En campagne pour le Front de gauche !

Par Christian Picquet, porte-parole de la Gauche unitaire.
Me voici donc en campagne… Pour le Front de gauche et avec la Gauche unitaire… En vérité, il me faut mener une double besogne : répondre aux sollicitations que l’on m’adresse un peu
partout, et mener la bataille en Île-de-France où je suis, comme on dit, « tête de liste numéro trois ». Mais pas une double peine, loin s’en faut, car il y a quelque chose d’exaltant
dans ces implications de terrain, où l’on apprend à partager le quotidien d’hommes et de femmes que l’on ne connaissait pas la veille encore (1).
Naturellement, je ressens de la tristesse à voir mes camarades de la majorité du Nouveau Parti anticapitaliste s’enfermer dans leur choix boutiquier, si loin de la tradition d’ouverture de feu la LCR, alors que tout l’arc du « non » antilibéral de 2005 eût pu se retrouver dans une grande bataille en faveur d’une Europe émancipée du traité de Lisbonne. Il n’empêche ! Trois impressions me viennent à l’esprit. D’abord, je l’avoue, j’éprouve du plaisir devant une fraternité militante qui se redécouvre. Sans doute tout n’est-il pas aisé d’emblée, lorsqu’il faut faire entrer en synergie les équipes militantes de chacun. Au final, toutefois, les équilibres finissent par se trouver. Combien de membres ou de sympathisants du PCF pour venir, soir après soir, m’exprimer leur contentement des retrouvailles de ce qu’ils considèrent comme deux tronçons de la grande famille communiste. Combien d’adhérents du Parti de gauche pour me dire que notre décision de créer la Gauche unitaire aura été le lien symbolique d’une entreprise dont la vocation est de changer le rapport des forces à gauche. À bien y réfléchir, ce climat s’explique simplement : parce que revendiquant son pluralisme, cette campagne échappe à la tentation des règlements de comptes sournois. C’est peut-être sur une nouvelle manière de concevoir la politique qu’elle débouchera.
Ensuite, rien de ce qui nous distingue n’est occulté. C’est ce qui donne de l’authenticité et de la force au Front. Je ne dissimule pour ma part jamais les débats qu’il nous faut poursuivre, par exemple sur la stratégie propre à battre le social-libéralisme à gauche, ou encore sur le nucléaire. Les communistes tiennent généralement à marquer fortement leur identité, et parfois « ils chargent la barque », mais cela a au moins le mérite de rappeler que cette configuration unitaire n’allait pas de soi, après tant d’échecs subis dans le regroupement des forces anticapitalistes. Les militants du Parti de gauche ont à coeur, quant à eux, de signifier ce qui les rattache profondément à la grande tradition du socialisme historique. Cette diversité constitue incontestablement notre atout maître. Elle me conforte dans la conviction que l’alternative à gauche ne saurait provenir d’une seule composante politique ; elle sera nécessairement le produit de la synthèse du meilleur des traditions qui ont jusqu’alors structuré le combat pour l’émancipation… ou elle ne sera pas. Enfin, cette campagne se veut le prolongement politique de la bataille sociale qui a déjà mis des millions d’hommes et de femmes dans les rues. Depuis le 19 mars, le mot d’ordre du Front de gauche est devenu : « Unité dans les luttes comme dans les élections ! » Cela se traduit par l’expression systématique aux tribunes d’acteurs du mouvement social, de structures de défense des services publics, de défenseurs de la paix et du désarmement… Dans les salles, on reconnaît le « premier cercle » de la gauche : socialistes « nonistes » du 29 mai 2005 ; écologistes convaincus que productivisme et capitalisme vont de pair, contrairement à ce que suggère la campagne de Daniel Cohn-Bendit ; secteurs de la gauche alternative, qui commencent à s’intégrer aux comités de campagne, confirmant que leur implication nationale était parfaitement possible ; féministes, altermondialistes, collectifs de soutien aux sans-papiers ; représentants du syndicalisme progressiste en milieu paysan ; militants du droit du peuple palestinien…
Pour résumer, nous nous efforçons ensemble de relever le grand défi du moment. L’ardoise de la crise du système pour les travailleurs risque d’être salée. Le mouvement populaire, aussi profond et majoritaire dans l’opinion fût-il, vient butter sur l’inexistence d’un débouché politique à la hauteur des attentes sociales. Ne doit-il pas affronter une droite et un patronat soudés, eux, sur une visée politique globale, celle d’une révolution néoconservatrice à la française ? Le Front de gauche est le seul à poser la question d’une rupture radicale avec la loi du profit et à porter, simultanément, l’exigence d’un rassemblement seul à même de faire renaître l’espoir du changement. Tout reste, bien sûr, à construire, des plans de mobilisation, dont il faut doter chacune des sept campagnes hexagonales, jusqu’aux comités locaux, qui ont vocation à réunir partout l’ensemble des segments de la gauche de gauche. Aucun doute cependant, si chacune et chacun s’y met, la donne pourrait commencer à changer durablement dans ce pays…
(1) J’en tiens la chronique sur mon blog : http://blog.christian-picquet.fr.
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