Nouvelles technologies : Et si demain Marseille devenait une nouvelle
Silicon Valley ?
Article paru dans La Marseillaise du mercredi 22 avril
2009
L'hôtel technologique de Chateau Gombert (photo LS/MM)
Nouvelles technologies. Et si demain, Marseille devenait la
Silicon Valley ? Avec plus de 15 000 emplois en PACA et un chiffre d’affaires de deux milliards d’euros, des déjeuners didactiques de la Chambre de Commerce et d’Industrie aux
jeunes start-up de Château Gombert, le secteur marseillais des TIC attend le grand jour. Celui où il attirera les grands.
Ils sont une quinzaine, ce jeudi matin, à assister au petit-déjeuner de l’Echangeur Marseille
Provence. Après un café offert par la maison, les décideurs qu’ils sont prennent place face au tableau blanc, comme des élèves assidus. Ce matin, il est question de VOIP et de
TOIP. Comprenez par là de téléphonie par IP, ou comment diviser sa facture de téléphone par deux ou par trois quand on est une entreprise. La semaine prochaine, ce sera un autre
sujet, mais toujours dans la même logique : se familiariser avec les nouvelles technologies pour en tirer le meilleur parti.
“Très souvent, en PACA, les entreprises ont le même discours concernant les nouvelles technologies : Je sais que je devrais utiliser ces nouveaux outils pour le bien de ma
société mais je n’ai pas le temps ni les connaissances et je ne sais pas comment m’y prendre. Sensibiliser, développer, accompagner, voilà nos trois fonctions premières...”
explique Eric Notin, responsable de l’Echangeur Marseille Provence.
En 2008, 3000 personnes de 2000 sociétés différentes sont passées par l’Echangeur. Beaucoup et peu à la fois, surtout en période de crise, quand tout le monde cherche à réduire
ses coûts et optimiser son travail. “Ce que les NTIC (1) savent faire” estime Eric Notin.
Problèmes de communication
Ce que les NTIC marseillaises ne savent pas faire, en revanche, c’est faire parler d’elles. “L’an
dernier, j’ai travaillé en tant que consultant extérieur pour une société qui souhaitait diversifier ses actions. Quand je suis arrivé, ils avaient arrêté leur choix sur une
boîte étrangère. Au final, ils ont passé un accord avec une entreprise marseillaise qui leur a fourni le même service, moins cher. Ils ignoraient juste qu’elle existait” raconte
le directeur de l’Echangeur. Fin heureuse mais lourde de sens.
Dans un océan de technique, c’est souvent la petite goutte de communication qui fait la différence. Pliciweb, start-up marseillaise l’a appris à ses dépends il y a quelque
années. Innovante, parce qu’elle permet à un webmaster de gérer plusieurs sites d’e-commerce en même temps. Mais son essor a tardé, doublée qu’elle a été par une innovation
américaine, qui propose la même chose…avec un an de retard.
“Ils avaient un très bon outil, innovant. Ils auraient eu besoin de 100 000 à 150 000 euros pour faire de la communication, ce qu’ils n'avaient pas” explique Jean-Marie
Micallef, cofondateur de Phidias, société de services informatiques. Même son de cloche chez André Jeannerot, directeur système information chez Lefebvre Software, un des poids
lourds marseillais de l’édition logicielle. “C’est culturel je crois. En France, on ne communique pas sur un produit tant qu’il n’est pas “parfait”, même si ce terme n’existe
pas en informatique. Aux Etats-Unis, ils font l’inverse, et ça marche” estime-t-il.
La
roue tourne
Pour inverser la tendance, chacun y va donc de son initiative. Jean-Marie Micallef a créé Libertis,
association marseillaise du logiciel libre. Son but, fédérer les entreprises de la région qui produisent du logiciel libre en une sorte de coopérative de services. Parce qu’on
est plus fort à plusieurs, André Jeannerot quant à lui préside Medinsoft, association des éditeurs méditerranéens de logiciel, qui vise à “développer une image technologique
forte sur la région sud pour attirer de grands donneurs d’ordres à s’y installer”. Selon lui, la région PACA a tous les atouts pour devenir demain une place forte des NTIC. “Car
en fait que cherchent ces sociétés? La possibilité de travailler de jour comme de nuit grâce à un réseau performant, ne pas être trop éloigné des centres de décision et une
certaine qualité de vie. Marseille a tout ça: la fibre optique y est déployée, il y a plusieurs liaisons par jour avec Paris ou Londres et la qualité de vie est formidable. Tout
ça me rend optimiste pour voir des boîtes y “délocaliser” certains secteurs bientôt” estime-t-il.
Demain peut-être mais aujourd’hui, quel est l’intérêt de s’implanter ici ? “La qualité des formations dispensées à Luminy ou Château Gombert, le fait que les effectifs restent
plus durablement dans les entreprises qu’en Ile de France, la nature dynamique d’un marché où l’on peut trouver des renforts de main d'œuvre facilement” poursuit-il. Le problème
c’est qu’à l’heure actuelle, les inconvénients sont au moins aussi nombreux. De la mauvaise maîtrise générale de l’anglais aux salaires trop bas pour concurrencer la région
parisienne et donc garder les meilleurs éléments. “Il y a aussi encore un peu de ce colbertisme qui veut que l’on soit plus sérieux quand on monte à Paris” conclut Eric Notin,
de l’Echangeur. Et ça, on pourra construire tous les Hôtels Technologiques, les pôles de compétitivités et autres associations de business angels, pas sûr que ça change demain.
Peut-être après-demain.
PAUL GOIFFON
(1) Nouvelles technologies de l’information et de la
communication
Billet
De Château Gombert près de Marseille à Sophia Antipolis à Nice, le futur s'invente, se met en place, change la donne de notre quotidien
et irradie l'ensemble de la région par la création d’emplois, celle de centres de ressources.
Ici, l’intelligence artificielle est devenue pertinente, le monde virtuel a pris corps et, ne l’oublions pas, c’est bien sur nos rives que nos cartes naguère magnétiques se sont
retrouvées grouillantes de puces.
Certes, les wonder-boys qui font la Une parce que, ados, ils ont monté des “start-ups” devenues en quelques années de gigantesques groupes industriels et des usines à faire du
fric sont tous nés de l’autre côté de l’Atlantique. Mais demain ? Le Bill Gate du futur se trouvera peut-être à Bombay ou pourquoi pas du côté de la Méditerranée. Pour l’heure,
en culotte courte, il envisage à peine de créer son profil sur Facebook.
Quelles études suivra-t-il, quelle curiosité animera son parcours ? Naguère, les minots adoraient démonter les réveils pour voir comment c’était fait. Cela n’a pas entraîné ipso
facto une génération d'horlogers. Aujourd'hui combien sont-ils à vouloir aller au delà des pixels qui s'éclairent ? A ne pas se contenter de cliquer connement avec une souris
?Ce ne sont ni les talents ni les outils qui manquent.
Il conviendra simplement de leur filer un bon coup de pouce… pour qu'ils nous fassent, à leur tour, un savant coup de puce.
CLAUDE MARTINO
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