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Politique - Article paru le 6 avril 2009 dans l'humanité

 

Sommet de l'Otan : La violence contre les voix de la paix !

Sommet de l’Otan . La manifestation pacifique a été la proie des casseurs et de la brutalité policière. Pendant ce temps-là, Nicolas Sarkozy annonçait le réalignement militaire de la France.


Strasbourg (Bas-Rhin),
envoyé spécial


Strasbourg s’est réveillé hier, comme émergeant d’un mauvais rêve. Trois jours et trois nuits durant soumis à un régime d’exception, placé sous haute surveillance par un déploiement de forces de l’ordre inouï, qui a véritablement paralysé une ville de 250 000 habitants… tout cela pour en arriver là ! Des scènes de guerre urbaine, des destructions considérables, des habitants d’un quartier populaire malmenés, des milliers de manifestants pacifiques pris au piège et terrorisés… le bilan est terriblement accusateur pour le gouvernement. Au soir du désastre, Michèle Alliot-Marie pouvait se féliciter que les vingt-huit chefs d’État et de gouvernement réunis pour le sommet de l’OTAN n’aient pas été importunés : ni l’ordre public, ni la sécurité, ni le droit de manifestation, conditions du fonctionnement de la démocratie, n’ont été respectés à Strasbourg. Quel était l’objectif poursuivi, quand on examine rétrospectivement le climat de haute tension entretenu depuis plus d’une semaine dans la capitale alsacienne, et qui a culminé à l’ouverture du sommet ? Assurer la paix civile et la sécurité, ou tenter de faire exploser à tout prix la manifestation pacifiste ? La question est posée, par de nombreux Strasbourgeois, notamment, exaspérés par le climat de haute surveillance qui a précédé le sommet et qui ont renoncé à aller manifester.

La violence gratuite et la brutalité, le jeu de rôle classique entre casseurs manipulables et policiers ont permis d’éclipser les raisons qui ont conduit trente mille citoyens à venir manifester à Strasbourg : faire prévaloir une autre approche des relations internationales que la militarisation sous leadership américain dans une structure issue de la guerre froide et exprimer la réprobation la plus large devant le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.


On peut-être
à la fois debout et au garde-à-vous


En quelques mots, Nicolas Sarkozy, à l’ouverture du sommet, a signifié l’abandon de la souveraineté pleine et entière de la politique étrangère et de défense, léguée par le général de Gaulle en 1966 lorsqu’il décida de quitter le commandement intégré. « Nous sommes de la famille, nous sommes dans la famille », a martelé le président français. Cette référence à la famille, sous-entendue atlantique, place d’emblée la France dans un camp, alors que jusqu’à présent, tout en étant membre de l’Alliance atlantique, la France s’est toujours gardée d’apparaître alignée. Cette posture singulière a été mise à profit à plusieurs occasions pour faire entendre une voix différente voire divergente avec les positions de ses alliés, États-Unis, et lui a permis d’être plus écoutée sur la scène internationale. Sans remonter à la guerre du Vietnam et au discours de Phnom Penh du général de Gaulle, il est peu vraisemblable qu’une France « normalisée » dans l’OTAN aurait tenu tête comme elle l’a fait à l’administration américaine avant le déclenchement de la guerre en Irak. Le président français a beau assurer qu’il entend être « un ami et un allié debout », on peut à la fois être debout et au garde-à-vous. En tout cas, le président a marqué sa différence avec ses prédécesseurs, et implicitement avec Jacques Chirac, en annonçant que « la période des soupçons est finie ».


Les ambitions impériales
des États-Unis


Dès lors il n’était pas étonnant d’entendre le nouveau président américain, Barack Obama, rendre un hommage appuyé à son homologue français, louant son « leadership » à propos du retour complet de la France dans l’OTAN, son « courage », son « inventivité ». Pour son premier sommet, le successeur du décrédibilisé George W. Bush obtient en effet un beau succès, avec ce retour au bercail de la France. Sans en rabattre sur les ambitions impériales des États-Unis, le jeune locataire de la Maison-Blanche a entrepris une offensive de reconquête des opinions publiques du Vieux Continent, de redonner une image plus avenante que celle laissée par les ultraconservateurs, Bush, Chenay et autres Rumsfeld. Face à cette relance d’un leadership à visage humain, qu’incarne avec talent Barack Obama, Nicolas Sarkozy tente de se hisser au premier rang de la classe atlantiste.

Pour ce faire, le président français présente la situation de façon peu crédible, pour ne pas dire fantaisiste, n’hésitant pas à renverser les rôles. Ainsi, au moment où le président américain obtient l’appui total et unanime des 28 pays quand il demande des renforts en Afghanistan (5 000 hommes devraient être envoyés sur place), ce sont, à en croire Nicolas Sarkozy, « les Américains qui se rallient à 100 % à notre position ». Il en sera de même à propos de la défense européenne. La thèse du président de la République est que les États-Unis reconnaissent enfin cette prétendue initiative autonome de l’Europe évoquée à l’envi depuis des années, notamment depuis le sommet franco-britannique de La Rochelle en 1996. Déjà l’an dernier, au sommet de l’OTAN, le chef de l’État se vantait d’avoir obtenu l’assentiment de George W. Bush. En réalité, le plus étonnant serait que Washington trouve à redire à ce qui n’est qu’un « complément » de l’OTAN et qui ne sert qu’à renforcer le pilier européen de l’Alliance atlantique, comme l’a clairement signifié Nicolas Sarkozy dans son intervention devant le sommet.


Jean-Paul Piérot

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Tag(s) : #Politique
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