Quelle vie avec le SMIC ?

Toujours pas de coup de pouce au SMIC depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Les agents de sécurité de la gare du Nord témoignent des difficultés à vivre avec 1 037 euros net. Reportage.
Hakim Djawad, trente-sept ans, est agent de sécurité à la gare du Nord. Il vit à Paris et n’a plus d’appartement : « Je dors dans des hôtels, et quand je n’ai plus d’argent, je dors
dans ma voiture. Chaque mois, je paie une pension alimentaire pour ma fille. Elle vient d’avoir deux ans et je n’ai pas pu lui offrir de cadeau. Avec mille et quelques euros, à Paris, c’est la
misère ! » Prendre un verre avec ses amis ? Pas question. « Je ne mange que du riz et ne bois que de l’eau, reprend-il. Je vois de moins en moins mes copains car je ne peux
pas les accompagner quand ils sortent boire un verre. Et je n’ai pas envie de leur demander tout le temps de payer pour moi. »
Au 1er juillet, le SMIC sera revalorisé du minimum légal, soit 1,3 %. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, le SMIC n’a toujours pas connu de coup de pouce du gouvernement. Hakim et ses collègues aimeraient que le chef de l’État soit là, « pour voir ». Qu’il comprenne combien il est difficile d’en vivre.
Avec 1 037 euros net par mois, c’est plutôt de survie dont il est question. Jawad Elrhouti aimerait habiter avec sa compagne mais n’a, lui non plus, pas son chez-soi : à trente-deux ans, il vit toujours chez ses parents, dans le 18e arrondissement de Paris.
L’appartement ou l’auto : il ne pouvait se payer ces deux « luxes ». Il raconte : « Je n’ai pas vraiment eu le choix, il me fallait une voiture car mon père est malade des reins. Il doit faire des dialyses régulièrement et je dois l’emmener à l’hôpital. Il faut payer la voiture, l’assurance et l’essence… Je ne m’en sors pas ! Je suis jeune mais je ne décolle pas. J’ai plutôt l’impression de couler… »
Après une expérience d’animateur-médiateur pour la ville de Paris, Jawad est devenu agent de sécurité en 2007, « le seul boulot que j’ai pu trouver ici », dit-il. Pour s’en sortir, il a même songé à cumuler les emplois : « J’ai cherché dans les agences d’intérim, mais à la gare du Nord, nous avons des horaires à géométrie variable : il est impossible de combiner cet emploi avec un autre. » Hakim renchérit : « Nous faisons parfois des vacations qui durent de 12 h 00 à 19 h 00, puis de 1 h 00 à 13 h 00. Mes horaires, même un robot ne voudrait pas les faire ! Je travaille durement, mais on ne me donne rien. »
S’il faut augmenter le SMIC ? « Bien sûr ! s’exclame Rachid, vingt-trois ans. J’ai un logement à Paris et la moitié de mon salaire passe dans mon loyer. Après, il y a les factures d’électricité, de téléphone, la nourriture… Je n’arrive pas à économiser plus de 20 ou 30 euros par mois. Je ne suis pas parti en vacances depuis trois ans ! J’envoie de l’argent à mes frères et sœurs en Algérie pour les aider. Ma famille est là-bas et je ne peux pas aller la voir. »
Pas de vacances non plus pour Mbuyi Jean-Claude Djnanga, quarante-neuf ans. Il vit dans les Yvelines avec sa femme, aide-soignante, et leurs cinq enfants, dont ils doivent payer les études. Une fois les aides au logement déduites, ils paient 540 euros de loyer : « On vit au jour le jour. » Difficile, en effet, de se projeter avec si peu. Ou d’entrevoir un avenir plus radieux. « En 2010, je serai encore là, au même endroit et dans la même situation, conclut Jawad. Et je ne serai toujours pas parti en vacances… »
Sylvain Morvan
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