La croissance économique pourrait baisser de 3% en 2009 en France !

La publication du chiffre de croissance du premier trimestre 2009, que l’INSEE doit rendre public vendredi, pourrait bien démentir tous les scénarios qui tablent sur une sortie de crise
imminente. D’ailleurs, le gouvernement, qui n’est pas le dernier à évoquer une reprise progressive, rattrapé par les chiffres, se doit de préparer les esprits à un premier trimestre
historiquement bas. Dans les colonnes du Monde, la ministre de l’Économie Christine Lagarde a déjà averti que « le chiffre de la croissance au premier trimestre 2009 (…) sera sans doute
mauvais, ajoutant que, « comme celui du quatrième trimestre 2008 (- 1,2 %), (…) il témoignera du choc extrêmement brutal auquel nous sommes confrontés depuis l’automne ». Dans sa
dernière note de conjoncture, l’INSEE prévoyait une chute du PIB de 1,5 % au cours des trois premiers mois de l’année. Hier, les données sur la production industrielle française publiées
par l’institut témoignent d’une sévère baisse de l’activité au premier trimestre. Ainsi, la production manufacturière qui avait légèrement décéléré en février a de nouveau décroché de
1,4 % au mois de mars, portant ainsi la baisse trimestrielle à 7 % par rapport au trimestre précédent.
« La crise se transmet tel un effet domino, à travers le ralentissement global de la demande », explique Karine Berger, économiste chez Euler-Hermes SFAC. Une réduction de l’activité qui touche pratiquement tous les secteurs industriels. Avec un recul de - 2,8 %, le secteur de l’informatique est particulièrement touché, suivi par la production d’équipements électriques et électroniques (- 1,7 %). L’industrie automobile poursuit son repli (- 1 %). À l’opposé, certains réussissent encore à avoir une production en hausse (secteur pharmaceutique, industrie navale, industrie aéronautique). Si bien que la destruction d’emplois dans le secteur industriel est exceptionnelle et sans précédent depuis 1974. Une piqûre de rappel qui atteste à la fois d’une profonde dégradation de l’activité et de l’inefficacité de la politique économique du gouvernement, qui s’entête à ne pas favoriser la demande des ménages, aujourd’hui totalement atone et qui, demain, pourrait à son tour lâcher avec l’explosion du chômage.
Pourtant, la ministre de l’Économie use de son habituel optimisme pour faire passer le bien-fondé de ses réformes, allant jusqu’à confirmer la suppression de 34 000 postes de fonctionnaires dès 2010. « Après les six mois très durs que nous venons de vivre, le plan de relance et ceux de nos partenaires devraient permettre de tirer l’activité vers le haut. Les réformes que nous avons engagées pour moderniser l’économie et la rendre plus réactive vont donner une capacité de rebond et d’agilité supérieure à nos entreprises. Je crois à une reprise graduelle. » Et dans un timing presque parfait, la Banque de France estimait une croissance au deuxième trimestre de « seulement » - 0,6 %.
Un chiffre qui serait donc un peu moins mauvais, renforcé par l’indicateur du climat des affaires dans l’industrie, publié conjointement, s’est établi à 75 en avril, contre 74 en mars et 71 au cours des deux premiers mois de l’année. À ceci près que « les perspectives d’activité pour les prochains mois demeurent défavorables, en particulier dans les services aux entreprises », relativise la Banque de France. Officiellement, le gouvernement table encore sur une baisse de 1,5 % du PIB pour l’année 2009. Mais l’hôte de Bercy, qui cite l’hypothèse, avancée par certaines organisations internationales, a évoqué un taux de croissance de - 2,5 % à - 3 % sur l’année. La nouvelle prévision sera annoncée avant la prochaine réunion des ministres européens des Finances, prévue le 9 juin à Luxembourg, a précisé Christine Lagarde.
Clotilde Mathieu
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