Economie Des clés pour comprendre
Spéculation sur l’or noir, le retour !

Les prix du brut flambent à nouveau. Certes pas dans les mêmes proportions qu’il y a tout juste un an alors qu’ils s’apprêtaient à flirter avec la barre des 150 dollars le baril. Mais on note aujourd’hui, après la chute vertigineuse provoquée par l’entrée de la planète en récession, un net regain de tension sur les cours qui sont passés de 40 dollars le baril à près de 70 dollars en l’espace de quelques semaines. Source principale de ce nouvel accès de fièvre : la spéculation.
Les perspectives d’une éventuelle reprise de la croissance en 2010 dont font état régulièrement divers prévisionnistes ou dirigeants de grandes institutions financières alimentent naturellement ce regain d’intérêt pour l’or noir. Et le danger d’une nouvelle flambée est d’autant plus fort que les investissements des grandes compagnies en matière d’exploration-production ont été très nettement revus à la baisse ces derniers mois. Du coup, la moindre hausse de la demande d’énergie pourrait propulser rapidement les prix du brut vers le haut ce qui suscite dès aujourd’hui les mises des agioteurs sur les marchés à terme.
Pourquoi ce sous-investissement ? Les grands groupes dont la gestion reste déterminée par une stratégie à court terme ont réduit les démarrages de nouveaux chantiers car l’extraction pétrolière devenait moins rentable avec la crise. Les conséquences pourraient être terribles, la hausse des prix de l’énergie étouffant dans l’oeuf toute velléité de reprise. Un rapport rendu public le 26 mai dernier par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) tire la sonnette d’alarme en pointant « une conjonction de facteurs contre-productifs ». Elle relève ainsi une coupe de 21 % dans l’ouverture de nouveaux chantiers de forage et elle observe des réductions sensibles en matière de construction ou de modernisation de raffineries. L’agence note que l’OPEP (Organisation des pays producteurs de pétrole) aurait ainsi différé la mise en oeuvre de 35 de ses 165 grands projets d’investissements après 2013.
Cette évolution est d’autant plus préoccupante que le phénomène du sous-investissement ne touche pas seulement les hydrocarbures mais aussi le secteur des énergies renouvelables non émettrices de CO2 dont le déploiement est si crucial pour l’avenir de la planète. L’AIE relève ainsi dans son rapport une réduction des investissements dans cette branche de 38 % sur un an. Les raisons de ce recul-là : les difficultés d’accès au crédit pour financer de nouveaux projets et surtout « la détérioration » de leur profitabilité. On pourrait ajouter à cela la réduction des subventions des États. L’Espagne, qui vient de décider de lancer un plan d’austérité, a réduit ainsi considérablement ses aides publiques, ce qui menace dans leur existence même diverses sociétés spécialisées dans la production de panneaux solaires.
En fait, cette redoutable combinaison de la spéculation et du sous-investissement traduit l’état de dépendance dans laquelle le secteur de l’énergie a été maintenu à l’égard des marchés financiers. Ce sont eux qui donnent toujours le La. Et sur ce point, en dépit des grandes déclarations du G20 ou des dirigeants des institutions internationales, rien n’a changé ces derniers mois.
Au risque de remonter la machine infernale qui fut à l’origine de la crise. Pourtant le défi de la mise en place d’infrastructures énergétiques dignes de ce nom, permettant d’assurer les besoins et le développement à venir des hommes relève forcément d’une stratégie de long terme, totalement incompatible avec la courte vue des marchés. Une stratégie forcément publique donc, capable de stabiliser les prix et d’échapper aux yo-yo de ces derniers mois, si calamiteux pour toute l’économie de la planète.
Bruno Odent
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