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Trois questions pour comprendre l’Europe !

Article paru dans La Marseillaise du jeudi 7 mai 2009 

 

La nouvelle Europe se construira dans les urnes et par le mouvement social.(Photo DR)
La nouvelle Europe se construira dans les urnes et par le mouvement social.(Photo DR)
Alors que la crise met en accusation les logiques libérales, quelle est l’utilité de la construction européenne ? D’autant que son bilan est plus que contestable. Face à lui, est-il encore possible de rêver à une « autre » Europe.


 

L’Union européenne est-elle utile pour contribuer à la transformation progressiste de la société ?




L’état de santé actuel de l’Union européenne peut-il faire resurgir un débat que l’ensemble des forces progressistes a tranché au tournant des années 80? Jusqu’alors, à gauche, une frontière séparait le PS, très engagé dans le soutien à l’UE, au PCF et autres partis de sensibilité radicale.
Pendant très longtemps, les communistes se sont opposés à l’existence de l’Union, (le Marché Commun de l’époque) considérée comme une machine de guerre contre les souverainetés populaires et les acquis sociaux. Une opinion qui s’appuyait notamment sur les contours de cette construction, fruit du consensus politique entre les forces conservatrices européennes et les partis socialistes.
Mais cette réponse, parfois légitime, s’est heurtée à la réalité d’un monde en mouvement, aux aspirations des peuples à plus de coopération, aux besoins d’apporter des réponses fortes qui dépassent le seul cadre national. Désormais, c’est sur le terrain même de la construction européenne que les forces radicales ont décidé de faire portée leurs efforts. Député européen depuis 1979, figure très respectée du Parlement de Strasbourg où il préside le groupe de la Gauche Unie (GUE), Francis Wurtz précise : « l’Europe est un combat, inscrivant les luttes au quotidien dans une perspective d’avenir. Une Europe refondée doit être à même d’offrir une alternative à l’immersion dans la mondialisation libérale ».


Comment apprécier le bilan de la construction européenne ?


Le sujet est d’autant plus important que l’UE intervient toujours plus dans la vie des citoyens des 27 pays qui la composent. Ainsi une très grande majorité des lois françaises ne sont que la transposition législative des directives européennes.
Arc-boutée sur le traité de Maastricht, la manière de bâtir l’Union a conduit à un libre-échange généralisé et à la mise en concurrence des peuples et des territoires. Des orientations notamment mises en œuvre par la Commission dirigée par Barroso et par la Banque centrale européenne (BCE).
Les conséquences en sont dramatiques pour l’emploi, le niveau des salaires, l’état des services publics, les privatisations en cascade, l’affaissement du rôle social de l’Etat… « Nous vivons les effets de la compétitivité fondée sur la baisse des coûts salariaux, entraînant le dumping social, la précarisation de l’emploi, la désindustrialisation », explique Francis Wurtz.
Si une réorientation n’est pas rapidement engagée, le futur s’annonce sombre. Les options dégagées par le « processus de Lisbonne » ne feront qu’aggraver les conséquences des logiques actuelles. « Je suis convaincu que nous nous heurterons à des contradictions lourdes avec les traités existants », souligne Francis Wurtz.


N’est-il pas trop tard pour ambitionner de réorienter la politique de l’Union européenne ?


Le « non » au traité constitutionnel comme le recul imposé au contenu de la directive dite Bolkestein sur les services, ont souligné qu’aucune fatalité ne caractérisait cette politique.
Au fil des années, les réflexions et les débats à gauche ont permis de jeter les grandes lignes de ce que pourrait être cette « autre » Europe. Des axes en rupture avec les orientations libérales et qui changent la finalité de la construction européenne. Pour Francis Wurtz, « la vision alternative, sociale de la construction européenne nécessite des changements structurels ».
Cette Europe mettra au cœur de son projet la promotion des hommes et des femmes et non la recherche de la rentabilité. Cela nécessite l’utilisation de tous les instruments pertinents pour orienter l’argent vers le financement de cette priorité. Ainsi la BCE devra être placée sous contrôle public afin de servir l’intérêt général.
Cette Europe doit, également, être à l’initiative sur le terrain écologique et porter une nouvelle ambition pour sa politique agricole.
Solidaire, l’autre Europe aura l’obligation de s’attaquer à toutes les exclusions, à bannir la précarité, proscrire les discriminations, le racisme, la xénophobie, l’homophobie. Elle récusera la mise en concurrence des peuples pour établir avec les pays du Sud une relation fondée sur l’égalité et non la soumission.
Sur le plan de la vie démocratique - si souvent marginalisée -, cette autre conception se fixera pour horizon d’impliquer à tous moments les citoyens sur les grands sujets. Enfin, à l’échelle internationale, elle travaillera à l’émergence de nouvelles règles plus justes, plus démocratiques, plus pacifiques.
« Mais pour qu’une telle refondation ne soit pas qu’un catalogue de vœux pieux et puisse réellement, même très graduellement, se concrétiser, il faut, dans le même temps, remarque Francis Wurtz, s’attaquer aux ressorts du modèle qui a failli en même temps qu’il fait obstacle aux changements nécessaires. (…) Autrement dit tout ce qui structure l’Europe libérale dans tous les traités depuis une vingtaine d’années -traité de Lisbonne compris ! »
L’élection du 7 juin offre une occasion privilégiée pour façonner ce nouveau rapport de force.

Décryptage
Christian Digne

http://journal-lamarseillaise.com/le-fait-du-jour/trois-questions-pour-comprendre-l-europe.html
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Tag(s) : #Elections européennes 2009
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