Ecole : le pouvoir
réactive le thème sécuritaire avant les européennes !
Portiques de détection d’armes, chefs d’établissement transformés en policiers : le ministre Xavier Darcos a résumé mercredi les propositions qu’il fera jeudi au chef de l’Etat, réactivant à 12 jours de l’élection européenne la thématique sécuritaire qui avait réussi à Sarkozy en 2007.
Pourtant, dans le collège de Fenouillet (Haute-Garonne) où l’agression d’une enseignante est à l’origine des mesures, on réclame tout autre chose… Reportage.
Fenouillet (Haute-Garonne), correspondance particulière.
Le collège François-Mitterrand de Fenouillet se tient un peu à l’écart. Une construction assez moderne, inaugurée il y a une douzaine d’années. C’est presque un collège à la campagne avec, devant lui, des terres agricoles. Dans cet établissement, le 15 mai dernier, un élève de cinquième a frappé sa professeure de mathématiques avec un couteau de cuisine. Sérieusement blessée, l’enseignante a dû être opérée.
Le collège recrute ses six cent trente-quatre élèves sur les communes de Saint-Jory, Lespinasse, Gagnac-sur-Garonne et, surtout, Fenouillet, limitrophe de Toulouse. Sur ce secteur, où l’habitat est plutôt pavillonnaire, ne vivent pas des populations spécialement défavorisées. « Il y a une mixité sociale, mais la crise fait sentir ses effets ici aussi », selon Jean-Luc Laronce, président du Groupement de parents, association indépendante de parents d’élèves. Pierre Bienvenue, professeur d’histoire-géo, élu au conseil d’administration du collège, constate une dégradation sociale : « De plus en plus d’élèves ont la gratuité de cantine. Le nombre d’impayés de cantine augmente lui aussi. Même si les familles disposent d’un salaire, elles ont du mal à joindre les deux bouts. » Il n’est pas rare que la famille soit monoparentale, la maman travaillant fréquemment au centre commercial de Fenouillet, avec des horaires décalés.
« Ce collège est ni meilleur ni pire qu’un autre », juge Jean-Luc Laronce. « Nous ne sommes ni en ZEP ni dans un établissement de quartier favorisé », confirme Pierre Bienvenue. Cet enseignant, syndiqué au SNES-FSU, a tout de même remarqué que les conseils de discipline, inconnus ici il y a encore quelques années, ont fait leur apparition. Depuis la rentrée de septembre, trois élèves ont été traduits en conseil de discipline. « Dans chaque classe, un à trois élèves ont du mal avec la règle », observe le professeur.
Après l’événement du 15 mai, certains parents d’élèves ont dénoncé un manque d’autorité et un « laisser-aller » de l’administration. Le principal du collège, Serge Blanc, n’a pas accepté de nous recevoir. Pierre Bienvenue, de son côté, rappelle que l’établissement inflige des heures de colle le mercredi après-midi, alors que les élèves sanctionnés aimeraient être ailleurs à ce moment-là. Quant au garçon qui a frappé sa prof de maths, il n’avait jamais occasionné le moindre problème de discipline. Pierre Bienvenue l’avait d’ailleurs pour élève : « Je n’ai jamais eu de rapport violent avec lui. Ce qu’il a fait est totalement inattendu. »
Pour Jean-Luc Laronce, « il y a eu dans le collège des incivilités, des dégradations, mais les moyens ont manqué pour faire un travail sur ce thème avec les élèves. Il y a un besoin d’encadrement ». Il accuse « le désengagement de l’État ». Chiffre précis à l’appui : « Les professeurs absents ne sont pas remplacés et, au 9 février, déjà 541,5 heures n’avaient pas été assurées. C’est comme si le collège avait été fermé pendant une semaine ! » Chaque classe compte en moyenne 26 ou 27 élèves. « On manque de moyens humains », renchérit Pierre Bienvenue.
Il est désormais prévu de renforcer la présence de l’assistante sociale mais la psychologue-conseillère d’orientation continuerait de travailler dans ce collège un seul jour par semaine. Jean-Luc Laronce : « On a besoin d’étoffer l’équipe des surveillants et nous voulons deux médiateurs pour effectuer un travail de prévention. » Hervé Villeneuve, parent d’élève et affilié à la FCPE, va dans le même sens : « Le préventif doit toujours être préféré au répressif. » [1] Installer des portiques détecteurs de métaux, comme le préconise le ministre Xavier Darcos ? L’idée est fermement rejetée par les deux associations de parents d’élèves : « Le remède serait pire que le mal. »
Bruno Vincens
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