UMP : Et maintenant, la retraite à 67 ans !
À l’aune des déficits annoncés de la Sécurité sociale, dont la branche vieillesse perdrait 7,7 milliards d’euros en 2009 (contre moins 5,6 milliards en 2008), le gouvernement s’affranchit de toute retenue et ose, pour la première fois, parler de repousser l’âge légal de départ en retraite. Le ministre du Travail, Brice Hortefeux, a ouvert le bal dimanche soir, sur France Inter. « Comme on sait que si on ne fait rien on va dans le mur, il n’y a pas aujourd’hui à ma connaissance 36 solutions. Il y en a trois : diminuer les pensions, augmenter la durée de cotisation, et reporter l’âge de départ à la retraite, comme l’ont fait les Allemands, jusqu’à 67 ans », a-t-il déclaré.
En marge d’une visite au Salon de l’aéronautique, le premier ministre, François Fillon, a embrayé : repousser l’âge légal de départ « n’est pas une question taboue ». Enfin, pour boucler la boucle, le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, s’est félicité de l’initiative du ministre du Travail : « On ne veut pas que le débat soit refermé avant même d’être ouvert. » Jusqu’à présent, les réformes intervenues, en 1994 pour les fonctionnaires, en 2003 pour le secteur privé, en 2008 pour tout le monde, avaient privilégié l’augmentation de la durée de cotisation, de 37,5 à 40 annuités, puis à 41 annuités de cotisation d’ici à 2012. Toucher à l’âge légal était toujours contourné, considéré comme un sujet tabou. C’est ce verrou que le gouvernement tente de faire sauter.
Ce faisant, il ravit le MEDEF, qui considère depuis longtemps que pour « rééquilibrer » les retraites, il faut « ajouter » aux 41 années de cotisation un report de l’âge légal. Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, n’a pas manqué de le faire remarquer, ajoutant qu’une mesure de ce type aurait comme conséquence de « diminuer les pensions ». En effet, l’allongement de la durée de cotisations provoque automatiquement un report du départ à la retraite, sauf à partir avec des pensions amputées sous l’effet de la « décote ». La CFDT, syndicat qui pourtant a soutenu les réformes passées, considère que, « dans un contexte marqué par une avalanche de plans sociaux », il est « particulièrement déplacé d’envisager le recul de l’âge de la retraite ».
Toutes les réformes passées ont amené une diminution du montant des retraites sans pour autant résoudre le problème des déficits. Plutôt que de rogner encore sur les droits, le débat pourrait porter sur une augmentation des ressources, qui passe en premier lieu par un développement de l’emploi, mais aussi par une mise à contribution des revenus financiers, ou encore en revenant sur la décision d’exonérer de cotisation sociale le paiement du chômage partiel.
Paule Masson
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