Derrière l’externalisation, il y a toute l’insécurité des travailleurs de DCNS et, plus largement,
du secteur de la Défense.(Photo archives Hérault du Jour)
Voués aux vagues successives de privatisation, les salariés
varois prendront toute leur place dans la journée d’actions d’aujourd’hui. Température du côté d’EDF, GDF-Suez et DCNS.
Chez les électriciens et gaziers varois, après huit semaines de mobilisation, l’unité affichée par
les organisations syndicales* est intacte. Plusieurs journées d’actions ont ainsi rythmé ces deux derniers mois. Et tout laisse présager - qu’il s’agisse du climat dans
l’entreprise ou plus généralement du contexte économique et social - que ce n’est pas terminé.
A l’occasion du rassemblement toulonnais d’actifs et d’inactifs le 19 mai dernier, responsables syndicaux et salariés évoquaient déjà les rendez-vous
revendicatifs à venir. Outre ceux plus spécifiquement liés à la profession, le secrétaire général de la CGT, Olivier Pontone, indiquait : « Nous nous inscrivons pleinement dans
les actions interprofessionnelles des 26 mai et 13 juin ».
Gel des salaires, mais valse des bénéfices
Si la lutte engagée par les salariés de l’Energie a d’ores et déjà été couronnée de quelques « avancées », les revendications sur l’emploi, le maintien des
missions de service public et sur la hausse des salaires demeurent quant à elles à l’ordre du jour. Elles sont d’autant plus d’actualité aux yeux des personnels que ceux-ci
assistent à une valse de milliards dans leurs entreprises respectives : 6,5 milliards d’euros de bénéfices à GDF et 3,4 à EDF, auxquels il faut ajouter les 6,9 milliards d’euros
octroyés par GDF à ses actionnaires. Tandis que les syndicats dénoncent « un gel des salaires depuis une dizaine d’années ».
Dans le même temps, la privatisation de nombreuses activités avance à marche forcée avec les conséquences que l’on sait pour l’emploi. « Nous avons obtenu
quelques réponses quant aux externalisations, mais elles sont toujours dans les tuyaux. L’une de nos principales craintes concerne le distributeur qui risque de perdre ses
effectifs et ses compétences », explique Lionel Martino (CFDT).
« Il s’agit d’activités qui, soi-disant, ne sont plus rentables. En fait, nous assistons à un plan social déguisé : de 85.000 salariés en 2006, il ne devrait plus en rester que
35.000 en 2012. Dans ces conditions, nous ne pourrons plus assurer les tâches d’un véritable service public », commente Pierre Roffinella (FO).
Autre source de mécontentement : le mépris témoigné par les directions. « Nous nous heurtons à un semblant de dialogue, à un refus d’ouvrir les négociations
», juge Olivier Pontone. Aussi les syndicats ont-ils décidé, toujours dans l’unité, « de ne plus siéger au niveau de la Direction opérationnelle de la région Méditerranée. Nous
avons aujourd’hui la volonté de ne pas en rester là. La mobilisation nationale ne faiblit pas et crée une dynamique pour que les salariés aillent au bout de leurs revendications
».
A DCNS, un mécontentement
global
Etre de l’arsenal, c’était hier, du temps de la « Sorbe », de l’école des
apprentis, ces petits d’ouvriers qui prenaient le malin plaisir de suivre les traces de leurs pères, entre-temps légèrement amiantés. Aujourd’hui, le patron de DCNS, contraction
vulgaire entre la direction des chantiers navals et le S de Thalès, mathématicien de renom au Palais Brognard, pointe son groin très privé à l’union patronale du coin et au
Medef. Les temps changent, les bateaux rouillent et les préoccupations des salariés se précisent : il ne fait pas bon travailler pour ces gens-là, mélangeant à l’envi
souveraineté de la Nation républicaine et petites affaires entre amis.
Ce mardi, Florent Vanheuverzwyn (CGT) comme l’ensemble des salariés mettra à profit la journée d’action pour interpeller le député UMP Vitel devant sa
permanence. Immeuble Le Concorde mais pas la Concorde pour autant. Le parlementaire varois est de fait le vice-président de la commission de la Défense à l’Assemblée. Pas de
quoi en faire un gros poisson mais tout de même : l’ensemble des syndicats souhaite lui rafraîchir le plancton avant qu’il n’invite ses coreligionnaires à voter la loi de
programmation militaire les 8 et 9 juin. « On conteste son contenu et les modalités de son application. Son article 10 est d’une dangerosité sans précédent, qui ouvre la porte à
la filialisation de l’entreprise. Chaque salarié a reçu un courrier du PDG qui annonce des alliances européennes. Derrière ça, il y a toute l’insécurité des travailleurs de DCNS
et, plus largement, du secteur de la Défense. Leur mot, c’est l’externalisation. Aujourd’hui, tu travailles pour DCNS . Mais demain ? »
Une revalorisation au rabais (1,9 %) alors que les richesses produites par le travail s’élèvent à 5% et un mécontentement global que souhaite exprimer le
syndicaliste, dans la plus parfaite unité d’ailleurs : « Cette journée du 26 mai est une étape supplémentaire dans la construction du rapport de forces face à l’Etat et aux
patrons qui profitent de sa politique. En ce sens, nous sommes doublement concernés. On sera là le 13 juin mais ils doivent nous entendre dès aujourd’hui. Dans deux semaines, il
va y avoir des élections et chaque salarié devra prendre sa place, après avoir bien pris connaissance du programme de chaque liste. Dans le cas contraire, il y aura de lourdes
conséquences ». Rien de tel que la lutte.
* L’intersyndicale est composée de la CGT, de FO, de la CFDT et de la CFTC.
Reportage
Agnès Masseï
et Jean-François Sicurani
Photo Bruno Isolda
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