Education : 30 000
emplois jetables dans les écoles dès 2009 !

Prompt à convoquer les médias sur la violence scolaire, Xavier Darcos est bien plus discret sur la violence sociale
qui sévit à l’éducation nationale. Et pourtant, le sujet est brûlant. Le 30 juin prochain, quelque 30 000 employés de vie scolaire - les fameux « EVS » - verront leur contrat arriver
à terme. En poste depuis près de trois ans dans les écoles, notamment dans l’accompagnement des enfants handicapés, ils n’auront alors d’autre choix que de prendre la porte. Avec les
remerciements de la rue de Grenelle.
« Mépris incroyable »
« Le 1er juillet prochain, je retourne au Pôle emploi et je ne sais pas ce que je vais devenir, confirme, dégoûtée, Muriel Michelin, présidente de l’Union nationale des EVS, qui organise
aujourd’hui une journée de mobilisation (1). Le gouvernement fait preuve d’un mépris incroyable vis-à-vis de nous. » C’est peu dire. Créés en 2005 par la loi Borloo, dite de
« cohésion sociale », ces contrats aidés devaient, à l’origine, permettre aux personnes en difficulté d’intégration (chômeurs de longue durée, érémistes…) de retrouver le marché du
travail. Via cet emploi à temps partiel, bien sûr, mais aussi grâce à l’accès à une formation professionnelle.
Sur le terrain, les choses ne sont pas aussi simples. À commencer par les conditions de travail. Embauchés par les
rectorats pour une durée maximale de trente-six mois, les EVS bossent une vingtaine d’heures par semaine et gagnent à peine plus de 800 euros par mois. Une précarité d’autant plus pesante que
beaucoup d’entre eux, après plus de deux ans, n’ont quasiment pas bénéficié de la formation promise. « On propose tout juste de nous faire des attestations de compétence, s’agace Muriel.
Au final, on a l’impression de s’être fait exploiter pour rien. »
23 000 signatures
Dans les écoles, l’annonce du départ des EVS en poste a choqué beaucoup de parents et professeurs. « Ils correspondent à un vrai besoin en termes d’emplois », assure Judith Fouillard,
secrétaire nationale du SNUipp-FSU. Aider un enfant à sortir de son fauteuil roulant, lui répéter les consignes de la maîtresse, épauler le directeur dans ses tâches administratives… Les EVS
sont souvent devenus indispensables aux équipes enseignantes. « Pendant ces années, ils ont acquis un savoir-faire, noué des relations professionnelles, note encore Judith Fouillard. Le
ministère veut maintenant les jeter à la poubelle avant de les remplacer par d’autres précaires, c’est aberrant. »
Ces derniers mois, les EVS, dont beaucoup ont rejoint des collectifs départementaux, ont tenté de faire fléchir le
ministère. Soutenue par les principaux syndicats (FSU, CFDT, CGT, FO, UNSA), une pétition réclamant leur embauche a déjà rassemblé 23 000 signatures et des motions de soutien, signés par les
conseils d’écoles, ont été envoyées en avril au cabinet du ministre. Fin mars, les syndicats et l’Union nationale des EVS ont même demandé audience auprès de François Fillon. La réponse est
tombée… lundi dernier. Lapidaire. « On nous a juste dit de nous adresser à Xavier Darcos ! » explique Muriel Michelin. Vous avez dit violence ?
(1) Des rassemblements sont prévus dans la plupart des grandes villes françaises avec des demandes d’audiences auprès des préfets, des Pôles emploi ou encore des recteurs.
Laurent Mouloud
http://www.humanite.fr/2009-05-27_Societe_30-000-emplois-jetables-dans-les-ecoles
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