Continental : un très hypothétique repreneur !

A lire dans l’Humanité vendredi, notre reportage dans le train des "Conti".
L’État brandit bien haut l’idée d’un repreneur, pour calmer les « Conti ». Mardi, Luc Chatel avait juste fait état d’une « hypothèse ». Hier, Devedjian est monté d’un cran en évoquant une « offre sérieuse » de reprise pour l’usine Continental de Clairoix (Oise). Le groupe de fabrication de pneus a aussitôt mis un bémol à l’optimisme affiché du ministre de la Relance, en qualifiant les échanges en cours de simple « manifestation d’intérêt ». Selon un porte-parole de Continental, l’entreprise de Dubaï serait intéressée par « la structure, les technologies, les compétences des salariés », mais il ne s’agirait « pas d’un fabricant de pneumatiques ».
Salariés et syndicalistes restent, eux, très dubitatifs. « Continental n’a aucune envie de céder son usine à un concurrent, tranche Antonio Da Costa, le secrétaire CFTC du comité d’entreprise. La déclaration du ministre, mieux vaut l’ignorer. Des repreneurs potentiels, il n’en existe pas tant que ça. D’ailleurs, aucun des six grands manufacturiers européens n’aurait intérêt à investir à Clairoix. » « Aujourd’hui, la production de pneus est largement supérieure à la demande, poursuit Xavier Matthieu, délégué CGT. Comment, dès lors, penser qu’une entreprise puisse être intéressée par ce marché ? De plus, l’usine est aujourd’hui conçue pour fabriquer des pneus Continental, pas des pneus d’une autre marque. Si un concurrent prenait possession de l’usine, il lui faudrait tout changer, à commencer par les moules. »
« Le gouvernement met de l’espoir dans la tête des gens et l’espoir se transforme en bouillie », dénonce Xavier Mathieu. Les Gandrange en ont fait l’expérience l’année dernière : la possibilité d’un repreneur, dégainée au plus fort de la mobilisation et vite oubliée, est une tactique de diversion éprouvée. D’ailleurs, le nom du mystérieux repreneur émirati restait hier toujours inconnus. A l’inverse le patron de Continental, Karl-Thomas Neumann, a été très clair. Il a estimé jeudi qu’il ne voyait « aucune alternative » à la fermeture de l’usine. Pour lui, « toutes les manifestations ne changeront rien au fait qu’il y a des surcapacités en Europe pour la production de pneus. »
Mehdi Fikri
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