Ecole « S’interroger sur les causes de la violence »

Comment réagissez-vous aux propositions de Xavier
Darcos ?
Monique Daune. Le ministre fait de la surenchère sécuritaire. Et tout cela participe d’une opération de diversion : pendant qu’on parle de ça, on n’évoque pas le reste, notamment ces
dizaines de milliers d’emplois supprimés dans les établissements scolaires depuis trois ans, ni des suppressions massives (de 17 000 à 18 000 postes) programmées pour l’an
prochain.
Vous rejetez donc les idées avancées par le ministre ?
Monique Daune. Fouiller systématiquement les cartables ? Cela dénaturerait complètement nos missions, et créerait plus de problèmes que cela n’en résoudrait. Des forces mobiles
d’intervention ? L’idée est assez floue, et pourrait faire penser à des « GIGN scolaires ». Si c’est pour faire de la prévention, cela existe déjà. De même, quand un problème
grave survient, le chef d’établissement appelle déjà la police. Alors…
La violence a-t-elle atteint un nouveau stade à l’école ? Les agressions de professeurs sont-elles en train de se
multiplier ?
Monique Daune. Absolument pas. Bien sûr, les actes les plus graves focalisent l’attention des médias. Et les ministres en sont friands, pour mettre en avant leurs mesures sécuritaires. Mais on
voit bien que Xavier Darcos noircit délibérément le tableau. Déjà en avril, après l’affaire du collège de Gagny, on a tenté de nous faire croire que tous les établissements étaient poreux, que
les intrusions extérieures étaient massives. Ce n’est pas du tout le cas. Même les chiffres du ministère le montrent : seuls 6,5 % des agressions commises dans les établissements sont
le fait de personnes extérieures. Deuxième tentative, après l’agression de Fenouillet. Et deuxième démenti des chiffres : selon le logiciel Civis du ministère, le port (et non l’usage)
d’arme blanche représente seulement 1,2 % des incidents déclarés en 2007-2008. Ces agressions sont certes choquantes, inacceptables, mais aussi rarissimes : on comptabilise dix cas
depuis 2007, et pas seulement avec des couteaux. On ne va pas pour autant supprimer les ciseaux ou les compas à l’école…
S’il y a un problème de violence scolaire, il est, dites-vous, quotidien…
Monique Daune. Oui, ce sont les incivilités, les bagarres entre élèves ou les agressions verbales. Ni les portiques de sécurité ni la possibilité de fouiller les cartables ne résoudront ces
problèmes. Il faut au contraire des mesures éducatives, avec des personnels en nombre suffisant, au statut reconnu et bien formés. De même, il faut s’interroger sur les causes de cette
violence. L’une des principales, c’est l’échec scolaire. Ou encore la misère sociale et économique dans laquelle vivent beaucoup d’enfants des quartiers les plus déshérités. C’est contre cela
qu’il faut se battre.
Entretien réalisé par Alexandre Fache
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