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La crise a précipité d’une manière inédite des catégories nouvelles dans la grande précarité. Maillons d’une même chaîne, des associations
constatent les dégâts et les banques alimentaires sont en alerte.
« En dix ans, nous avons triplé le nombre de nos implantations pour atteindre 60 antennes dans le
département des Bouches-du-Rhône. Pour remédier aux queues interminables, il fallait démultiplier les lieux pour surtout permettre aux personnes de garder leur dignité et, leur
éviter une nouvelle humiliation. Aujourd’hui, la précarité est devenue permanente pour une grande partie des gens que nous secourons. » Sonia Serra, secrétaire départementale du
Secours Populaire Français accuse le coup. Elle fait partie de ces milliers de femmes et d’hommes totalement impliqués dans le monde associatif, caritatif et humanitaire. Depuis
plusieurs années, les constats se suivent et se ressemblent. Malheureusement. « Je ne suis pas résignée, au contraire. Je veux opposer à cette assistance subie, de nouvelles
pistes de réflexion car il faut faire face ». Le SPF multiplie les initiatives multi-générationnelles et face au nombre croissant d’étudiants dans le besoin, a investi les
facultés. « Parmi les 1500 bénévoles du département, 80 jeunes interviennent régulièrement sur des actions à St Charles, St Jérôme ou à la Fac de lettres, pour rester à l’écoute
des besoins et proposer des solutions appropriées. C’est une population à risque ».
La tranche des 41-50 ans, touchés par le chômage
En plus des enfants, des jeunes, des retraités, la crise a précipité d’une
manière inédite des catégories nouvelles dans la grande précarité. En 2008, la conjugaison de la hausse du coût de la vie et du ralentissement sur le marché du travail, a
enfoncé plus encore les plus démunis, et déstabilisés ceux dont la situation était déjà précarisée. Ce qu’illustre le rapport annuel 2007-2008 du Secours Catholique qui a aidé
1,4 million de personnes, soit 290 000 familles dont « la plupart vivent en dessous du seuil de pauvreté et 60% d’entre-elles sont des cellules monoparentales ».
L’accueil de jour Marceau à Marseille est spécialisé dans l’aide d’urgence, la domiciliation, l’hygiène des personnes seules. Là encore, on a observé un
frémissement inquiétant. « Nous avons plusieurs fois alerté la DDASS sur un fait nouveau : beaucoup de gens viennent à l’accueil parce qu’ils ont faim. Il s’agit de personnes
âgées mais aussi de la tranche des 41-50 ans touchés par le chômage. Nous sommes également surpris par l’arrivée de femmes dont la catégorie des 18-25 ans et celle des plus de
60 ans, soit +15% en 2008 contre 7% en 2007 ». Paule Soghomonian, directrice de l’Accueil de jour Marceau et Consolat, planche sur bilan annuel 2008. L’accueil de jour, c’est 65
000 entrées par an, 14 700 douches, 45 000 lettres triées, 1352 entretiens, 1000 lessives… Graphiques évolutifs, comparatifs, elle termine la typologie « des personnes que nous
connaissons ». « Sur les 1800 personnes qui fréquentent l’accueil, 80 sont suivies depuis 2001 ». Ce qui en dit long sur l’assistance subie qu’évoquait plus haut Sonia Serra. Le
travailleur social intervenant sur l’action de rue en journée, a rencontré 450 SDF et en suit actuellement 250. « Nous allons renforcer ce poste d’un mi-temps, explique la
directrice, parce que depuis la fin de la période hivernale, on observe une hausse des expulsés, des travailleurs pauvres et des sans papiers. » Tout en précisant que les
données qu’elle communique sont « en deçà de la réalité ». « L’inflation des personnes en grande précarité m’inquiète. Elles présentent des handicaps multiples qui vont
nécessiter un travail de long terme et des interventions pluridisciplinaires. Vous le savez, le nerf de la guerre c’est l’argent. Et j’espère que les financements dévolus à la
prise en charge de la précarité vont être maintenus. »
Cet espoir que soient garanties les conditions d’intervention auprès des plus démunis, les neuf banques alimentaires qui maillent le territoire régional le
partagent. Conscientes des restrictions budgétaires qui pourraient bien déboucher sur une diminution des dotations tant au niveau national (Programme national d’aide
alimentaire), qu’européen (Programme européen d’aide aux démunis), les établissements innovent. Notamment au sein du comité de région de l’organisation territoriale en réseau
Méditerranée (OTR), couvrant Paca et Languedoc et les villes de Nice, Toulon, Oraison, Gap, Marseille, Montpellier, Avignon, Nîmes, Perpignan et Carcassonne. Le 17 avril
dernier, la Région Paca a renouvelé son soutien au cinq banques alimentaires de Paca (5107 tonnes de denrées distribuées auprès de 470 associations) en signant une convention
d’objectifs jusqu’en 2011, et portant le montant de ses subventions à 150 000 euros.
Les banques alimentaires à cheval sur l’hygiène et la traçabilité des produits
Pour Alain Bereziat, président de la B.A de l’Hérault (Mauguio) et du Comité de
Région, la notion de réseau constitue un nouvel axe stratégique de développement. « D’abord parce que cela repose sur des principes de solidarité et de partage qui nous sont
chers, ensuite parce qu’il faut satisfaire des besoins de plus en plus importants mais que toutes les banques, suivant leur implantation en zone rurale ou urbaine, ne sont pas
structurées de la même manière ». Concrètement, quand une banque a un surplus ou un besoin ponctuel, elle lance en interne une sorte d’appel d’offres qui va en satisfaire une
autre et vice-versa. « Un échange de dons » qui fait partie intégrante de la diversification des sources d’approvisionnement. « Nous cherchons à étendre nos partenariats sur les
plans quantitatif et qualitatif, avec les grandes surfaces, les industriels de l’agro-alimentaire et les producteurs locaux, explique le président, et nous prospectons,
sollicitons des dons en dehors de la campagne ».
«Les gens font face à des dépenses
sur des postes budgétaires incompressibles.
Ils font des arbitrages sur l’alimentation »
Autre cheval de bataille, la traçabilité des produits. Quand il s’agit de 1800
tonnes redistribuées pour l’Hérault, ou de 8000 tonnes au niveau du comité régional Méditerranée, cette question devient cruciale. « C’est même potentiellement un problème de
santé publique », martèle, Jacques Ansquer président de la B.A des Bouches-du-Rhône. « Avant on fournissait de la nourriture à une frange marginale avec des stocks en provenance
d’Europe, du gouvernement, des grandes surfaces, aujourd’hui c’est une grande partie de la population qui fait appel à nous pour simplement tenter de conserver son niveau de vie.
Les gens font face à des dépenses sur des postes budgétaires incompressibles et c’est donc sur l’alimentation qu’ils font des arbitrages, or, avec l’arrivée des soldeurs et la
vente hors circuits habituels des produits « à consommer de préférence avant… », plus personne ne peut ni garantir le respect de la chaine du froid, ni la qualité des produits
frais, encore moins, la traçabilité ». Comme d’autres banques alimentaires, celles de l’Hérault et des Bouches-du-Rhône développent des formations à destination des bénéficiaires
et des associations, sur l’hygiène, la diététique ou la chaine du froid et organisent au sein de leur établissement, leurs propres contrôles. « Nous ne pouvons pas prendre de
risques avec la santé des bénéficiaires, surenchérit Alain Béreziat. Aussi notre gestion matière est extrêmement rigoureuse. Nous vérifions tout, à l’unité près, les dates, l’état
général, l’emballage et on jette ce qui est suspect. Nous devons assurer une traçabilité totale. »
Au profit de millions de démunis, les banques alimentaires défendent à juste raison leur image mais aussi leur activité. Car « les pauvres », qui représentent
plus de 7 millions de personnes en France, séduisent des commerçants peu scrupuleux… « Nous alertons tous ceux qui travaillent avec nous ; les grandes surfaces, les distributeurs,
les industriels… et tentons de convaincre les autres, explique Jacques Ansquer. Et nous ne sommes pas à court d’arguments pour inventer des formes nouvelles de partenariats où
tout le monde serait gagnant. Mais nous prévenons ; la sécurité alimentaire n’est pas une donnée mineure mais un problème sociétal national. Peut-on risquer des dérives sanitaires
considérables sur des familles déjà fragilisées ? »
Enquête
Nathalie Fredon
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