Explosion du chômage à l’horizon !

C’est un cinglant démenti à la petite musique que nous donnent à entendre, depuis quelque temps, ministres et experts économiques patentés : le pire, en matière de crise économique, nous
chante-t-on, est désormais derrière nous, la reprise est à l’horizon. Sous-entendu, chacun l’aura compris, la politique de relance choisie par notre gouvernement est la bonne… Les prévisions
publiées hier par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ruinent ce conte de fées.
La plus forte récession depuis 1930
À l’échelle mondiale, l’OFCE prévoit une contraction du produit intérieur brut (PIB) de 1,5 % cette année. Selon les zones, les chiffres diffèrent beaucoup : le PIB reculerait ainsi
davantage dans la zone euro (- 3,3 %) qu’aux États-Unis (- 2,6 %) ; le Japon battrait les records de baisse d’activité (-5,9 %). Quant aux pays émergents, au premier rang
desquels la Chine (+ 4,1 % de croissance prévue, au lieu de 8,5 % en 2008) et l’Inde, s’ils « échapperont à la récession au sens propre », ils « n’auront pas une
croissance à même de contrebalancer le déclin dans les autres zones ». Pour 2010, l’Observatoire s’attend à un rebond de 1,5 % du PIB mondial, mais, là encore, avec de fortes
différences. Ainsi, alors que les États-Unis sortiraient tout juste la tête de l’eau (+ 0,1 %), les pays de la zone euro resteraient dans le rouge (— 0,3 %).
Le chapitre de l’étude de l’OFCE consacré aux « perspectives 2009-2010 de l’économie française » a de quoi donner le bourdon. « En 2009, l’économie française devrait connaître sa plus forte récession depuis les années 1930 », y lit-on. Le PIB devrait s’affaisser de 2,3 % et, en 2010, il devrait encore rester sur une pente négative (-0,2 %). Rare lumière au tableau, l’inflation poursuivra sa forte décrue entamée depuis mi-2008. Mais cette apparente bonne nouvelle sera « couplée à de fortes destructions d’emplois et à un effondrement de la valeur du patrimoine net des ménages » (dû au retournement des marchés financier et immobilier). C’est ainsi que le taux de chômage devrait poursuivre sa rapide ascension pour atteindre 9,8 % à la fin de cette année, et franchir la barre des 10 % (10,7 %) fin 2010. Le facteur démographique, les départs massifs en retraite, jouera bien un rôle « d’amortisseur » mais insuffisant pour endiguer le fléau : pour l’OFCE, il faut s’attendre à 800 000 pertes d’emploi d’ici 2010, « soit la plus forte progression observée au cours des vingt-cinq dernières années ».
Principale locomotive de l’activité, la consommation suivra un rythme de croissance (0,5 % en 2009, puis
0,8 % en 2010) « peu soutenu et très inférieur à celui observé (…) au cours des dix dernières années (2,6 %) », souligne l’Observatoire. Et pas question de compter sur
l’investissement pour prendre le relais : il devrait chuter de 6,8 % cette année, et de 4,8 % en 2010. À ce sujet, l’OFCE note que « la grande lenteur de la normalisation du
marché interbancaire, conjuguée à une hausse du risque de défaut, conforte les banques dans leur stratégie de durcissement des conditions d’accès au crédit », incitant les entreprises à
freiner leurs investissements. Rien d’étonnant, dès lors, si les comptes de la nation sont promis à une descente aux enfers, avec un déficit public à 7,2 % du PIB en 2010 (contre
3,4 % en 2008), et une dette publique bondissant à 81,8 %. Commentaire d’Éric Heyer, de l’OFCE : « On est sur des niveaux jamais atteints », et dans une
« incertitude complète ».
Un modèle social amortisseur
Seul lot de consolation, aux yeux de l’Observatoire, la France semble « mieux armée » que ses principaux partenaires, grâce, notamment à son
modèle social qui « dote les ménages français de filets de sécurité plus conséquents », atténuant les pertes de pouvoir d’achat. Grâce aussi au moindre endettement des ménages
français, comparé à celui des Allemands et des Espagnols, ainsi qu’à une moindre précarité de l’emploi (le temps partiel, par exemple, est dix fois plus important en Allemagne qu’en France) qui
« permet de limiter les fluctuations de pouvoir d’achat et d’épargne de précaution ».
Yves Housson
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