Tokyo se pare de vert pour les jeux Olympiques !
Olympisme . Devant la commission du CIO, la capitale japonaise a mis en avant l’argument écologique pour marquer sa différence face à ses rivales, Chicago, Rio de Janeiro et Madrid.
Correspondance particulière
Les documents ont été emballés dans un « furoshiki », l’emballage traditionnel japonais en tissu, donc
réutilisable, dont le gouvernement japonais fait depuis quelques années un emblème de sa politique environnementale. Alors que les dix membres de la commission d’évaluation du Comité
internationale olympique (CIO) ont achevé leur inspection du dossier nippon, tous les symboles ont été bons pour convaincre que Tokyo sera la ville la plus apte à recevoir les jeux Olympiques
de 2016. Tous les arguments aussi.
Un projet d’une ville verte
De la prévention contre la grippe aviaire, à la lutte contre le réchauffement climatique, en passant par la bombe atomique à Hiroshima et Nagasaki en 1945, le gouverneur de la capitale nippone,
Shintaro Ishihara, n’en a oublié aucun, rangeant pour l’occasion sa casquette de provocateur sulfureux à la fibre très nationaliste pour promouvoir la paix et la préservation de
l’environnement. « Il est peut-être déjà trop tard pour les endiguer, mais nous devons essayer », déclarait-il ainsi à propos du réchauffement climatique et de la lutte contre la
pollution.
Pour mener à bien ce projet, Tokyo veut devenir une ville verte, au sens premier du terme. D’ici à 2016, dans les
cours de récréation, plus d’asphalte, ni de bitume, mais de la pelouse, s’il vous plaît. Cinq cent mille arbres supplémentaires doivent être plantés pour parvenir au total d’un million. Et une
« forêt de la mer » sera installée à Odaiba, dans la futuriste baie de Tokyo - où la capitale a gagné sur la mer en y entreposant ses déchets incombustibles, quitte à repousser
toujours plus loin les zones poissonneuses, au grand dam des pêcheurs, dont le nombre ne cesse d’ailleurs de décliner. Qu’importe. Le Japon du protocole de Kyoto a gagné ses galons en matière
de politique environnementale. Tokyo a réussi à lutter efficacement contre la pollution et il serait dommage de ne pas profiter de cette image. Ce qui passe également par des infrastructures
circonscrites dans un rayon de huit kilomètres autour du stade principal, avec un village olympique qui permettrait à 70 % des athlètes de rejoindre leurs lieux de compétition respectifs
en moins de dix minutes et, surtout, la réutilisation partielle de certaines infrastructures des Jeux de 1964.
Un budget très concurrentiel
Mais, en ces heures de tourmente économique, Tokyo veut surtout faire la différence en mettant en avant, d’une part, une réserve d’un peu plus de trois milliards d’euros, affectée par la ville
et par le Japon, qui devraient permettre de couvrir les frais de construction, et, d’autre part, le budget annuel de la métropole - cinquante-six milliards d’euros par an -, soit le budget
le plus élevé de toutes les métropoles au monde. La conjoncture pourrait donc donner l’avantage à Tokyo. Mais, alors même que le Japon s’installe dans la récession, c’est ce même argument
économique qui handicape la candidature d’une ville qui postule à la fois pour accueillir la Coupe du monde de rugby, en 2015, et celle de football, en 2018 ou en 2022. Un appétit de
compétitions sportives que ne partagent pas toujours ses habitants, dont certains ont manifesté bruyamment cette semaine sous les fenêtres des membres de la commission d’évaluation, du moins
ceux qui restent préoccupés de leur avenir dans un contexte de précarisation grandissante.
Si 70 % des habitants aimeraient que leur ville accueille les JO, le sujet ne passionne généralement pas les foules. « Je ne vois pas pourquoi dépenser de l’argent pour des Jeux qu’on peut regarder à la télévision », commente ainsi Natsumi Shimazaki, qui cumule deux emplois de serveuse dans deux quartiers différents de Tokyo et avoue ne pas s’intéresser aux défis du gouverneur de Tokyo, qu’elle n’aime pas. Les autres, ceux qui aimeraient « voir les JO de près », rappellent de leur côté l’élan qu’avait donné la dernière édition nippone de 1964 à la capitale de l’Archipel.
Anne Roy
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