B) Un texte d'Alain Champseix (Professeur Education Nationale)
Objet : mathématiques et philosophie
Chers
collègues,
la réforme du lycée est reportée, dit-on. Pourtant, parce qu'il fallait s’adapter aux parcours
prévus par celle-ci, des programmes de seconde sont modifiés dès la rentrée 2009. C’est par exemple le cas pour les mathématiques. Des collègues de cette discipline ont écrit une lettre qui, en
peu de mots et avec limpidité, dit tout de ce qu’on peut en penser. Je vous la communique.
LETTRE DES COLLEGUES DE
MATHEMATIQUES.
Mesdames et Messieurs les
inspecteurs pédagogiques régionaux Monsieur Jacques Moisan, doyen de l’inspection générale de mathématiques s/c du chef
d’établissement
"Mesdames, Messieurs,
Nous avons pris connaissance de manière fortuite – et très tardive - des nouveaux programmes de mathématiques prévus pour la classe de seconde. Nous sommes extrêmement déçus, voire choqués, par l’esprit et le contenu de ces textes qui constituent une régression sans précédent dans l’histoire de l’évolution des programmes.
Nous constatons la suppression quasi-totale de la géométrie – notamment vectorielle - alors même qu’elle est la matière la plus adaptée à faire développer des raisonnements logiques aux élèves.
Nous déplorons l’introduction massive de statistiques, discipline répétitive qui éveille peu l'intérêt des élèves les plus curieux.
Nous contestons le fait que les mathématiques soient considérées comme une science « expérimentale », ce qu’elles ne sont pas, et destinées à enseigner l’utilisation de quelques logiciels de bureautique (ceux de géométrie dynamique seront désormais inutiles) dont l’intérêt mathématique n’est qu’anecdotique.
Nous regrettons que toute ambition ait été abandonnée dans le calcul algébrique, base indispensable pour notre discipline.
Nous affirmons que la différenciation des thèmes d’études – dont la complication logique étonne étant donné le désormais faible niveau d’un enfant arrivant en seconde – induit une rupture de fait de l’égalité de traitement des élèves sur tout le territoire.
Nous sommes convaincus que ces nouveaux programmes ne permettront pas aux élèves de suivre une voie scientifique par la suite, faute de formation initiale sérieuse et de prise en compte de l’apport essentiel des mathématiques dans de nombreuses autres disciplines.
Enfin, nous sommes profondément inquiets pour l’avenir de nos enfants et de nos élèves, auxquels ce texte minimaliste ne propose qu’une vague culture générale mathématique, en lieu et place d’une maîtrise raisonnée des outils scientifiques et logiques, nécessaires à tout futur citoyen.
Au moment où M. le ministre Xavier Darcos souhaite conditionner le passage des concours de l’enseignement à l’obtention d’un master universitaire, nous considérons comme une véritable incohérence, voire une provocation, la publication de ces nouveaux programmes, dont la simplicité ne nécessite pas les connaissances d’enseignants aussi diplômés.
Parce que nous aimons les mathématiques, parce que nous respectons nos élèves et nourrissons pour eux de l’ambition, parce que nous sommes conscients de leurs difficultés croissantes et que nous pensons que cette réforme les aggravera, nous sommes déterminés à lutter contre l’application de ce programme, par tous les moyens envisageables, et notamment en mobilisant les parents d’élèves, concernés au premier chef.
Veuillez agréer, mesdames, messieurs, l’expression de nos sentiments distingués."
* * *
LA PHILOSOPHIE
Qu’en sera-t-il de la philosophie ? On imagine mal qu’elle pourra échapper à une telle « révolution
culturelle » si tout suit son cours.
Le discours de clôture du doyen de l’inspection générale, François Perret, à l’issue du « colloque » des 24 et 25
mars, nous apprend que l’Inspection générale de philosophie s’apprête à publier un rapport sur la situation de l’enseignement philosophique en France. Il en a lu la conclusion – passée sous
silence pendant les deux jours ! Il y est expliqué, en substance, que l’enseignement de cette discipline a su trouver son régime propre après les balbutiements du 19ème siècle et
qu’il est par conséquent apte à passer d’un enseignement élitiste à un enseignement de masse, en étant notamment introduit dès la classe de première. Passons sur le fait qu’un enseignement dilué
sur deux ans risque fort d’être tout sauf un enseignement mais remarquons surtout qu’une telle perspective serait particulièrement appropriée à la perspective d’un système scolaire modulaire et
« semestrialisé ». L’exemple des mathématiques montre bien qu’une redéfinition des programmes, dans un état d’esprit bien précis, est alors inévitable. Il faut bien aussi se rendre à
l’évidence : au moment où l’on privilégie l’acquisition des compétences – il y aura des classes expérimentales en seconde l’année prochaine à l’instar de ce qui se produit déjà en collège –
une telle refonte générale suppose une nouvelle conception (si j’ose dire) de l’évaluation en cours d’année et au niveau de l’examen terminal, si jamais il est
maintenu.
Cordialement,
Alain Champseix
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