"1,7 million pour le patron, des miettes pour nous " !
Correspondance particulière.
« Monsieur Polman vient de se faire attribuer 1,7 million d’euros pour sa période d’essai de trois mois à la direction d’Unilever et il demande aux 244 salariés d’Amora qui vont être mis à
la porte de partir avec un chèque de 50 000 euros », s’emporte Mamadou N’Guingue, délégué CGT chez Amora-Maille, à Chevigny (Côte-d’Or). Depuis lundi, les sites de Dijon et de Chevigny
subissent le blocage des productions par les salariés, qui tentent de faire revenir la direction d’Univeler sur le montant des primes supralégales.
Rien à voir avec la crise
« Sur la base actuelle des propositions de la direction, les plus anciens partiraient, toutes primes confondues, avec 100 000 euros alors qu’en 2008, Unilever a fait 5,3 milliards d’euros
de bénéfice. Nous estimons que le groupe a les moyens de payer la casse sociale qu’il crée de toutes parts dans le secteur. Ici, ces licenciements n’ont rien à voir avec la crise, le groupe va
bien. Il restructure. C’est tout, et c’est nous qui devrions en payer les effets. Ce n’est pas admissible », souligne un salarié, une vingtaine d’années d’ancienneté et résolu à maintenir
le blocus devant la porte de la plate-forme logistique d’Amora, à Chevigny.
Le soutien de la population
Une situation qui ne semble pas perturber la direction, qui avoue, même, qu’elle s’y attendait et qu’elle l’avait anticipée en créant du stock loin des terres bourguignonnes. Dans ce bras de
fer entre des salariés déterminés et une direction intransigeante, le conflit s’est déplacé, mercredi , sur le terrain de la grande distribution. Les Amora ont envahi un hypermarché Carrefour
et ont rempli plusieurs chariots de pots de moutarde, de cornichons, de mayonnaises et de vinaigrettes avec l’approbation massive de la clientèle : « Notre combat a toujours bénéficié
du soutien de la population. On doit continuer de l’informer. Or, tous ces produits Amora sont aujourd’hui fabriqués en Pologne, en Turquie, en Espagne, en République tchèque et en Hollande. Si
l’on ne fait pas payer la casse de l’emploi par Unilever, demain, la moutarde de Dijon deviendra également un produit banalisé fabriqué dans les pays de l’Est », souligne Mamadou
N’Guingue.
Comme à Saint-Dizier (Haute-Marne), il y a un an, lors du conflit chez Miko, la direction d’Unilever tente, tant
bien que mal, de créer une fracture au sein de l’intersyndicale locale CFDT, FO, CGT en recourant à des intervenants syndicaux extérieurs au conflit. Dans l’immédiat, celle-ci fait front et
maintient sa revendication de l’octroi d’une prime supralégale de 124 000 euros pour tous les salariés : « Ce n’est même pas six mois de salaire de notre PDG ! » tonne le
cégétiste. Les négociations interrompues, hier, devraient reprendre aujourd’hui et le blocus est maintenu. La composition de la moutarde sociale proposée par Unilever commence vraiment à leur
monter au nez.
Alain Cwiklinski
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