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Attentat de Karachi : une affaire d’Etat ?


L’enquête sur les attentats de Karachi est relancée, après sept années de point mort. Le juge Jean-Louis Bruguière avait privilégié la responsabilité d’Al-Qaïda. De nouveaux éléments mentionnant la possible existence de fonds occultes, font soudainement irruption, impliquant certaines grandes figures de la politique.

Les évènements de Karachi ont tous les ingrédients d’une affaire d’Etat. Pourtant, le juge Jean-Louis Bruguière avait émis l’hypothèse, il y a plusieurs années, d’une responsabilité du groupe terroriste Al-Qaïda. Seul point discordant, personne n’avait revendiqué l’attentat, mais le magistrat n’en démordait pas. Les deux islamistes pakistanais soupçonnés d’avoir fomenté cet attentat avaient été arrêtés, condamnés, puis relâchés « faute de preuves suffisantes. » La piste d’une attaque islamiste ne convainc personne. Le 8 mai 2002, l’attentat qui avait couté la vie à 14 personnes, dont 11 Français de la Direction des Constructions Navales (DCN), 3 Pakistanais et avait fait 12 blessés, était-il extérieur aux manœuvres politiques du gouvernement dans cette région ? Le doute plane encore. La version donnée aux familles de victimes est différente de celle divulguée à l’époque des faits. Aujourd’hui, l’enquête pencherait vers la piste d’une faction proche du gouvernement pakistanais, que ce dernier aurait manipulé.

Les propos de Charles Millon, ex-ministre de la Défense sous Alain Juppé, et ceux prêtés au procureur Jean-Claude Marin, relayés par Reuters, relancent ainsi une affaire restée enfouie dans les cartons noirs de la République. Le dernier document du Parquet de Paris, datant de 2007, met Edouard Balladur au cœur de cette enquête.

Des contrats à la source de l’attentat ?

L’histoire débute avec la signature d’un contrat, le 21 septembre 1994, finalisant la fabrication et la livraison, par la DCN, de trois sous-marins au Pakistan. En marge de ce contrat, se greffent des commissions qui auraient été versés au Pakistan, liées à des ventes d’armes, que Charles Millon affirme avoir stoppé peu après sa nomination au Ministère de la Défense en 1995. Cet arrêt brutal correspond, selon Charles Millon, au vœu de Jacques Chirac, élu président de la République, qui souhaitait stopper le versement de commissions pouvant donner lieu à des rétrocommissions. Ces dernières étant illégales. Les sommes en jeu s’élevaient à 950 millions de dollars. A la DCN, on a toujours été convaincu que ces attentats étaient directement liés à l’arrêt des versements occultes.

Quel rôle a joué Edouard Balladur ?

Un courrier du Parquet de Paris, datant de 2007, rapporte l’agence Reuters, mentionne la société Heine, créée au Luxembourg en 1994 par la DCN et destinée au versement de ces commissions officiellement légales à l’époque. Le courrier du procureur, selon l’agence, "envisage un lien avec le financement de la campagne électorale" du premier ministre de l’époque, Edouard Balladur, que dirigeait Nicolas Sarkozy, son ministre du Budget. "Plusieurs documents viennent interroger sur la nature exacte de cette activité en lien avec les pouvoirs publics", écrit, toujours selon Reuters, le procureur, qui fait référence à un document chronologique (1994-2004) d’une page, non daté ni signé, racontant les circonstances de la création de la société Heine.

Ce document saisi à la DCN mentionne "l’aval du directeur de cabinet du premier ministre Edouard Balladur et celui du ministre du Budget (Nicolas Sarkozy-NDLR) à la création de Heine, et "laisse supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur pour la présidentielle de 1995", explique-t-il.

Cette campagne électorale opposait à droite Jacques Chirac (soutenu par le RPR), à Edouard Balladur, soutenu lui par Nicolas Sarkozy, ainsi que l’UDF. Il ne bénéficiait donc pas du financement de son parti. Celui-ci a nié toute irrégularité, alors que Nicolas Sarkozy a pourfendu des « ragots de journalistes » en qualifiant de « fable » l’ensemble de ce scénario, et demandé que le journaliste l’interpellant sur cette question des commissions puisse fournir des preuves.


Le député Bernard Cazeneuve et le sénateur Jean-Pierre Godefroy (PS) vont demander la création de missions parlementaires sur l’attentat. Alors que Magali Drouet, porte-parole du collectif des familles de victimes a souhaitait que la vérité soit mise a jour : « On espère aujourd’hui que l’affaire ne sera pas étouffée. D’autres dossiers de ce genre l’ont été mais là, il y a des familles avec des morts derrière, les politiques sont pas tout seul, a-t-elle déclaré. »

Jérémy Collado


http://www.humanite.fr/Attentat-de-Karachi-une-affaire-d-Etat
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Tag(s) : #Politique
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