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Politique - Article paru le 9 avril 2009 dans l'Humanité

 

Droite, la stratégie de la tension !

Ump . Alors que les provocations à l’adresse du monde du travail se multiplient, le pouvoir utilise le prétexte de violences pour museler la contestation sociale.


« On n’accepte pas de passer pour des voyous. » Les salariés de Caterpillar à Grenoble l’ont dit tout net à Nicolas Sarkozy, ils ne répondront pas à l’invitation de l’Élysée et ils réclament que le chef de l’État fasse le déplacement (lire ci-dessous). « Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’aller séquestrer les gens (…), je ne laisserai pas faire des choses comme ça », avait attaqué la veille Nicolas Sarkozy en visite dans les Bouches-du-Rhône. Avant d’inviter les « séquestreurs » de Caterpillar à venir expliquer leur situation au Palais. L’épisode en dit long sur l’impossible équation que doit désormais résoudre la droite au pouvoir. Ne rien lâcher sur les privilèges consentis aux plus aisés, notamment au travers du bouclier fiscal, et faire face à la tempête sociale qui gonfle.


L’amalgame pour mieux étouffer
les contestations


Le parti pris, réitéré hier à Venelles (Bouches-du-Rhône) par le président de la République, de faire bénéficier les plus aisés de nouvelles déductions sur l’ISF donne la mesure des provocations subies par le monde du travail. Plus cynique encore, l’UMP indiquait mardi préparer une proposition de loi visant à « faciliter les prêts de main-d’oeuvre entre entreprises ». Vient s’y ajouter l’acharnement de Nicolas Sarkozy à vouloir supprimer 30 000 postes dans la fonction publique en 2009, année noire pour l’emploi.


« Le populaire
admet de bonnes inégalités »


Devant une politique sociale aussi violente, il n’est d’ailleurs plus que 7 % des Français pour désapprouver les séquestrations de patrons par leurs salariés (lire ci-contre). Face à quoi la droite entretient habilement la confusion, jetant dans un même sac les « casseurs » de Strasbourg, les salariés de Caterpillar ou de Sony et les nationalistes corses de Bastia. « J’appelle nos concitoyens, malgré leurs inquiétudes, à refuser la logique de la violence », exhortait ainsi mardi le premier ministre, François Fillon.

Mais l’amalgame sert aussi d’argument pour discréditer la dimension politique des contestations tous azimuts auxquelles est soumis le pouvoir. Modèle du genre, et alors que l’ambiguïté des consignes données aux forces de l’ordre lors du sommet de l’OTAN à Strasbourg ne cesse de faire polémique, l’UMP s’en prend directement aux responsables politiques venus manifester ce jour-là. « Les élus UMP ne peuvent comprendre que des responsables politiques participent à l’incitation à la violence à des fins politiciennes », indiquait mardi le député Éric Ciotti dans un communiqué. Incroyable raccourci qui permet avantageusement à la droite de ne se reconnaître d’autres contradicteurs qu’une « extrême gauche qui souffle sur les braises », selon les mots du premier ministre. Avec, à la clé, l’ambition de nettoyer le terrain politique d’alternatives crédibles à sa politique. « Toute crise est malheureusement propice aux idées simplistes et aux postures caricaturales », regrettait pourtant mardi François Fillon, peu enclin à s’émanciper de son propre constat lorsqu’il déclare, comme pour clore le débat : « Je n’ai aucune complaisance vis-à-vis de ceux qui ignorent leurs responsabilités éthiques (…), mais je refuse d’entrer dans la logique qui tend à stigmatiser tous ceux qui réussissent en France. »

Alors même que les plans sociaux se multiplient, que chaque mois des centaines de milliers de salariés perdent leur emploi, le gouvernement juge utile d’entretenir le mythe suranné de la réussite individuelle. Le peuple vu depuis Matignon ou l’Élysée ressemble sans doute à celui que décrit le directeur de l’hebdomadaire de droite le Point : « Le populaire admet que de bonnes inégalités puissent profiter, et par entraînement aux plus faibles. Mais il s’indigne que quelques "fermiers généraux" et l’aristocratie des traders s’installent sur une autre planète », expliquait Claude Imbert dans son éditorial de la semaine dernière. « Le populaire » rejette peut-être aujourd’hui plus qu’hier les inégalités, « bonnes » ou mauvaises.


Frédéric Durand

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Tag(s) : #Politique
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