La Poste va devenir une société anonyme !
Le sursis aura finalement été de courte durée. Mis entre parenthèses il y a deux mois en pleine crise financière, le projet de loi modifiant le statut de La Poste a été remis sur le tapis hier
par le gouvernement, fort du résultat des élections européennes. C’est Luc Chatel, secrétaire d’État à l’Industrie, qui en a présenté les « grandes lignes » aux membres de la
commission Ailleret - cette dernière avait rendu en décembre 2008 un rapport sur l’avenir de la deuxième entreprise préférée des Français.
Le texte prévoit de transformer le statut actuel d’établissement public et commercial en société anonyme au 1er
janvier 2010. Seul moyen, selon le gouvernement, pour injecter 2,7 milliards d’euros dans le capital et donc préparer l’ouverture du marché à la concurrence européenne prévue en
2011.
« Acheter des parts de marché »
Mais « il n’y aura pas d’ouverture au capital privé », tente d’adoucir Luc Chatel. Les 2,7 milliards d’euros seront répartis entre l’État (1,5 milliard) et la Caisse des dépôts (1,2
milliard). « La Poste est emblématique du service public à la française, nous avons donc souhaité inscrire expressément dans le projet de loi le fait que 100 % du capital restera
public », poursuit le secrétaire d’État. Artifice momentané pour cacher le chemin vers la privatisation, rétorquent les syndicats. « Nous avons l’expérience de France Télécom et de
GDF où il y a eu un processus similaire », explique Nicolas Galepides de SUD PTT. « Le groupe a déjà son capital ouvert : la Société générale possède déjà 15 % de la Banque
postale, alors peut-être que l’État restera à 100 % dans la maison mère mais elle va être vidée de sa substance petit à petit » envisage le syndicaliste.
Seule ouverture du capital au privé envisagé pour l’instant par Luc Chatel, l’éventualité de la mise en place de
l’actionnariat des personnels. « Une proposition très mal venue, pour Colette Duynslaeger, secrétaire générale de la CGT Poste. Un postier gagne en moyenne 1 300 euros et il existe de plus
en plus de compléments de salaire pour atteindre le niveau du SMIC. » Et de poursuivre : « Si les 2,7 milliards devaient servir à renforcer le service public, pourquoi pas mais,
depuis des mois, le PDG nous dit que cet argent va permettre d’acheter des parts de marché chez les autres opérateurs européens. »
Réponse intersyndicale
Dans sa présentation du projet hier, Luc Chatel a promis que les quatre missions de service public seront maintenues : service postal, distribution de la presse, présence territoriale et
accessibilité bancaire. Il a également affirmé que le nombre de points de contact de La Poste restera inchangé, à 17 000. « C’est toute la différence entre bureaux de poste et points de
contact où les usagers n’ont pas accès à tous les services de La Poste », réagit Colette Duynslaeger, rappelant que 5 000 bureaux de poste de plein exercice ont déjà été
supprimés.
Le gouvernement veut un calendrier rapide : examen du projet le 27 juillet 2009 lors du dernier conseil des ministres, et discussion au Parlement (avec « probablement » primeur au Sénat) à la session d’automne. Autant dire que les consultations des partenaires sociaux et de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) devraient être expédiées. Face à cette précipitation, les six principaux syndicats de postiers vont donc se retrouver jeudi après-midi pour préparer une réponse commune. Mais d’ores et déjà la CFDT « appelle le personnel à une action forte dès la rentrée de septembre ». Même avertissement du côté de FO : « le gouvernement se sent peut-être en état de grâce, mais c’est faire un sacré pari, le climat social étant très mauvais à La Poste ».
Christelle Chabaud
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