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Tribune libre - Article paru le 26 mars 2009 dans l'Humanité

Un affaiblissement programmé de la SNCF !

Par Thierry Roy, Grégory Roux, Henri Bascunana, administrateurs CGT de la SNCF.


À écouter les commentaires préformatés des experts et autres dirigeants politiques, les salariés du public n’auraient pas de raison de se mobiliser avec les salariés du privé dans la période ! Affirmer cela, c’est nier le rôle essentiel que joue le domaine public dans la cohésion sociale d’une nation. C’est aussi nier les impacts négatifs que les choix politiques du gouvernement ont sur la fonction et les services publics.


Quand, d’un côté, Sarkozy vide les caisses de l’État au profit des plus aisés grâce au bouclier fiscal, au profit des entreprises grâce aux milliards d’exonérations fiscales inefficaces socialement, il faut bien retrouver les moyens de les remplir. Cela se traduit bien évidemment par de nouvelles ponctions sur les salariés mais aussi sur des économies dans la fonction publique, voire la privatisation des services publics.

Dans le cas de la SNCF, nous n’en sommes pas encore arrivés à ce point mais depuis 2008 l’État vient se servir dans les caisses par l’octroi unilatéral d’un dividende sur le dos des cheminots et des usagers.


En 2008, la SNCF a donc versé un dividende de 131 millions d’euros à l’État. Surprise ! À la clôture de l’exercice comptable 2008, la SNCF a réalisé 134 millions d’économies sur l’emploi des cheminots, soit 2 728 emplois supprimés en 2008. Personne ne peut s’empêcher de faire la relation entre le dividende versé à l’actionnaire et les suppressions d’emplois.


La SNCF, qui ne cesse de clamer publiquement qu’elle est une des entreprises qui recrutent le plus dans le pays, oublie de dire qu’elle est aussi une des entreprises qui suppriment le plus d’emplois. Elle participe activement au plan de relance du chômage du gouvernement. Cette politique de sacrifice de l’emploi public a des conséquences néfastes sur les conditions de travail des cheminots et sur les conditions de transport des usagers et des cheminots. Les usagers des transports en Île-de-France mais aussi ceux des régions en font tous les jours l’amère expérience. En 2009, l’État ponctionnera 183 millions d’euros dans les caisses de la SNCF.


Les administrateurs CGT de la SNCF ont, de nouveau, signifier leur désaccord sur cette pratique de l’État qui renforce au passage le diktat des actionnaires dans les entreprises privées au détriment des salariés et de l’investissement dans l’outil de production. Cette ponction de l’État est paradoxale pour une entreprise qui voit son endettement augmenter pour financer ses investissements. Elle devient scandaleuse quand on connaît l’urgence des besoins en infrastructure ferroviaire rénovée, en matériel moderne et en emplois de cheminots, notamment en Île-de-France. Il faut une inflexion significative dans le budget 2009 de la SNCF qui, en l’état, renforcerait les difficultés vécues par les usagers pour les trains de la vie quotidienne et ne répondrait aucunement aux exigences d’accélération de remise à niveau et d’amélioration de l’infrastructure ferroviaire. L’intérêt général doit prévaloir sur la rentabilité à tout prix.


Et pour le fret, il y a urgence !

Tous les indicateurs sont au rouge. Plus ça va, plus les trains prennent la route. Ni les grèves, ni la concurrence, ni la crise (1) ne peuvent expliquer ni justifier ces résultats désastreux pour le fret. Les choix et la stratégie mis en oeuvre depuis 2003 sont en grande partie responsables de cette situation. Depuis 2003, les seuls objectifs atteints sont ceux de productivité, de destruction de l’emploi et d’abandon des installations. La volonté de se positionner sur les trafics dits rentables, avec une réduction importante de l’outil de production, des fermetures d’installations fret et la suppression massive d’emplois, a affaibli notre entreprise. Dans ces conditions, la SNCF refuse certains trafics, même rentables. Elle délaisse ou transfère aux entreprises privées ou à des filiales, avec la seule ambition recherchée de s’attaquer aux droits et conditions sociales des cheminots. Il est aujourd’hui vital que le gouvernement et la SNCF changent de stratégie. La société a plus que jamais besoin de services publics forts.


(1) Il y a eu 0,75 jour de grève par agent en 2008 contre 2,7 en 2007. La concurrence ne touche que 8 % à 10 % du trafic. La crise n’a commencé à peser qu’en décembre 2008.

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Tag(s) : #Politique
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