L'effondrement du prix du lait provoquent la colère des éleveurs
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Lait : la colère déborde
Plus qu’une chute, c’est une grosse gamelle ! Annoncée depuis longtemps, la baisse du prix du lait payé aux producteurs n’est pas une surprise. Si ce n’est que son ampleur relève du jamais-vu. En un mois, le litre acheté aux éleveurs a perdu 30 % de sa valeur. De 0,32 centime, en mars, il est passé à 0,21 centime, en avril.
Une dégringolade que la saisonnalité du prix - à savoir le phénomène économique qui veut que le lait s’achète moins cher au printemps qu’en hiver - ne suffit pas à expliquer. « En avril 2008, autrement dit il y a un an à la même période, le lait nous était payé plus de 30 centimes le litre », rappelle Thierry Roquefeuil, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).
De fait, jamais un prix aussi modique que celui constaté en ce début de printemps n’avait été observé jusqu’ici. Pas même en 2006, année où il était tombé particulièrement bas.
Une perte de revenu net pour les laitiers, qui ont découvert leur feuille de paie la semaine dernière. Elle
intervient, en outre, après des baisses de prix successives, à l’été et à l’automne 2008. « Celles-ci, au moins, avaient été négociées », pointe Thierry Roquefeuil. Car, c’est là
l’autre grande nouveauté : le prix d’achat, cette fois, a été décidé unilatéralement, par les industriels. Décryptage d’un écroulement des prix annoncé autant que
redouté.
Une concertation qui a tourné court
Jusqu’en avril 2008, la concertation était de mise entre producteurs et acheteurs. Chaque trimestre environ, les coopératives, les industriels et les grands syndicats des producteurs de lait se
rencontraient afin de négocier l’évolution du prix du lait. Une interprofession (dont étaient exclus, en outre, les syndicats minoritaires), qui allait bientôt prendre du plomb dans l’aile. En
mai, la Direction générale de la concurrence, du commerce et de la répression des fraudes (DGCCRF) l’épinglait, estimant que les accords consensuels auxquels aboutissaient les discussions ne
laissaient pas suffisamment de place à la libre concurrence, préconisée par la loi (1). Jusqu’alors limitée, l’interprofession s’éteignait totalement, laissant les industries entièrement libres
de mettre la pression sur les prix.
La guerre de l’emmental et du gruyère râpé
Certaines n’ont pas attendu bien longtemps. Première à faire le pas : la firme Entremont-Alliance, qui décidait, dès l’été, de baisser le prix du lait pour le troisième trimestre 2008. La
réaction des producteurs ne traînait pas non plus, qui bloquaient l’entreprise dès la fin du mois d’août et l’obligeaient à plier. Pas pour longtemps. Entremont faisait savoir qu’elle entendait
baisser les prix dès le mois d’octobre, allant jusqu’à menacer de boycotter les paysans qui refuseraient de se soumettre à sa loi.
Ce même mois d’octobre, une réunion interprofessionnelle commandée par le gouvernement voyait les industriels
revenir à la charge. En dépit de produits de grande consommation - emmental, gruyère râpé -, en hausse de 6 à 10 % sur les marchés, ils annonçaient une baisse d’environ 0,07 centime
le litre de lait pour le quatrième trimestre 2008 et de 0,10, voire 0,12 centime pour le premier trimestre 2009. Dont acte.
Le prix du beurre et de la poudre de lait en chute libre
À ce pouvoir offert aux grandes fromageries s’ajoute la pression des marchés mondiaux. Après avoir grimpé en avril 2008, au point d’occasionner une certaine euphorie chez les producteurs, le
prix du lait s’écroulait à nouveau en septembre. Singulièrement touchés par ce nouvel effondrement et les précédents, le beurre et le lait en poudre voyaient leur prix tomber en chute libre.
Celui du beurre en vrac s’élevait à 2 150 euros la tonne, début 2009, contre 4 200 euros en 2007, plaident les industriels. Celui du lait en poudre passait dans la même période de 3 500 euros à
1 650 euros. Une conjoncture que les producteurs ne contestent pas. « Certaines entreprises risquent d’ailleurs de disparaître, note, en outre, Josian Palach, pour la Confédération
paysanne. Mais à laquelle ils ajoutent un bémol. « Ce marché essentiellement consacré à l’exportation ne représente que 30 % des débouchés du lait », avance Thierry
Roquefeuil.
Du lait qui déborde des cuves
Cerise sur le gâteau, ou plutôt toile de fond générale, la surproduction de lait, qui voit celui-ci déborder des citernes depuis plusieurs années et perdre de sa valeur à mesure que l’offre
dépasse la demande. Un phénomène récurrent depuis 2003, où la Commission européenne a entrepris d’augmenter les quotas laitiers dans le but affirmé de faire baisser les prix. « Déjà, lors
de la campagne de 2008 (2), la France n’a pas réussi à produire tout ce que les quotas l’autorisaient, note Josian Palach. Elle était en sous-réalisation de 5 %. » Le bilan de santé
de la PAC, opéré en décembre, n’a pas arrangé la situation. Il a confirmé l’objectif de l’Union d’augmenter les quotas jusqu’à les faire disparaître totalement d’ici à
2015.
(1) Entre autres, la loi Chatel, votée en décembre 2007 et qui devait
l’être en juillet 2008, présentée par Christine Lagarde.
(2) Saison de production qui s’étale d’avril à mars.
Marie-Noëlle Bertrand
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