas Sarkozy pour le faire croire ». Que lui, vraiment ? Hier, Bertrand Delanoë y a pourtant vu un « coup marketing » et une opération visant à « débaucher des personnalités de gauche pour appliquer des politiques de droite ».


Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Politique
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