Un succès en trompe l’oeil pour la de la droite? Crise d’identité et de projet du PS? Europe écologie, une victoire
pérenne? Quelles promesses dans la percée du Front de gauche? Esquisses d’explications.
Malgré un taux d’absention trop important, ces élections permettent de tirer quelques enseignement
politiques.
Listes Sarkozy : une victoire en forme
de défaite
Magie des maîtres de la communication politique : le score modeste des listes UMP-Nouveau centre - autour de 28% des suffrages - s’est transformé, le temps de la
soirée électorale en triomphe de Nicolas Sarkozy. Adepte du trompe-l’œil politique, le ministre du Travil Brice Hortefeux clame : « nous avons gagné ». « Tout indique le très
bon résultat de la majorité présidentielle. » précise le Premier ministre François Fillon qui tire son chapeau « au travail accompli par la présidence française de l'Union
européenne sous l'autorité du président de la République".
Malgré leur ton rayonnant, ces déclarations restent en décalage complet avec la réalité froide des chiffres. Deux ans après la présidentielle, la coalition élyséenne est en net
recul (- 5%) sur le score de Nicolas Sarkozy au premier tour de 2007. Un niveau d’autant plus significatif que les listes majorité présidentielle regroupaient l’UMP, le Nouveau
centre d’Hervé Morin et les mini-partis des ministres d’ouverture, Jean-Marie Bockel et Eric Besson.
Faut-il s’étonner, dans ce contexte, que la droite parlementaire arrive en tête du scrutin ? Le contraire aurait été étonnant. D’autant - c’est une forte différence avec les
européennes de 2004 - que les listes de droite extrême sont en chute libre : elles tournent autour de 10% contre 19% il y a cinq ans.
Ce recul de l’influence de la droite libérale était annoncée depuis plusieurs mois par la chute de la cote de popularité du Président de la République, l’une des plus basses
pour un locataire de l’Elysée. Elle traduit le double mécontentement : à l’égard de la politique nationale du gouvernement mais aussi de ses orientations européennes
.
Le Parti socialiste en
crise
Avec le MoDem de François Bayrou, c’est le grand perdant de ce 7 juin. Les 16-17% des listes socialistes sont à classer parmi les plus mauvais résultats du PS depuis des
décennies. Seul Michel Rocard aux Européennes de 1994 avait fait plus mal avec 14,49%. Mais cette année-là, le leader socialiste avait été « sabordé » par une manœuvre de
l’Elysée, privilégiant les listes de Tapie.
Le résultat du millésime est encore plus lourd de significations politiques pour le parti de Martine Aubry. Principal parti d’opposition de gauche dans une France minée par la
crise du capitalisme financier, le PS devrait objectivement bénéficier d’une embellie politique. Or, il subit un revers quasi historique. Deux ans après la défaite de Ségolène
Royal , le PS montre une fois encore son incapacité à porter une alternative crédible à la droite.
Martine Aubry est-elle la première responsable de ce nouvelle défaite ? Hormis quelques « royalistes » purs et durs, peu de responsables socialistes ont cherché hier soir à
faire de la maire de Lille la bouc-émissaire de l’échec du parti. Tous, la Première secrétaire en tête, ont souligné l’urgence d’une réflexion à grande échelle sur le projet, la
stratégie politique et le périmètre des alliances. "Le PS a surtout besoin d'une profonde rénovation, il ne peut plus fonctionner en circuit fermé », explique Martine Aubry. "Il
faut que le Parti socialiste prenne la mesure du sursaut qu'il doit opérer sur lui-même », commente Manuel Vals.
De bon sens, ces prises de position ne sont pourtant pas nouvelles. Depuis des années, les socialistes français signent des pétitions d’intention sur leur volonté d’inventer un
projet réformiste aux couleurs du 21ème siècle. Sans jamais y parvenir. Certes, le combat des égos a, souvent, renvoyé sur les marges le travail sur l’identité et le programme
du PS. Mais, à l’image de la violente crise de la social-démocratie européenne qui connaît une déroute lors de ces européennes, les socialiste français n’ont pas réussi depuis
la fin du mitterrandisme à répondre à des question clé : l’analyse du stade actuel du capitalisme, le rapport au libéralisme notamment en Europe, le rôle de la puissance
publique, sa conception du rassemblement de la gauche. Pour le PS, il est urgent d’apporter des réponses à ses questions.
L’échec de la stratégie Bayrou, la
forte poussée d’Europe écologie
Pour le président du Modem, ce 7 juin 2009 restera comme sa Bérézina. Dans une élection qui semblait la plus facile pour lui (scrutin de liste, proportionnelle), François Bayrou
perd 10% sur la présidentielle de 2007 et 8% sur les européennes de 2004. Il a, sans doute, pâti de sa médiocre prestation télévisée face à Daniel Cohn-Bendit. Mais au-delà de
cet égarement, c’est toute sa stratégie exclusivement présidentielle qui est en cause. Pour avoir voulu incarner le Grand opposant à Sarkozy mais en oubliant d’apporter un
contenu rigoureux à ses propositions, le Béarnais a indisposé de nombreux électeurs qui l’accusent de n’agir que par ambition personnelle. Le flou artistique de ses engagements
libéraux sociaux a fait le reste.
Cet écroulement du MoDem, dans la dernière semaine, a profité aux listes Europe Ecologie qui ont également attiré une partie de l’électorat socialiste. L’hétérogénéité de cette
influence correspond, d’ailleurs, à l’hétérogénéité des listes elles-mêmes. Sur un fond d’écologie - question centrale -, elle a rassemblé des candidats à l’histoire et au
parcours très différents. Du libéral-libertaire Daniel Cohn-Bendit au libertaire de gauche, José Bové ou à l’incorruptible juge Eva Joly. Cet amalgame, à l’identité politique
mal définie, asu séduire dans une élection européenne qui révèle toujours des surprises, plus au moins pérennes sur la durée. De là à parler de D Day pour l’écologie politique,
comme le fait Denis Baupin, il y a une marge qui demande à être confirmer lors des prochains scrutins.
Front de gauche, le nouvel espoir à
gauche
Avec près de 7% des suffrages et 5 élus, le Front de gauche réalise une percée qui était tout sauf évidente lorsqu’il a été porté sur les fonts baptismaux par le PCF, le Parti
de gauche, la Gauche unitaire et quelques personnalités sans parti. Les sondages lui promettaient entre 2 et 3%.
En quelques courtes semaines de campagne, cette alliance au contenu porteur d’alternative au libéralisme, a su créer une dynamique au sein d’une gauche en mal d’horizon nouveau.
Si ce succès prometteur reste à confirmer dans la prochaine période, des enseignements peuvent d’ores et déjà être tirés. Le premier est qu’il est possible de conjuguer
engagement total dans le mouvement social et recherche concrète d’un débouché politique.
A la différence du Nouveau Parti Anticapitaliste d’Olivier Besancenot qui en se réfugiant dans l’isolement a raté sa campagne, le Front de gauche s’est résolument campé sur deux
principes fondateurs : le refus d’un compromis ravageur avec les politiques libérales et la quête d’un rassemblement le plus large possible de l’ensemble des progressistes.
"Cette démarche d'union sur la base d'un projet politique, il faut la poursuivre", estime Marie-George Buffet. Quand je dis continuer, je ne dis pas qu'on ne continue qu'à trois
(PG, PCF et Gauche unitaire), on continue à quatre, cinq (...) on continue pour s'élargir", a-t-elle ajouté.
Le résultat du Front de gauche est d’autant plus encourageant que le champ de la radicalité politique a progressé depuis 2007. Comme, d’ailleurs, l’ensemble de la gauche qui
représente près de 45% de l’électorat. Mais, son émiettement la crise du PS masque cette avancée.
Décryptage Christian Digne
|