Les réformes de l’école primaire à l’université se rejoignent dans la volonté gouvernementale de
mettre les établissements en concurrence. R ANFOUSSI
Tous les échelons du
système éducatif ont été pendant cette année scolaire l’objets de réformes dont le but est de soumettre l’Éducation nationale à des impératifs budgétaires à court terme. Le bilan
est lourd de menaces sur l’avenir.
A quelques jours de la fin de l’année scolaire, faire le bilan des réformes engagées par Xavier
Darcos dans l'Education est à la fois simple et compliqué.
Simple parce que toutes les mesures envisagées ou appliquées de la maternelle à l’université, de la formation des élèves à celles des profs ont un dénominateur commun : la
baisse des « coûts » en la justifiant par une campagne de dénigrement de l’école.
Si l’année scolaire a commencé par l’annonce de la suppression de 13 500 postes, elle se termine sur le remplacement des surveillants par des …. portiques de sécurité. Entre
temps, un projet cohérent s’est mis en place qui réduit la transmission des savoirs, défonctionnarise l’Education nationale, soumet à des impératifs budgétaires à court terme
les décisions pédagogiques et scientifiques.
Retour sur la rentrée et la colère des enseignants de maternelle. Pas besoin d’avoir un Bac +5 pour
changer les couches des élèves, a déclaré en substance le Ministre. Une méconnaissance de l’école maternelle qui n’en est pas moins le prélude à la création de jardins d’éveil…
payants et à la généralisation du non accueil des moins de 3 ans.
C’est aussi en septembre que devaient être mis en œuvre les nouveaux programmes du primaire. Ils ont été publiés fin juin, les éditeurs n’ont pas eu le temps de les mettre à
jours. Tant pis, comme pour le reste, tout se fait dans la précipitation. Contestés par tous les spécialistes de la pédagogie, ils tiennent en 36 pages contre 104 se recentrent
sur l’enseignement du français et des maths, mais ne disent pas un mot de l’apprentissage de la lecture qui a pourtant fait débat pendant des mois.
Toujours dans le primaire, la nouvelle mesure populiste de Sarkozy est la semaine des quatre jours qui libère pour les parents qui partent en week-end le samedi matin. Les
autres se débrouilleront. Là encore la pagaille suit la précipitation parce qu’en passant de 26 à 24 heures la semaine scolaire prévoit deux heures hebdomadaires pour les élèves
les plus en difficulté. Et les mairies n’ont eu que les deux mois d’été pour s’adapter en matière de transports, de cantine et d’accueil des enfants le samedi matin. Cet
enseignement différent pour certains écoliers est une autre constante du moment : l’externalisation du système d’aide aux élèves en difficulté, le soir, pendant les vacances,
qui va de paire avec le commencement de la suppression des Rased ou les classes surchargées en langue vivante.
La mise en concurrence des établissements est un autre fil rouge. La suppression de la carte
scolaire en est la colonne vertébrale. Laisser les parents choisir leur école, c’est inévitablement créer des ghettos à l’heure où les zones d’éducation prioritaire se réduisent
comme peau de chagrin comme diminue le nombre d’encadrants dans les établissements (profs, surveillants, conseillers d’orientation, infirmières…)
Pour faire passer la pilule de la suppression des postes qui touche surtout collèges et lycées, Xavier Darcos a transformé dès la rentrée 4 200 postes en heures supplémentaires
avec une prime de 500 euros pour tout prof qui enseignerait trois heures de plus que son service chaque semaine. Cela nous amène à la réforme des lycées, retirée dans la
précipitation en décembre sous la pression de la rue. Le rapport Decoing rendu récemment tient compte des critiques des syndicats mais sans moyen supplémentaire, et dans la
perspective d’une nouvelle vague de suppression de 18 000 postes, il n’a aucune chance d’améliorer la situation.
Manifestations massives de lycéens, entrée en jeu des enseignants désobéisseurs dans le primaire, nuits des écoles en lien avec les parents, participation massive du monde de
l’enseignement aux grands rendez-vous sociaux ont accompagné cette pluie de réformes qui n’a pas épargné l’université. Ses enseignants chercheurs sont censés enseigner plus que
chercher, ses IUFM sont menacés. En recrutant les profs à Bac + 5 mais en supprimant l’année de stage rémunéré qui suit l’obtention du concours on se prépare à avoir les
enseignants les plus diplômés et les moins formés en pédagogie.
En une année scolaire, l’idéologie libérale s’est attaquée à tous les échelons de l’école en y faisant entrer en force la concurrence : individualisation des rémunérations et
des carrières pour les personnels administratifs et techniques, bientôt rémunération au mérite des professeurs des écoles, évaluation des écoliers avec le très contesté logiciel
« base élèves ». Concurrence aussi entre établissements du fait de la suppression de la carte scolaire en primaire et secondaire, du fait du plan Campus qui privilégie 11 des 85
universités de France, du fait aussi de la loi d’autonomie qui prépare des facs à l’américaine.
L’année se termine comme la rentrée l’avait laisser présager : le bilan d’une attaque sans précédent et tous azimuts contre l’école publique.
Décryptage Annie Menras
Photos Redouane Anfoussi
|