La chronique de Pierre Ivorra
Faut-il avoir peur de la chute du dollar ?

Les mouvements qui depuis quelques années affectent la parité du dollar vis-à-vis des principales monnaies ont repris. Tout semble militer pour une baisse durable du billet vert. La crise, qui secoue le monde, a eu pour effet d’augmenter très fortement le besoin des États-Unis de faire appel aux capitaux extérieurs afin de financer leurs gigantesques plans de sauvetage des banques, de grandes entreprises comme General Motors, et les mesures de relance. En même temps, la montée de cet endettement extérieur a contribué à faire plonger le dollar, provoquant l’inquiétude des pays disposant d’importants avoirs dans cette monnaie. 62 % des réserves mondiales de change sont en dollar.
Les pays d’Asie particulièrement sont parmi les principaux détenteurs de réserves de change en dollars acquises grâce à leurs exportations. Les réserves de change sont des avoirs en devises étrangères détenues par une banque centrale. Pour des raisons de sécurité, elles sont le plus souvent constituées de bons et obligations du Trésor d’États étrangers, ce qui permet en outre à ces réserves de rapporter un intérêt. La Chine, premier créancier de l’empire américain avec 1 550 milliards de dollars en bons du Trésor, craint particulièrement de perdre gros en l’affaire. Si le dollar plonge, la valeur de ses actifs plongera aussi.
On comprend dès lors la réaction des autorités chinoises. Comme d’autres, elles aspirent à un rééquilibrage des relations économiques et financières internationales. C’est pour cette raison que juste avant le G20 de Londres, elles ont exprimé leur souhait d’un changement radical du système monétaire international mettant un terme à la domination dispendieuse du dollar, et se sont prononcées en faveur d’une nouvelle monnaie internationale de réserve. Faute de pouvoir atteindre l’objectif immédiatement et directement, elles semblent avancer à la manière des crabes, par les côtés. La Chine tente de plus en plus d’établir des relations court-circuitant la devise états-unienne. Elle a ainsi autorisé les pays en déficit commercial avec elle à produire des obligations en yuans (et non en dollars) qu’elle souscrira. Après la Malaisie, la Corée du Sud, Hong Kong, la Biélorussie, l’Indonésie, l’Argentine vient de conclure un accord en ce sens. La Chine et le Brésil se sont mis d’accord pour que les tarifs régissant leurs échanges commerciaux soient fixés dans leurs monnaies respectives. En Amérique latine, par ailleurs, plusieurs pays se concertent afin de créer une nouvelle monnaie qui leur soit commune.
Ces tentatives pour échapper à la tutelle impériale témoignent du besoin, dans la crise, d’engager des réformes radicales pour sortir de la crise, avec une prise de conscience, en Asie, en Amérique latine, plus fortement probablement qu’en Europe et en France, de l’importance de la question monétaire. Pourtant, après la Chine et le Japon, l’Union européenne est le 3e plus important détenteur de réserves en dollars.
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