Interview de Marie-Christine Vergiat à La Marseillaise

La tête de liste du Front de Gauche dans le Sud-Est appelle au rassemblement de ceux qui veulent changer
d’Europe.
6 juin 2009
La Marseillaise : Les listes du Front de Gauche peuvent créer la surprise le 7
juin. Après plusieurs semaines de campagne, avez-vous ressenti que quelque chose était en train de naître ?
Marie-Christine Vergiat : Je veux, d’abord, adresser un grand merci à tous ceux et à toutes celles qui m’ont accompagnée pendant toutes ces semaines très intenses. Militants du Parti
communiste, du Parti de Gauche, de la Gauche Unitaire, militants associatifs, syndicalistes, ensemble, nous avons mené une campagne formidable, très riche sur le plan politique mais aussi
humain : plus de 500 réunions organisées ; des dizaines de rencontres avec des salariés en lutte, des syndicalistes, des animateurs d’associations ; la participation à de nombreuse
manifestations du mouvement social.
Au fil des jours, nous avons senti grandir une vraie dynamique autour de la liste du Front de Gauche et de son projet. Les sondages en font état, mais ils ne représentent pas le seul indicateur. Petit à petit, nous avons vu venir à nous des gens commençant à croire que l’on pouvait construire quelque chose de neuf à gauche. C’est, par exemple, le cas de nombreux syndicalistes mais aussi de militants et de responsables d’autres partis, du MRC, des Radicaux de gauche, du NPA et du PS.
A cette veille du scrutin, il n’est pas utopique de prétendre que tous les espoirs sont
permis.
La Marseillaise : Votre objectif est de « changer d’Europe ». Quelles sont les mesures qui vous
paraissent les plus urgentes pour commencer à la (re)construire ?
Marie-Christine Vergiat : La priorité des priorités, c’est le social. L’Europe libérale n’a pas été à la hauteur de l’engagement de protection promis par ces initiateurs. Elle n’a pas été
capable de prendre les mesures sociales indispensables pour faire face à la crise. En revanche, ses responsables ont su trouver de l’argent pour venir en aide aux banques alors que rien ou
presque n’est accordé aux salariés. Nous demandons la suppression des licenciements boursiers, des parachutes dorés, des salaires révoltants des grands patrons, l’arrêt de la déréglementation des
services publics et des salaires minimum décents dans chaque pays.
L’Europe que nous voulons porter au Parlement européen, c’est l’Europe de l’harmonisation sociale et fiscale dans le
sens de la justice et de l’égalité.
La Marseillaise : Si vous êtes élue, vous siégerez à Strasbourg au sein du groupe de la Gauche unie européenne - Gauche Nordique. Mais dans une Assemblée dominée par la droite européenne et
le PSE, sera-t-il possible de peser sur les décisions essentielles ?
Marie-Christine Vergiat : Au risque de surprendre, je partage l’une des déclarations de Nicolas Sarkozy. Quand l’Europe veut, elle peut, proclame-t-il. Sans, d’ailleurs, avoir mis en oeuvre
cette affirmation lorsqu’il a présidé l’Union Européenne. En effet, il est possible de réaliser de grandes choses pour changer d’Europe à condition d’en avoir la volonté
politique.
Le groupe de la Gauche Unie Européenne (GUE), présidé par Francis Wurtz, a joué un rôle positif dans la dernière mandature en pesant sur un certain nombre de directives. Rassemblant des communistes, des écologistes non libéraux, des socialistes de gauche, la GUE est intervenue utilement pour mettre en débat la directive Bolkestein, modifier la directive portuaire ou bloquer la revalorisation de l’accord UE-Israël en pleine guerre de Gaza. Récemment encore, elle a bloqué la directive sur les 65 heures de travail hebdomadaire.
Cette démarche a été féconde parce que ce groupe a su travailler en permanence avec le mouvement associatif et
syndical, créer un rapport de force avec la société civile « organisée ».
La Marseillaise : Militante associative et des droits de l’Homme, vous être très sensible à la vocation humaniste et solidaire de
l’Europe. Quelle message devrait être adressé aux peuples du Sud par l’Union européenne ?
Militante déterminée des Droits de l’Homme, mon combat pour les libertés et l’égalité concerne tous les continents. Je me revendique alter-mondialiste. L’Europe de la solidarité que nous voulons,
impose de façonner d’autres rapports entre l’Union et les peuples du Sud. Des rapports qui prennent le contre-pied du pillage des cerveaux de ces pays, conséquence de l’immigration choisie de
Nicolas Sarkozy Il est indispensable de créer de nouvelles règles du jeu au niveau international autour des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de solidarité. Nous devons être riche de
la diversité et savoir apprendre des autres peuples.
La Marseillaise : Le Parti socialiste ne cesse d’appeler au vote utile les électeurs de gauche, prétextant un risque
d’émiettement du camp progressiste. Quelle est votre réaction ?
Marie-Christine Vergiat : Avant toute chose, il faut aller voter. Pour un électeur qui en ras-le-bol de la politique de Sarkozy et du gouvernement, s’abstenir c’est faire le jeu du
pouvoir.
La liste du Front de Gauche a tenu à faire campagne sur les bilans et les propositions. A la différence de beaucoup
d’autres qui multiplient les promesses. « Plus à gauche que moi, tu meurs » semble être leur leivmotif. Notre projet n’est pas affaire de mots mais de propositions
concrètes pour lesquelles nous nous battrons à Paris comme à Strasbourg. C’est pourquoi il faut voter pour la liste du Front de gauche.
La Marseillaise : Les listes du Nouveau parti anticapitaliste s’efforcent de faire concurrence à celles du Front de Gauche. Les
redoutez-vous ?
Marie-Christine Vergiat : Nous n’avons pas d’ennemis à gauche. Nous tendons la main à tous ceux qui ont la volonté de se rassembler. Notamment dans cette circonscription du Sud-Est où,
manifestant une indéniable volonté d’ouverture, le Front de Gauche a confié la tête de liste à quelqu’un qui est issu du mouvement associatif.
Nous ne pouvons que regretter que le NPA ne se soit pas engagé dans cette voie. Il est toujours temps pour les
électeurs du NPA de choisir. dans les urnes, l’unité et le rassemblement.
La Marseillaise : C’était votre première campagne électorale à ce niveau. Regrettez-vous cet
engagement ?
Marie-Christine Vergiat : Certainement pas. Militante associative, j’ai toujours été une militante politique. J’ai toujours eu l’envie et la passion de changer les choses. Lorsque cette
proposition m’a été faite, je n’ai pas hésité longtemps. Au moment où l’absence de débouchés politiques se fait sentir, j’ai estimé que c’était le moment de relever le
défi.
La Marseillaise : A 24 heures du scrutin, quels sont vos derniers arguments pour convaincre les derniers
hésitants ?
Marie-Christine Vergiat : Je l’ai déjà dit : pendant ces dernières semaines, il s’est passé quelque chose de fort. Un formidable espoir est né à gauche. Il est en marche. Une dynamique
s’est développée qu’il s’agit de prolonger jusqu’au Parlement de Strasbourg.
Souvent, la question m’est posée : et après le 7 juin ? J’ai la conviction que cet espoir-là ne s’arrêtera
pas. Mais cela dépend aussi du niveau de notre score. Plus il sera haut, plus nous pourrons pousser afin de redonner du sens aux valeurs de gauche et construire une gauche de transformation
sociale.
Propos recueillis par Christian Digne (La Marseillaise, le 6 juin 2009)
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