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A boulet rouge sur l’échec scolaire ! 


Article paru dans La Marseillaise du lundi 19 mai 2009
 
 

 

Photo RT
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Initiés en 1990, les Rased sont un outil original de la lutte contre l’échec scolaire. Un outil mal en point du fait du sous effectif chronique, un outil mal vu en ces temps libéraux et désormais un outil sur la sellette d’une école de moins en moins républicaine.


 

Méconnu, associé à l’aide scolaire des plus pauvres, amalgamé à l’aide personnalisée proposée dans les écoles, le Rased - réseau d’aide spécialisée aux enfants en difficulté - est bien plus que cela. « Quand tous les outils d’un professeur généraliste ont échoué, les gens du Rased interviennent avec des méthodes et des supports spécifiques » vulgarise Christophe Doré, secrétaire départemental du SNUipp. « La base est un fonctionnement en réseau » complète Laurence Baussens, professeur Rased, « au départ un maître nous interpelle puis nous observons, discutons avec le personnel scolaire mais aussi des psychologues et la famille puis mettons au point un programme de travail ».


6% des élèves bénéficient de l’aide spécialisée


    Constitué d’un trio de maître, de rééducateur et de psychologue pour pouvoir intervenir sur les difficultés de comportement, moteur ou de compréhension pédagogique, les Rased sillonnent plusieurs écoles, prenant les élèves de maternelle ou de primaire en difficulté pour quelques heures hebdomadaires, toujours sur le temps scolaire, pour des cycles de 6 ou 7 semaines avec bilans réguliers, « jusqu’à ce que l’élève puisse ressurgir, atteindre les objectifs que nous nous étions fixés et retourner dans sa classe » synthétise Laurence Baussens. Les profs Rased sont formés, une année supplémentaire après le cursus traditionnel de professeur des écoles, ce qui permet quelques 67 petits euros supplémentaires sur la fiche de paye.
    Le cœur de leur métier est l’échec scolaire, ces fameux 15% de gamins arrivant en classe de 6e sans maîtriser les bases ; un chiffre que Nicolas Sarkozy avait promis de diviser par trois. Pour ce faire, il n’a rien trouvé de mieux que s’attaquer à l’outil principal, faisant passer la pilule en proposant les fameuses aides personnalisées dispensées par les enseignants généralistes en dehors des heures d’école pourtant lourdes. L’outil était déjà mal en point : beaucoup de profs étaient nommés sans formation spécifique et surtout les effectifs étaient insuffisants. « L’idéal serait un prof Rased pour 10 classes ou un groupe scolaire. Ce qui ferait 600 pour les Bouches-du-Rhône. Nous en sommes à 287 et à partir de l’an prochain, 42 postes seront supprimés et 42 transformés en surnuméraires » liste Christophe Doré. « A Aubagne, je m’occupe de 5 écoles. La ville qui recense 50 établissements ne compte qu’un rééducateur. Forcément on ne répond pas à toutes les demandes ».
    Après une première annonce de 3000 suppressions au niveau national et devant une levée de bouclier via des manifs ou une pétition (300.000 signatures), le gouvernement a procédé à un recul en forme de pirouette : les suppressions ne seraient que 1500 et le reste transformé en surnuméraires. « Nous ne sommes pas contre ces enseignants supplémentaires mais à condition qu’ils soient en co-animation dans les classes comme cela s’est expérimenté avec succès dans 42 sites du département depuis 5 ans » poursuite le syndicaliste. « Mais cela ne doit pas remplacer les Rased et surtout, nous attendons le cahier des charges pour voir s’ils ne seront pas là pour remplacer les profs absents ».


L’abandon des missions de service public


    Les raisons de cette attaque en règle des Rased sont multiples. « Pour des libéraux, qu’un prof s’occupe d’un groupe de 4 ou 5 gamins n’est pas rentable. Ils veulent nous remettre devant une classe. Même si le Rased est un outil indispensable pour la réussite de tous, car le supprimer ne sera pas sans effet sur le reste d’une classe », estime Laurence Baussens. « C’est une bombe qu’on est en train d’armer », confirme Gilles Robic, administrateur FCPE sur le 2e arrondissement de Marseille, « en cas de problème la solution sera le renvoi ou décrocher de l’école à partir de 14 ans ». « Sans le Rased, les familles aisées, si elles ont repéré le problème, pourront chercher une solution chez un orthophoniste ou un psy en libéral. Mais pas les classes défavorisées », prédit Christophe Doré avant que Laurence Baussens ne synthétise : « C’est simple, externaliser la réponse aux difficultés, c’est abandonner les missions de service public ».
    « Jusqu’à présent, on était sur l’objectif de 80% d’une classe d’âge au bac, projet formidable basé sur la volonté d’amener tout le monde au sommet d’une culture académique, une idée reposant sur un consensus. C’est précisément ce consensus que Nicolas Sarkozy a rompu » analyse Gilles Robic avant d’asséner, « le problème est que la gauche est incapable de formuler un autre discours. Il y a certes le parti communiste avec ses propositions sur l’apprentissage tout au long de la vie ou sur la place des parents dans l’école mais cela reste très parcellaire. Or, faute d’ouverture politique pour déboucher sur autre chose, quelle perspective peut-on avoir au-delà du mouvement social ? »

Reportage
Angélique Schaller
Photo : Migué Mariotti

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Tag(s) : #Education
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