Quand l’inspection ne veut pas d’une communiste
« Dans ma petite vie syndicale, j’en ai entendu des vertes et des pas mûres, mais celle-là, je n’aurais jamais imaginé l’entendre. » Gérard Gironell, secrétaire départemental de la
FSU à Perpignan, n’en est toujours pas revenu : comme délégué syndical, il accompagne Nicole Gaspon pour un entretien avec son supérieur hiérarchique. Les explications du fonctionnaire les
ont laissés pantois.
Nicole Gaspon est conseillère d’orientation psychologue dans l’éducation nationale depuis 1973 et travaille au
centre d’information et d’orientation de Perpignan depuis 1983. En fin de carrière, elle demande depuis cinq ans à accéder au grade de directrice de centre d’information et d’orientation, une
promotion possible pour les personnels de sa catégorie. Les postulants sont classés en fonction d’un barème. Nicole Gaspon figure en tête de liste. Pourtant, alors qu’un poste de remplacement
pour diriger un CIO dans le département des Pyrénées-Orientales se découvre, l’inspecteur d’académie et le recteur choisissent une autre candidate, au barème inférieur. Le 24 février dernier,
quand Nicole Gaspon, accompagnée du responsable syndical Gérard Gironell, est reçue à l’inspection académique par l’inspecteur de l’information et de l’orientation pour s’étonner de cette
décision arbitraire, celui-ci la justifie en parlant de l’engagement, de la « posture » politique de Nicole Gaspon.
Nicole Gaspon est une dirigeante départementale du Parti communiste et conseillère municipale de Perpignan. C’est bien cela que l’inspection académique et le rectorat ont évoqué pour justifier
une dérogation aux règles paritaires de l’éducation nationale et de la fonction publique. « À plusieurs reprises, et avec différents interlocuteurs syndicaux, l’inspection académique et le
rectorat ont persisté dans leur incroyable affirmation, explique Nicole Gaspon. Mon engagement, mon activité politique et mes convictions syndicales ont été invoqués pour justifier le fait que
je ne pouvais prendre la direction d’un CIO. » « Ou à la limite, hors du département », précise-t-elle. Le SNES départemental, bien décidé à ne pas laisser faire, a engagé une
procédure juridique. Une motion de soutien a été votée lors du congrès national du SNES fin mars. Localement, l’affaire fait grand bruit et un très large « comité de défense des
libertés » est en cours de création. « Le PCF et ses élus ne peuvent en aucune façon accepter qu’on banalise de tels actes et de tels discours, et que l’anticommunisme devienne en
quelque sorte un motif acceptable de discrimination professionnelle », déclare la fédération communiste des Pyrénées-Orientales.
« Je ne veux pas qu’on retire son poste de directrice à ma collègue », assure aujourd’hui Nicole Gaspon. Elle n’engagera pas de démarche en ce sens. Proche de la retraite, la
conseillère d’orientation dit n’attendre rien pour elle-même. « De toute façon je n’aurai rien et je n’imaginais pas terminer ma carrière dans l’amertume. Je veux simplement que la
discrimination à mon égard, l’atteinte à la liberté soient reconnues et que des sanctions soient prises à l’encontre des gens qui ne respectent pas les principes républicains et qui,
aujourd’hui, se croient tout permis. »
Olivier Mayer
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