Les métiers de conditionnement étant nouveau, on a vite vu que cela pouvait engendrer des problématiques de santé mais que seuls, nous ne pourrions pas arriver à les gérer »
photo IllusDM
Sur demande des directions ou des branches professionnelles, une équipe de chargés de mission
basée à Aix peut intervenir.
Des bureaux au milieu des pins, au cœur de l’Europarc de Pichaudy à quelques kilomètres
d’Aix-en-Provence, une petite équipe de cinq chargés de mission : Act Méditerranée. Cette association paritaire créée en 1990 est l’antenne régionale de l’ANACT, agence
nationale pour l’amélioration des conditions de travail. Depuis 6 ans, celle-ci est partie en bataille médiatique et propose une semaine annuelle de promotion et de
communication. C’est elle qui a permis de faire reconnaître le mot tabou de « stress » et qui se lance aujourd’hui sur la question des TMS, troubles musculo-squelettiques. Mais
au-delà des débats et autres opérations ponctuelles, en quoi consiste concrètement cette mission de service public, car c’est bien de cela dont il s’agit.
« La région étant constituée à 80% de TPE et PME, notre cible sont les entreprises de moins de 250 salariés, avec lesquelles nous développons les thématiques qui nous sont
fixées comme la promotion de la santé au travail, la prévention des risques professionnels, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences… via l’intervention sur un
problème ponctuel, l’action collective ou la formation » introduit Christine Carmignani, chargée de mission à Act Méditerranée. Mais encore…
Regarder ce que fait le salarié
Explication par l’exemple dans le secteur de l’agro-alimentaire. Première étape : le contrat de plan Etat-Région oblige les entreprises à se doter d’un
document officiel sur la prévention des risques. La fédération de l’industrie agro-alimentaire voyant les difficultés de nombres de ses adhérents décide de trouver le moyen de
les aider à réaliser ce document et se tourne vers Act Méditerranée. Pour agir, celle-ci a besoin d’entreprises partenaires, cinq d’entre elles se prêtent au jeu du cobaye.
Le chargé de mission passe alors entre trois et cinq jours sur site, examinant, filmant, analyse… « Nous regardons ce que fait le salarié pour arriver à réaliser ce qu’on lui
demande. Par exemple, la position de la main pour confectionner une saucisse, ailleurs ce sont les gestes nécessaires pour préparer la cagette de citron, voir si le coude se
lève trop haut, si le poignet a une mauvaise position etc. » décline la chargée de mission. Viendra ensuite le temps des entretiens, « notamment le salarié puisque notre travail
consiste à partir des difficultés de terrain et que ce sont souvent eux qui savent pourquoi quelque chose ne marche pas ». Mais le micro sera aussi tendu aussi les chefs de
service, aux directeurs techniques... Car comme aime à le formuler Christine Carmignani, « notre métier consiste à faciliter le dialogue social. Les entreprises sont souvent
très cloisonnées, les gens ne se parlent pas ou ne donnent pas le même sens aux mots. Nous sommes là pour les aider à se comprendre ».
« Des solutions simples et concrètes
»
Leader européen de la distribution de fruits et de légumes Bio, Pronatura - 150 salariés installés à Cavaillon, siège du groupe - fait partie des cinq entreprises ayant joué le
jeu. Nul TMS à regretter dans l’entreprise mais « ce métier de conditionnement étant nouveau pour nous, on a vite vu que cela pouvait engendrer des problématiques de santé mais
que seuls, nous ne pourrions pas arriver à les gérer » explique la secrétaire générale Fatima Jamjama, « en participant à ce groupe de travail, nous avions l’occasion d’échanger
avec des entreprises qui n’en étaient pas ay stade de la prévention et de rencontrer des professionnels qui savaient partir de la base, écouter nos salariés et surtout étaient
très pragmatiques, proposant des solutions simples et concrètes réellement adaptées à notre entreprise ».
Après cinq jours sur place, l’équipe d’Act Méditerranée dépiste les tâches répétitives source d’ennui et d’accident et propose la polyvalence, pointe le film plastique de
mauvaise qualité qui oblige à de trop fréquentes remises en place, dévoile la tour de cagettes bien trop haute qui garantira une TMS à terme… et aide à trouver l’organisation
qui dégagera la place nécessaire. « On a compris qu’il y avait derrière les TMS un aspect physique mais aussi psychologique. Alors la spécialisation en vogue dans la grande
distribution est peut-être plus rentable à court terme mais à long terme cette polyvalence est plus productive » analyse Fatima Jamjama. « Le travail reste fatiguant et
difficile car on est sur une tâche à la chaîne. Mais le salarié ne sera pas soumis à un geste qui provoquera douleur et maladie » conclut Christine Carmignani. Au final, les
préconisations d’Act Méditerranée nécessiteront 10.000 euros d’investissement, « mais surtout du temps qui doit aussi bien évidemment avoir un coût » reconnaît la secrétaire
générale. Le temps, « de se poser, de réfléchir, de dialoguer » étant un autre des axes qu’entend permettre Act Méditerranée, une option de moins en moins possible dans un
marché fonctionnant à flux tendu et subissant la crise.
Tout ceci s’ajoutera aux résultats enregistrés dans les autres entreprises pour donner lieu à des publications qui seront ensuite diffusées auprès de l’ensemble des entreprises
pour les aider à réaliser leur fameux document de prévention des risques. Un opuscule sera plus précisément dévolu aux TMS ainsi qu’une petite brochure vulgarisant les gestes
préventifs à destination des salariés.
Dans le service à la personne et les centres d’appel… aussi
La méthode a été déclinée dans d’autres secteurs comme le service à la personne ou les centres d’appel, secteurs où la prise en compte de la qualité de vie des salariés semble
plus qu’improbable, ces domaines étant réputés pour les contrats précaires, les horaires ingérables, les distances à parcourir : bref, une image de l’exploitation moderne. «
C’était vrai jusqu’en 2004 mais depuis le service à la personne se professionnalise. Un certain nombre de chefs d’entreprise a compris qu’un turn-over de 20% est problématique,
que de ne pas savoir sur quel salarié compter le matin est ingérable, que cela se ressent dans la qualité du service et que les clients peuvent rapidement aller voir ailleurs
dans ce secteur en pleine expansion » assure Christine Carmignani. « Dès lors, ils prennent en compte les besoins de formation, comme la nécessité de former une aide à domicile
sur Alzheimer pour qu’elle ne soit pas stressée par une malade, ou comme le besoin d’avoir des responsables de secteur sachant réellement évaluer les besoins et faire du
management pour éviter qu’une personne vivant dans les quartiers Nord de Marseille soit contrainte à aller travailler à l’autre bout de la ville ». Fin d’une image caricaturale
ou quelques bonnes pratiques qui doivent certes être mises en avant ?
Dernier exemple, le diagnostic. Act Méditerranée a ainsi été contacté par Euroméditerranée pour une étude sur les conditions de travail dans les galeries marchandes des centres
commerciaux, avec en toile de fond le projet des Terrasses du Port. La plaquette est belle et instructive, les conditions de travail sont passées à la loupe (bruit, éclairage,
exiguïté…), les contraintes des commerçants prises en compte (priorité à la surface commerciale) et quelques jolies idées sont formulées pour que le centre commercial devienne
centre de vie : cafétéria agréable, crèche, centre médical, tout en reconnaissant les obstacles de « la volonté du propriétaire » et du « coût des services associés ». « Le
sujet relève de la macro économie avec des interventions diverses dont on n’est pas assuré de l’adhésion au principe de qualité de vie au travail » formule pudiquement Christine
Carmignani. Autrement dit, Act Méditerranée ou l’ANACT ne disposent absolument des outils qui pourraient imposer ses recommandations, ni même vérifier qu’elles ne sont pas
laissées lettre morte.
Reportage Angélique Schaller
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