La capote porte encore sa croix !

Plus de vingt ans de prévention contre le sida et l’Église remet le couvert hier matin. Cette fois, c’est l’évêque d’Orléans qui a eu l’honneur du scandale en voulant justifier les propos de Benoît XVI : « La preuve est faite que le préservatif n’est pas une garantie à 100 % contre le sida », a-t-il expliqué avant d’ajouter : « Vous le savez très bien, tous les scientifiques le savent : la taille du virus du sida est infiniment plus fine que celle d’un spermatozoïde ». Mgr André Fort a poussé le vice jusqu’à suggérer qu’à l’instar des paquets de cigarettes qui portent la mention « Danger », « on devrait mettre sur les boîtes de préservatifs : "fiabilité incomplète" ». L’évêque, qui attribuait à son discours une valeur scientifique, a été contredit sans attendre par le docteur Philippe Arsac du réseau Sida Loiret : « Le virus ne passe pas à travers la paroi du préservatif. Les préservatifs vendus en France doivent avoir la norme NF. Leur qualité a été contrôlée. C’est un discours qu’on entend depuis longtemps, mais qui n’a aucun raisonnement scientifique valable. »
Face au tollé, Mgr Fort disait appuyer son argumentation sur un article de l’Osservatore Romano « qui informait d’une étude précisant que le préservatif n’était fiable qu’à 97 % dans les meilleures conditions d’utilisation et à 87 % dans les conditions communes telles quelles se présentent en Afrique ». L’ecclésiastique a néanmoins admis avoir commis « l’erreur de parler de questions posées dans des études antérieures sur la perméabilité du préservatif » et prendre « acte des déclarations expertes des spécialistes qui attribuent ces échecs à d’autres causes. »
Les diverses sorties du pape concernant le sida, la levée de l’excommunication de l’évêque négationniste, Richard
Williamson, et l’excommunication d’une Brésilienne à la suite de l’avortement de sa fille de neuf ans, violée, ont suscité une vive émotion au sein de la communauté catholique. Un récent
sondage IFOP révélait que 43 % des catholiques français souhaitaient le départ de Benoît XVI. Une première. Des voix telles que celles de l’écrivain Gaston Kelman dans Témoignage chrétien
demande à l’Église d’accompagner « les grands bouleversements de la civilisation » et de se rapprocher du peuple afin de ne pas s’enferrer « dans ce système archaïque de
féodalité à la robe ».
Lina Sankari
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