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Politique - Article paru le 16 mai 2009 dans l'Humanité


Editorial par Jean-Paul Piérot

Casser du syndicaliste !

Encerclés devant le siège de leur syndicat, chargés, embarqués dans des véhicules de police, dispersés dans plusieurs commissariats parisiens, humiliés, fouillés, dévêtus, retenus une dizaine d’heures derrière un grillage… c’est ainsi que l’on traite des militants syndicaux sous le règne de Nicolas Sarkozy. Les témoignages que nous ont confiés ces travailleurs du gaz, encore sous le choc, sont édifiants. L’incompréhension domine chez ces hommes qui étaient à mille lieues d’imaginer qu’un État de droit puisse les considérer comme des malfaiteurs parce qu’ils s’impatientent devant le refus opposé par leur direction à toute négociation sur les salaires. Certes, l’odieuse mascarade a tourné à la confusion des autorités. Les policiers ne savaient que taper sur leur clavier lorsqu’ils apprenaient que les dégradations qui étaient reprochées à ceux qu’ils interrogeaient, se réduisaient à une chaise renversée, à un badge syndical collé sur un bureau, à quelques feuilles de papier jonchant le sol… Ces messieurs du patronat du gaz sont vraiment très pointilleux sur l’ordre dans leur immeuble de la rue de Courcelles, mais à qui fera-t-on croire que leur plainte ait entraîné un tel déploiement policier et un tel dispositif répressif sans qu’en haut lieu une décision ait été prise ?

L’empressement de Xavier Bertrand, homme lige du chef de l’État à la direction du parti au pouvoir, à justifier la rafle de 74 militants, est déjà un indice. Mais posons la question : qui a donné les ordres ? Qui a pris la responsabilité d’un acte qui criminalise une action revendicative et ravale les syndicats au rang d’organisations délinquantes ? L’enjeu est si lourd qu’il est difficile de croire à une bévue, à un excès de zèle de quelque haut fonctionnaire en quête d’avancement. Il est bien plus probable que le gouvernement, plombé par les résultats calamiteux de sa politique de dilapidation de richesses nationales au bénéfice des plus riches, décrédibilisé aux yeux de millions de Français, isolé face à un front syndical uni, cherche à intimider le mouvement social et à rameuter la partie la plus droitière de son électorat en cassant du syndicaliste.

Dans le contexte politique d’aujourd’hui, le pouvoir ne peut ignorer qu’une telle violence à l’égard de syndicalistes et de salariés en colère sera réprouvée par la majorité des Français. Plusieurs sondages ont en effet montré - signe de l’exaspération que sa politique suscite - que l’opinion comprenait que des patrons prêts à délocaliser ou à licencier puissent être retenus par des salariés exigeant des négociations. Entre 70 et 80 % des Français soutiennent les manifestations unitaires des syndicats qui se succèdent depuis le début de l’année.

La répression d’État vise aussi à mobiliser les électeurs les plus à droite en vue des élections européennes. En cas d’abstention massive du monde du travail, des milieux populaires, l’opération suffirait, par pure arithmétique, à assurer un bon score aux listes de l’UMP, dont Nicolas Sarkozy se prévaudrait pour aller plus avant dans la régression sociale. Ce qui vaut d’être médité par tous ceux qui aspirent à un vrai changement en France et en Europe.

La rafle des 74 découle d’une politique à courte vue, d’une politique de division, de classe, mais l’actuel président, pour accéder à l’Élysée, a-t-il jamais fait autre chose, opposant à l’envi les salariés et les chômeurs, les travailleurs du public et du privé, « la France qui se lève tôt » et les « assistés » ? Nous sommes très loin de l’intérêt général, de la recherche de la cohésion du corps social. Qu’un pouvoir politique abandonné de la grande majorité du peuple cherche son salut dans la provocation, la brutalité policière et l’arbitraire, le fait est suffisamment grave pour que le monde du travail, les syndicats, les forces de gauche, lui opposent une ferme résistance. Est-on encore totalement en démocratie lorsque des syndicalistes, qui manifestent, sont menottés et jetés dans les cellules des commissariats parisiens ?

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Tag(s) : #Politique
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