La droite orchestre sa campagne sur l’insécurité !
La ficelle, grossière et usée, fonctionne-t-elle encore ? Devant chaque difficulté, depuis exactement deux mois, la droite agite le chiffon de l’insécurité, et dispute le terrain médiatique à la colère sociale. Face à la difficulté d’endiguer les mouvements sociaux et à l’échec de la « moralisation du capitalisme », Nicolas Sarkozy a brutalement rendossé sa panoplie d’ancien ministre de l’Intérieur, à Gagny, dans l’Essonne, le 18 mars… soit la veille de la manifestation monstre des syndicats qui s’annonçait comme un succès historique.
Réagissant à l’intrusion de jeunes dans un lycée se livrant à des violences et des dégradations, il a activé la notion de délit de participation à des « bandes ». Rebelote six jours plus tard, en meeting à Saint-Quentin, après l’agression d’un proviseur à Garges-lès-Gonesse, le chef de l’État promettant un texte gouvernemental au Parlement « dès le mois prochain », qui devrait en fait être inscrit à l’ordre du jour au mieux à la fin juin.
À chaque fois la méthode est la même : s’appuyant sur un fait divers choquant, la droite écarte tout examen lucide de la situation pour jouer la carte de la dramatisation et de l’effet d’annonce. Généralement sans s’embarrasser de la faisabilité des propositions ou de leur efficacité supposée. L’objectif : entretenir un climat de peur pour remobiliser un électorat de droite populaire fragilisé par la crise : petits commerçants, artisans, petits propriétaires, travailleurs déclassés, qui constituaient une part de l’électorat frontiste avant 2007.
Après Saint-Quentin, Nicolas Sarkozy a récidivé le 21 avril, lors d’un déplacement sur la sécurité à Nice, ville de son ami Christian Estrosi, chargé de rédiger la future loi sécuritaire. Au passage, le chef de l’État en a profité pour tout mélanger à dessein dans sa réprobation : violences à l’école et violences observées dans les manifestations à Strasbourg, le 4 avril, contre le sommet de l’OTAN. Il a projeté d’interdire dans la loi que « des voyous manifestent avec des masques ou des cagoules ».
Soit l’autre volet du discours sécuritaire sarkozyste, s’efforçant d’assimiler contestation sociale et délinquance, comme lors de la condamnation récente des séquestrations de patrons par des salariés à bout, ou encore de la rafle des 74 syndicalistes d’EDF et GDF, jeudi 14 mai. À la suite de quoi le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre déclarait, lundi dernier : « La loi républicaine doit être respectée que ce soit dans les banlieues, les entreprises ou les universités. »
Une stratégie fondée sur l’ordre et la peur qui ne doit rien à une recrudescence des actes violents, mais qui est, en fait, planifiée sciemment à l’approche des européennes. Le 5 mars dernier, soit quatorze jours avant le discours de Gagny, le tout nouveau « secrétaire national de l’UMP à la sécurité », le député Éric Ciotti, ne déclarait-il pas : « Jospin a été battu en 2002 sur la question de la sécurité (…). Je vais donc faire en sorte qu’elle redevienne une priorité pour toute l’UMP »
Sébastien Crépel
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