Les surveillants bloquent les portes
Prison . Les syndicats pénitentiaires se mobilisent à partir d’aujourd’hui pour dénoncer leurs conditions de travail insupportables et la surpopulation carcérale.
Ils en ont ras le bol. Depuis des lustres, ils dénoncent et subissent les prisons au surpeuplement généralisé, leur sous-effectif chronique, leurs conditions de travail intolérables.
Conséquence, à l’appel de l’intersyndicale UFAP-CGT-FO, les surveillants ont - commencé à bloquer, dès 6 h 30 ce matin, les portes des établissements pénitentiaires dans tout le pays. Postés à
l’extérieur, ils empêcheront les mises sous écrou des nouveaux arrivants, les transferts ou encore les extractions qui n’auraient pas de motif médical. Les parloirs avec les familles et les
proches seront toutefois épargnés. Puisque leur statut leur interdit le droit de grève, les syndicats de la pénitentiaire ont décidé de jeter les bases, dès aujourd’hui, d’un « blocage
progressif » des lieux de détention.
L’enjeu de ce bras de fer engagé avec Rachida Dati, une ministre de la Justice qu’on annonce en partance dans les prochains jours, « des actes, pas des promesses » afin de répondre à leurs revendications. Avec, en priorité, des recrutements, « suffisamment au moins pour compenser le sous-effectif ». Mais aussi la multiplication des mesures alternatives à l’incarcération pour les petites peines afin d’éviter l’engorgement des prisons qui totalisaient le chiffre record de 68 244 détenus au 1er avril. Si, ce mercredi, la garde des Sceaux n’avance pas de propositions, les syndicats ont prévu une mobilisation de plus en plus ferme. D’abord, ils étendront le blocage, pour deux jours supplémentaires, aux intervenants extérieurs tels les visiteurs de prison, les avocats ou les concessionnaires, organisant le travail en milieu carcéral. Les livraisons alimentaires et les soins des détenus ne seront évidemment pas concernés. Et si, vendredi prochain, la situation reste inchangée, des modalités d’action encore plus radicales seront mises en place.
La grogne des fonctionnaires
À la veille du week-end du 1er mai, Rachida Dati a bien tenté de calmer la grogne des syndicats, qui lui ont toujours reproché de les « mépriser », en acceptant de les recevoir. En
vain. Les fonctionnaires de la pénitentiaire ont quitté la Place Vendôme plus décidés que jamais à se lancer dans le mouvement. « Une nouvelle fois, cela s’est très mal passé. Rachida Dati
n’avait pas de propositions concrètes. Elle n’a toujours pas compris le mal-être des personnels, regrette Céline Verzeletti, secrétaire générale de la CGT-pénitentiaire. La ministre ne nous
entend pas. Elle ne prend pas la mesure de l’urgence. » La grogne des surveillants dure pourtant depuis plus d’une année. À l’automne 2008, la garde des Sceaux avait évité in extremis un
« blocage total » des prisons en annonçant des « engagements fermes » de créations d’emplois. « 1 000 à 2 000 postes supplémentaires seraient un bon début »,
estime Céline Verzeletti. Quant au projet de loi pénitentiaire, déjà voté au Sénat, il est à l’heure actuelle bloqué dans les navettes parlementaires.
Sophie Bouniot
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