Dans tous les établissements, il est terriblement difficile de fonctionner sans moyens
suffisants.(Photo RA)
Entre leur passion pour un métier exigeant et les difficultés
croissantes liées au manque chronique de moyens, les infirmières hésitent entre spleen et découragement. Heureusement il y a le regard des patients…sur ces femmes en
blanc.
Petite silhouette blonde et mince, Fabienne n’en finit pas d’énumérer les motifs d’insatisfaction au
quotidien dans sa vie d’infirmière hospitalière à Marseille. Il y a la pénibilité extrême, les responsabilités importantes, les nouveaux protocoles techniques, les horaires
déments, les jours de garde qui n’en finissent plus, les congés impossibles à prendre et surtout la lutte permanente contre les administratifs qui limitent les moyens par soucis
de rentabilité. Après une vingtaine d’années de service en hôpital public, et un bref passage dans le privé, elle estime avoir tout connu. Mais ne regrette
rien.
Faire toujours plus avec toujours
moins de moyens
« Je ne suis pas devenue infirmière par hasard. Je voulais soigner, soulager,
aider. Mais je n’imaginais vraiment pas que ce serait si dur. De plus en plus dur paradoxalement. Même si peu à peu notre condition s’est améliorée. Matériellement et
socialement. Nous sommes mieux considérées. Et dans nos équipes l’ambiance est formidable. Le vrai problème c’est que l’on exige toujours plus de nous et des personnels
soignants, et qu’en échange on nous octroie royalement des moyens insuffisants. Je ne veux pas tout dire, d’ailleurs je préfère demeurer anonyme pour témoigner dans votre
journal. Mais pour les personnes âgées dont je m’occupe, je ne suis jamais anonyme. Ils savent eux que nous faisons le maximum et même souvent plus pour les aider, les soigner,
les soutenir, les écouter, les entendre. La gériatrie ce n’est plus du bricolage version mouroir comme autrefois. Nous sommes désormais organisés en pôles de gériatrie avec des
personnels spécialement formés. La prise en charge des patients âgés devient performante. Notamment pour Alzheimer. Nous avons conscience de faire du bon travail. Mais les
moyens manquent trop souvent encore. Il faut se battre pour obtenir des instruments ou des compresses. C’est absurde. »
La rentabilité au détriment de la
qualité des soins
Pour Audrey Truc, jeune infirmière à Salon-de-Provence, la cause est entendue. Il
faut tenir bon contre les nouveaux gestionnaires de l’hôpital public. Et se battre pied à pied afin d’obtenir satisfaction. Car il est devenu terriblement difficile de
fonctionner sans moyens suffisants. La passion ne suffit plus.
« Hier il a fallu que nous allions presque au clash afin d’obtenir une bouteille d’oxygène supplémentaire. Imaginez, nous n’avions que deux bouteilles pour
vingt patients. Au moindre problème la situation pouvait très vite devenir grave. Et chaque jour c’est pareil. Il faut se battre contre les bureaucrates qui ne parlent que
de rentabilité là où nous évoquons d’abord la santé des patients et la qualité des soins. Nous ne parlons pas la même langue. Alors nous râlons. Presque quotidiennement. C’est
fatigant. Mais c’est presque devenu un système de fonctionnement normal. Parfois nous arrivons à saturation. On se pose des questions. D’autant qu’une fois rentrée à la maison,
rien n’est fini. Déjà on ne coupe pas comme ça avec nos malades. Ce n’est pas on/off dans nos esprits. On ramène le problème de tel ou tel malade dans nos têtes. Et en plus on
peut nous appeler à n’importe quelle heure pour remplacer une collègue. Aujourd’hui on m’a appelée à 11h15 pour aller travailler à 13 heures. C’est n’importe quoi. Je ne
travaille que depuis trois ans mais je suis déjà fatiguée physiquement et psychiquement. Heureusement il y a les malades. C’est pour eux et par eux que nous tenons. Ils voient
bien nos efforts et nos problèmes. Leur compréhension et leur soutien c’est notre récompense. Et puis l’ambiance est formidable entre les infirmières, les aides-soignantes et
les médecins. Nous formons une véritable équipe soudée et solidaire. Mais comment tenir toujours sans les moyens nécessaires ? Je crois qu’il faut en finir avec l’époque des
bouts de ficelle. Je sais que la direction fait le maximum. Mais il faut que les responsables gouvernementaux comprennent que nous sommes arrivés au bout d’une logique absurde
de rentabilité et d’économies. Il suffirait de peu de chose pour que les choses s’améliorent. D’une prise de conscience de l’administration et d’un vrai plan de relance pour
l’hôpital public. Nous sommes en France, pas dans le tiers monde. »
Témoignages
Salvatore Lombardo
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