Prix Nobel des postes supprimés à Tarbes !

Tarbes (Hautes-Pyrénées), correspondance particulière.
Au lycée Marie-Curie, chaque rentrée apporte son lot de réductions d’effectifs. Au total depuis 2003, soixante-dix-sept postes d’enseignants ont été rayés de la carte. Soit une réduction d’un
tiers, résume-t-on en salle des profs. « Notre lycée est le recordman de France des suppressions de postes », soupire Thierry Rodriguez, syndiqué au SNES. D’où le malaise au sein de
l’établissement.
Dans le même temps, les effectifs lycéens ont
aussi diminué, pour s’établir à 1 617 élèves en 2008-2009. L’établissement en aurait perdu 400 en six ans, selon le SNES. La chute serait plus accentuée, selon les statistiques du proviseur,
Freddy Vogler, qui évoque une perte de 700 unités. Quoi qu’il en soit, le personnel enseignant se réduit à un rythme plus élevé que la population lycéenne. Et le taux d’encadrement s’en
ressent.
Langues vivantes les plus malmenées
« Il arrive d’avoir 35 élèves dans une salle prévue pour 28 », raconte une professeure de français. « Il manque parfois des chaises et des tables », confirme Elsa Lapalisse,
élève de terminale et élue au conseil d’administration du lycée. « Il n’est pas évident de préparer une classe de 35 élèves à l’oral du bac de français », enchaîne l’enseignante.
« Le ministre parle de suivi personnalisé, poursuit Elsa Lapalisse, mais plus nous sommes nombreux en cours, plus ça devient difficile pour les professeurs de nous
suivre. »
Au lycée Marie-Curie, l’apprentissage du russe n’est plus qu’un souvenir, et beaucoup s’inquiètent aujourd’hui pour les options théâtre, musique, arts plastiques et histoire des arts. Pour
l’heure, les langues vivantes semblent les plus malmenées. « En terminale, les élèves des filières S, L et ES sont regroupés pour l’enseignement des langues, alors qu’ils n’ont pas les
mêmes épreuves au bac », témoigne Elsa Lapalisse. « 35 élèves par classe, c’est vingt secondes d’oral pour chacun », résume Jean-Claude Authier, parent d’élève, militant à la
FCPE. « Les classes de sciences et techniques de laboratoire (STL) et sciences et techniques sanitaires et sociales (STSS) n’ont pas droit à l’apprentissage d’une deuxième langue vivante,
pourtant prévu dans les textes officiels ! » s’insurgent les professeurs. Ces élèves sont donc handicapés s’ils veulent rejoindre l’enseignement général. En salle des professeurs, on
se demande s’il n’existe pas une volonté de vouer l’établissement au seul enseignement technologique.
Vers « Un savoir au rabais »
Le lycée Marie-Curie, le plus important des Hautes-Pyrénées, compte 168 enseignants, mais tous ne sont pas à temps plein. Un nombre insuffisant ? « Il existe une dotation horaire
globale (DHG), et le chef d’établissement met en oeuvre, avec les moyens qu’on lui donne, la politique décidée au niveau national », répond sobrement le proviseur. Freddy Vogler souligne
que « les enseignements obligatoires et les enseignements facultatifs liés aux langues sont assurés ». Il invoque la baisse démographique dans les Hautes-Pyrénées. À la prochaine
rentrée, selon les prévisions, il naurait plus 326 élèves de seconde répartis en 10 classes, mais 312 élèves pour 9 classes. La moyenne passerait donc de 32,6 élèves par classe à 34,7. Le
proviseur : « Une classe de 35 élèves est une norme admise nationalement. Ce ne sont pas de mauvaises conditions d’études. Pour les langues, c’est vrai, de plus faibles effectifs
permettraient plus d’exposition à l’oral. »
Le conseil d’administration du 24 février a rejeté la DHG proposée. Cependant, son avis n’est que consultatif… Marie-Pierre Vieu, vice-présidente (PCF) du conseil régional de Midi-Pyrénées, siège au conseil d’administration. Elle a voté contre la DHG : « Le lycée Marie-Curie est en péril. On essaie de réduire l’enseignement à la portion congrue et, conformément aux politiques libérales, on s’achemine vers un savoir au rabais, un savoir minimal. La situation de Marie-Curie est symbolique. »
Bruno Vincens
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