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L’humanisme occitan de Robert Lafont !
Robert Lafont, linguiste, historien, écrivain occitan, est décédé le 24 juin 2009, à l’âge de quatre-vingt-six ans, à Florence (Italie) où il résidait depuis 1985. Né le 16 mars 1923 à Nîmes il
y étudie puis enseigne les lettres françaises. Tout jeune, il s’engage dans la Résistance dans les maquis des Cévennes. À la Libération, en 1945, il fonde l’Institut d’études occitanes, aux
côtés de Max Rouquette (décédé en 2005), Tristan Tzara ou Jean Cassou. De là date un compagnonnage sans concession avec l’intelligentsia de gauche, dont les communistes. Lafont est d’ailleurs
dans les années 1950 le responsable nîmois des Amis des Lettres françaises et correspond avec Lacôte, Aragon ou Éluard. Très tôt, il nourrit une passion pour la langue et les lettres d’oc
auxquelles il consacre sa vie d’écrivain, de chercheur et d’enseignant. D’abord professeur de collège et lycée, il entre à la faculté des lettres de Montpellier où il rejoint son maître Charles
Camproux, autre grand résistant, et où il exerce jusqu’en 1984, fondant trois équipes de recherche (le Centre d’estudis occitans, une équipe de sociolinguistique et un groupe d’études
praxématiques) et créant une section propre d’enseignement de l’occitan. À la fin des années 1950, il élargit l’action occitaniste au terrain économico-politique, soutient les luttes des
mineurs de Carmaux, comme il sera dix ans plus tard au côté des paysans du Larzac, fonde le Comité occitan d’études et d’action qu’en 1972 il transforme en Lutte occitane et, à ce titre,
devient en 1974 candidat des « minorités nationales » à la présidence de la République ; cette candidature invalidée par le Conseil constitutionnel, ses comités de soutien se
transforment en un mouvement autonome Volèm viure al païs. Son compagnonnage avec les communistes et le mouvement syndical reprend lors des manifestations de 1976, du manifeste « Mon pais
escorjat » (1977), des luttes des mineurs de Ladrecht à côté d’Alès. Lafont met toute la force de son intelligence hors du commun à bâtir la notion d’espace occitan, loin des enfermements
identitaires, dans ses rapports dialectiques avec la France et l’Europe. Lafont a acquis une stature d’humaniste européen. Ses voyages, son réseau de relations en Catalogne, en Italie, en
Allemagne, en Autriche en témoignent : c’est l’Europe des langues et des peuples qui constitue l’horizon de sa réflexion, des troubadours aux grands débats actuels. Sa culture très vaste
et plurielle, sa force de travail hors du commun lui ont permis de bâtir une oeuvre immense - une centaine de livres et un millier d’articles - qui, loin de se limiter à la littérature,
emmenait ses lecteurs dans les chemins de critique et de l’histoire littéraire, de la linguistique, de l’histoire, de l’économie, de la politique. Dans tous ces domaines, il ouvrait portes et
fenêtres, conjuguant engagement militant et réflexion permanente. Les 26 et 27 septembre prochain, à Nîmes, un colloque organisé par Gardarem la Terra traitera des écrits politiques et
historiques de Robert Lafont, c’est-à-dire de plus de vingt ouvrages foisonnants qui témoignent d’une pensée tonique et de la haute conscience de l’histoire dont il a éclairé son époque
(http://www.felco-creo.org/).
Marie-Jeanne Verny, enseignante à l’université Paul-Valéry de Montpellier
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