Etats-Unis : L’empire à visage humain !
À l’occasion de sa tournée européenne, du G20 à Ankara en passant par le sommet de l’OTAN à Strasbourg et Kehl, Barack Obama a fait avancer tout ce qui constitue les nouvelles priorités géostratégiques de son administration. Le moins qu’on puisse dire est que tout cela avance à un rythme rapide. Même s’il est vrai que la dimension de la crise invite à l’urgence. Le message, le style et le contenu changent tout aussi abruptement, au point de créer la surprise. Même s’il est vrai que le moindre signe d’intelligence ou d’aptitude au dialogue ne peut que jurer positivement avec l’habitude de l’arrogance à laquelle George W. Bush avait habitué le monde.
Pour autant, l’ambition à étendre les prérogatives de l’hyperpuissance demeure intacte. Comme le prouvent les
résultats concrets obtenus par le président Obama au G20 puis au sommet de l’OTAN : les grands dirigeants de la planète se mobilisent pour voler au secours d’un système capitaliste dominé
par Washington. Ils s’entendent pour déverser plus de 1 000 milliards de dollars pour une relance pleinement conforme aux désirs exprimés préalablement par les pays
anglo-saxons.
Obama, véritable pop star politique
Les malheureux gages sur la régulation des paradis fiscaux et du monde de la finance ne trompent personne. Encore moins la pseudo-résistance mise en scène à Londres par la France et
l’Allemagne. La moindre contradiction a d’ailleurs disparu entre Sarkozy-Merkel, l’hôte bicéphale du sommet de l’OTAN à Strasbourg, et un Barack Obama poursuivant son chemin en véritable pop
star politique, qui n’a rien négligé dans son entreprise de séduction à l’égard de ses interlocuteurs et des opinions publiques.
Conformément à la volonté de Washington, la mutation d’une OTAN, volet militaro-sécuritaire du plan de sauvetage du capitalisme élaboré à Londres est sur les rails. La France réintègre pleinement l’Alliance. L’Europe va prendre une plus grande part dans les investissements militaires pour soutenir, comme en Afghanistan, l’effort militaire des États-Unis. Et la défense européenne ne se conçoit que dans cette logique « en complémentarité avec l’OTAN », répètent tous les dirigeants de l’UE. Le Français Édouard Balladur qui milite ouvertement pour une « Union transatlantique » (1) peut être comblé.
Ce qui importe c’est de rétablir le « leadership américain », ne cesse de souligner le nouveau président.
Pour « vendre » cette ambition-là en dépit de l’image dégradée des États-Unis sur la planète, toute l’habileté du nouveau - locataire de la Maison-Blanche consiste à rassurer et à la
« jouer modeste ». « Je ne suis pas là, a-t-il ainsi affirmé, pour dicter des conditions mais pour écouter, apprendre et éventuellement donner une
direction. »
Des propos ambivalents
L’annonce de vrais changements d’orientation conforte cette image. Comme le retrait d’Irak - même s’il ne concerne que « les forces combattantes » et prévoit le maintien de bases
américaines entre le Tigre et l’Euphrate. La volonté d’un rapprochement avec Moscou, enclenché à Londres par la reprise de pourparlers autour de la réduction des arsenaux nucléaires des deux
pays ou bien encore le souhait, formulé à Prague, de débarrasser, à terme, la planète des armes atomiques, confirment cette diplomatie new look. Ces intentions, porteuses d’une vraie inflexion
en faveur de la paix, contredites cependant, au même moment, par la confirmation de la mise en place du - bouclier antimissiles sur les frontières orientales de l’UE. Elles se révèlent aussi
très ambivalentes quand sont brandis simultanément « l’ouverture, le dialogue » et la menace de sanctions, voire de nouvelles interventions militaires.
La promesse de « sortir de l’Afghanistan » est ainsi associée à l’envoi sur le terrain de 26 000 hommes supplémentaires (21 000 dépêchés directement par les États-Unis et 5 000 par leurs alliés de l’OTAN) en dépit du fiasco des surenchères militaires successives pratiquées depuis 2001. Surtout elle est expli- citement reliée à la montée en puissance des bombardements et autres
opérations déjà engagés sur le Pakistan voisin, sous couvert de poursuivre « des éléments d’al Qaeda ». Et cela est d’autant plus préoccupant que l’évolution de diplomatie états-unienne sur le Proche-Orient se fait toujours attendre.
Quant à l’ébauche de rapprochement avec Moscou il vise aussi d’évidence à poursuivre la politique de confinement (containement) de la Chine. Au risque d’aggraver des tensions déjà perceptibles entre les deux puissances, notamment à propos de la domination du dollar, avant le G20.
Mais le risque majeur de cette nouvelle stratégie réside d’abord dans les objectifs mêmes fixés par le G20 :
serrer les rangs de la planète sous l’hégémonie confortée des États-Unis pour sauver le capitalisme. Les plans dits de relance orchestrés, au niveau national et international, souffrent en
effet d’un défaut majeur : ils volent au secours de la rentabilité - financière sans se pré- occuper vraiment d’investir dans l’emploi, la formation, le développement du Sud. Comme si l’on
pouvait soigner le krach en relançant la spéculation. Le retour de bâton pourrait bien toucher très vite et dans son propre pays un Barack Obama confronté à une hausse vertigineuse du chômage
et de la précarité (630 000 demandeurs d’emplois supplémentaires en mars).
(1) Pour une Union occidentale, Édouard Balladur. Fayard, novembre 2007.
Bruno Odent
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