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L'ECOLE  PUBLIQUE  MENACEE !

 
 
Tout est cohérent dans la redéfinition de l'Education Nationale en France aujourd'hui.
 
1)    Le 8 avril  2009 le président de la république, 
 
 accompagné du ministre Xavier Darcos et du médiateur Richard Descoings, a visité un lycée de la banlieue parisienne. A cette occasion il a réaffirmé sa ferme volonté de maintenir la réforme du  lycée et la réforme de la formation des enseignants.
 
    a)   La réforme du lycée doit s'accompagner d'une plus grande collaboration avec le monde de l'entreprise. L'objectif fondamental de la transmission des savoirs passe de fait au second plan.
 
   b)  A propos de la formation des enseignants sa volonté est de "privilégier la qualité à la quantité". Cela signifie que les professeurs sont trop nombreux aujourd'hui et que leur piètre formation ne leur permet pas d'assurer correctement leurs missions. Cette provocation gratuite est insupportable de la part de l'homme garant des institutions républicaines et de l'intérêt général. Ce discours est semblable à celui tenu aux enseignants-chercheurs lors de la présentation des voeux le 12 janvier à l'Elysée. Cette posture inquiétante traduit le profond mépris du président à l'égard de cette profession. Il est absolument certain que la suppression massive des postes va se poursuivre pour atteindre les 90 000 prévus en  2012.
 
 
 
2) Il est curieux de constater la coïncidence des propos du chef de l'état
 
avec la publication par le ministère de l'éducation nationale du classement des "meilleurs"  lycées.
 Pour le département des Alpes maritimes les deux lycées publics les mieux classés en fonction du taux de réussite au bac sont largement distancés par deux établissements privés sous contrat qui affichent eux 100% de réussite au bac.
L'écho dans la presse nationale et dans la presse régionale va donc permettre à la communication présidentielle de s'installer durablement dans les esprits.
 
 
3)  Les nouveaux programmes de maths en classe de seconde pour la rentrée prochaine.
 
  Voici en prime un autre outil pour changer en profondeur et durablement  l'école publique, je veux parler des programmes et des savoirs  dispensés. C'est loin d'être innocent, jugez par vous même.
 
Je vous propose deux parties pour analyser cet outil:
 
          
A)   Mes réflexions
 
Les nouveaux programmes de maths en seconde pour la rentrée prochaine, sont proposés comme si la réforme du lycée n'avait pas été suspendue par le ministre de l'éducation nationale. Cette  nouvelle façon d'agir, sournoise, malhonnête mais terriblement efficace montre quel degré de mépris le ministre manifeste à l'égard de la mission dont il a la charge. Pour apaiser les tensions, on communique au plus haut niveau de l'état, en disant que la réforme du lycée est suspendue.  Mais en cachette, sans que le grand public le sache, on installe le cadre nécessaire afin que "la réforme " devienne incontournable. C'est du grand art !
 Abaisser la qualité de l'enseignement public, supprimer massivement des postes, réduire les heures de cours, supprimer des enseignements et des options, toucher à l'indépendance des enseignants en s'attaquant à leur formation et à leur statut, tout cela semble relever d'un plan mis au point avec beaucoup d' attention. La fonction essentielle de cette entreprise semble être la paupérisation de l'école publique afin de promouvoir la rentabilité d'un enseignement privé de qualité. D'ailleurs, voilà quelques années l'OCDE précisait que l'éducation présentait un chiffre d'affaire de plusieurs milliers de milliards de dollards par an, cela peut aiguiser des apétits ! ! !
Sans vouloir préjuger des intentions gouvernementales à propos de la Réforme Générale des Politiques Publiques  ( RGPP), il est curieux d'observer que la réduction massive du nombre de fonctionnaires de l'état, que la suppression non moins massive de services publics, s'accompagnent de Délégations de Services Publics (DSP) à des entreprises privées.
 
J'ai cru bon vous alerter sur cette dérive démocratique. En effet ce qui est massivement rejeté par les enseignants,  les élèves, la population,  entre à nouveau par la petite porte.
 
Merci de votre attention et de votre compréhension. Si toutefois vous ne souhaitez plus recevoir de messages de ma part, je vous serais très obligé de bien vouloir m'en informer.
 
. Cordialement.   Lucien Pons. Professeur de Mathématiques.
 
 
 

  

B)    Un  texte d'Alain  Champseix    (Professeur Education Nationale)  

 

        

Objet :    mathématiques et philosophie

                 Chers collègues,


la réforme du lycée est reportée, dit-on. Pourtant,  parce qu'il fallait s’adapter aux parcours prévus par celle-ci, des programmes de seconde sont modifiés dès la rentrée 2009. C’est par exemple le cas pour les mathématiques. Des collègues de cette discipline ont écrit une lettre qui, en peu de mots et avec limpidité, dit tout de ce qu’on peut en penser. Je vous la communique.

 

LETTRE DES COLLEGUES DE MATHEMATIQUES.


 Mesdames et Messieurs les inspecteurs pédagogiques régionaux Monsieur Jacques Moisan, doyen de l’inspection générale de mathématiques s/c du chef d’établissement 


"Mesdames, Messieurs,

Nous avons pris connaissance de manière fortuite – et très tardive - des nouveaux programmes de mathématiques prévus pour la classe de seconde. Nous sommes extrêmement déçus, voire choqués, par l’esprit et le contenu de ces textes qui constituent une régression sans précédent dans l’histoire de l’évolution des programmes.

Nous constatons la suppression quasi-totale de la géométrie – notamment vectorielle - alors même qu’elle est la matière la plus adaptée à faire développer des raisonnements logiques aux élèves.

Nous déplorons l’introduction massive de statistiques, discipline répétitive qui éveille peu l'intérêt des élèves les plus curieux.

Nous contestons le fait que les mathématiques soient considérées comme une science « expérimentale », ce qu’elles ne sont pas, et destinées à enseigner l’utilisation de quelques logiciels de bureautique (ceux de géométrie dynamique seront désormais inutiles) dont l’intérêt mathématique n’est qu’anecdotique.

Nous regrettons que toute ambition ait été abandonnée dans le calcul algébrique, base indispensable pour notre discipline.

Nous affirmons que la différenciation des thèmes d’études – dont la complication logique étonne étant donné le désormais faible niveau d’un enfant arrivant en seconde – induit une rupture de fait de l’égalité de traitement des élèves sur tout le territoire.

Nous sommes convaincus que ces nouveaux programmes ne permettront pas aux élèves de suivre une voie scientifique par la suite, faute de formation initiale sérieuse et de prise en compte de l’apport essentiel des mathématiques dans de nombreuses autres disciplines.

Enfin, nous sommes profondément inquiets pour l’avenir de nos enfants et de nos élèves, auxquels ce texte minimaliste ne propose qu’une vague culture générale mathématique, en lieu et place d’une maîtrise raisonnée des outils scientifiques et logiques, nécessaires à tout futur citoyen.

Au moment où M. le ministre Xavier Darcos souhaite conditionner le passage des concours de l’enseignement à l’obtention d’un master universitaire, nous considérons comme une véritable incohérence, voire une provocation, la publication de ces nouveaux programmes, dont la simplicité ne nécessite pas les connaissances d’enseignants aussi diplômés.

Parce que nous aimons les mathématiques, parce que nous respectons nos élèves et nourrissons pour eux de l’ambition, parce que nous sommes conscients de leurs difficultés croissantes et que nous pensons que cette réforme les aggravera, nous sommes déterminés à lutter contre l’application de ce programme, par tous les moyens envisageables, et notamment en mobilisant les parents d’élèves, concernés au premier chef.

Veuillez agréer, mesdames, messieurs, l’expression de nos sentiments distingués."

* * *

 

        LA PHILOSOPHIE

 


Qu’en sera-t-il de la philosophie ? On imagine mal qu’elle pourra échapper à une telle « révolution culturelle » si tout suit son cours.

Le discours de clôture du doyen de l’inspection générale, François Perret, à l’issue du « colloque » des 24 et 25 mars, nous apprend que l’Inspection générale de philosophie s’apprête à publier un rapport sur la situation de l’enseignement philosophique en France. Il en a lu la conclusion – passée sous silence pendant les deux jours !  Il y est expliqué, en substance, que l’enseignement de cette discipline a su trouver son régime propre après les balbutiements du 19ème siècle et qu’il est par conséquent apte à passer d’un enseignement élitiste à un enseignement de masse, en étant notamment introduit dès la classe de première. Passons sur le fait qu’un enseignement dilué sur deux ans risque fort d’être tout sauf un enseignement mais remarquons surtout qu’une telle perspective serait particulièrement appropriée à la perspective d’un système scolaire modulaire et « semestrialisé ». L’exemple des mathématiques montre bien qu’une redéfinition des programmes, dans un état d’esprit bien précis, est alors inévitable. Il faut bien aussi se rendre à l’évidence : au moment où l’on privilégie l’acquisition des compétences – il y aura des classes expérimentales en seconde l’année prochaine à l’instar de ce qui se produit déjà en collège – une telle refonte générale suppose une nouvelle conception (si j’ose dire) de l’évaluation en cours d’année et au niveau de l’examen terminal, si jamais il est maintenu.


Cordialement,


Alain Champseix

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Tag(s) : #Education
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