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Politique - Article paru le 14 avril 2009 dans l'Humanité

 

Pierre Laurent (PCF) : « Le pouvoir redoute une forte sanction de sa politique »

Entretien avec Pierre Laurent, coordinateur national du PCF, qui dénonce l’opération de dépolitisation du scrutin européen du 7 juin prochain.


Pourquoi, selon vous, l’UMP et le PS tardent à se mettre en ordre de bataille pour les européennes ?


Pierre Laurent. Ces grands partis redoutent l’élection européenne mais pour des raisons différentes. La situation sociale tendue fait craindre au pouvoir que les salariés ne fassent le lien entre ce scrutin et les enjeux de la crise. Il a peur d’une forte sanction de la politique libérale qu’il mène en France et qui est installée depuis des décennies en Europe. Il pousse donc à la dépolitisation de cet événement. Quant au PS, il a un souvenir cruel de 2005, où il s’est trouvé en porte à faux avec ses électeurs. Ils s’étaient majoritairement prononcés contre le traité constitutionnel alors qu’il avait appelé à voter pour. Le Parti socialiste est d’autant plus embêté aujourd’hui qu’il sait que la question européenne et le traité de Lisbonne continuent de diviser son propre camp et son électorat. Il n’entend pas entrer dans le débat de fond. De ce fait, le risque subsiste que le PS et l’UMP ne minimisent la campagne et le nécessaire débat à avoir.


Vous estimez que le pouvoir détourne sciemment le regard sur le scrutin ?


Pierre Laurent. Il n’y a qu’à voir comment le pouvoir préfère mettre en scène la question de la violence et comment il tente de donner un regard inquiet sur l’action sociale, plutôt que d’organiser une confrontation démocratique sur les solutions face à la situation actuelle. Or il n’est prévu aucun débat pluraliste sur les grandes chaînes télévisées. Les listes en présence devraient pourtant être invitées pour mettre en débat leurs solutions à la crise dans le cadre européen. Le pouvoir préfère plutôt multiplier les sondages sur les séquestrations de patrons ou provoquer sciemment la violence, comme il l’a fait à Strasbourg lors de la manifestation contre l’OTAN.


La date du 7 juin est-elle inscrite dans la tête des salariés que vous rencontrez lors de vos déplacements dans les entreprises en lutte ?


Pierre Laurent. Non, pas complètement, d’autant que ce silence médiatique pèse. On sait que l’élection européenne est jusqu’ici un scrutin à forte abstention. En 2004, plus d’un Français sur deux n’y avait pas participé. Cela ne signifie pas que les enjeux européens n’intéressent pas les citoyens, puisque le débat sur le référendum, en 2005, les avait particulièrement mobilisés. Une des questions essentielles lors de la campagne est de faire percevoir le lien existant entre cette échéance et le débat sur les solutions à la crise que nous subissons.


Comment le Front de gauche, auquel participe le PCF, peut-il agir pour faire identifier le scrutin européen comme un événement important ?


Pierre Laurent. Un énorme travail de proximité devrait être entrepris auprès des salariés engagés dans le mouvement social, auprès des syndicalistes et dans les universités où les enseignants-chercheurs et les étudiants sont dans la lutte. On se doit d’aller à la rencontre de ces citoyens pour alerter sur cette échéance et montrer le poids qu’elle peut exercer si les salariés l’utilisent à bon escient. Le Front de gauche ne dissocie pas les européennes de la question sociale, les deux sont intimement liées. Dans le domaine de la recherche, on sait qu’il n’y aura pas de politique nationale qui ne soit coordonnée avec d’autres politiques européennes…


Il se dit pourtant, notamment du côté de l’extrême gauche, que le « Parlement européen n’aurait pas de pouvoir réel »…


Pierre Laurent. C’est faux. Le Parlement possède un réel pouvoir, il est même en capacité de bloquer les directives européennes s’il les refuse, car ces textes doivent maintenant être codécidés par le Conseil et le Parlement européens. Et, grâce à l’action des députés de la Gauche unitaire européenne (GUE), cette assemblée a arrêté au moins à deux reprises des directives (temps de travail et portuaire). Avoir plus de députés qui combattent les politiques libérales dans le Parlement européen, c’est aussi un argument à faire valoir. Il est entendu quand on le met en avant auprès des salariés.


Entretien réalisé par Mina Kaci

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Tag(s) : #Elections européennes 2009
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