Certaines villes américaines consomment jusqu’à mille litres tous les jours, contre quelques dizaines de litres dans nombre de pays africains où 80% des maladies (diarrhées,
choléra…) sont liées à l’eau.(Photo Julien Harneis)
Une ressource qui se renouvelle mais pas à l’infini, des
problèmes de répartition inégale, des soucis de gestion, de traitement et de distribution... L’eau, une question aux multiples facettes.
A l’inverse du pétrole ou du gaz, l’eau est une ressource qui se renouvelle. Elle n’est cependant
pas illimitée et il faut aussi composer avec la pollution, le réchauffement de la planète et le gaspillage. D’autant que, d’ici 2050, les besoins en eau potable au niveau
mondial auront doublé. L’idée des divers forums et instances de réflexion comme celui qui se déroule actuellement à Istanbul est donc de réfléchir aux moyens de changer les
modes de consommation.
Aujourd’hui, c’est l’agriculture qui consomme le plus, captant 70% de la consommation mondiale en eau, suivie par l’industrie (20%) et enfin les usages
domestiques (10%). La population mondiale augmentant de 80 millions de personnes par an, environ, la demande en eau douce devrait croître de 64 milliards de mètres cubes par an
d’ici 2050. Par ailleurs, faute d’amélioration significative des systèmes d’irrigation, l’agriculture pourrait voir sa part passer à 90%. Beaucoup de chiffres à prendre en
compte donc, avec en plus, le fait que l’Union européenne ait décrété, comme priorité, l’écosystème. La gestion de l’eau devrait désormais se préoccuper d’abord de la pérennité
des écosystèmes, puis des besoins de l’homme et enfin des autres usages.
Source de tensions.
Si l’eau est rare, elle est aussi très inégalement répartie, faisant craindre une « guerre de l’eau », même si la formule est désormais récusée, notamment par Ban Ki-Moon,
secrétaire général des Nations Unies, au profit de l’expression « L’eau, source de tensions ». De l’Inde à l’Afrique, en passant par l’Asie ou le Moyen-Orient, les exemples de
conflits liés à l’eau sont nombreux : autour de l’usage concurrent de l’eau du fleuve Cauvery entre les Etats du Tamil Nau et de Karnataka, sur les conséquences de la
construction du barrage thaïlandais de Pak Mun dans le bassin du Mékong, autour du delta de l’Okavango-Makgadikgadi que le Botswana veut préserver et que la Namibie veut
canaliser… Sans oublier Israël sans ressources propres en eau, exploitant illégalement les nappes phréatiques de Cisjordanie et dépendant du Jourdain et de sources situées en
Syrie et au Liban. Sans négliger, enfin, le cas turc qui, avec l’Euphrate et le Tigre, détient la clé de l’approvisionnement en eau de ces régions. A noter que durant ce forum,
des annonces pourraient être faites concernant le partage des eaux de ces deux fleuves entre la Turquie, l’Irak et la Syrie.
Le coût de l’eau.
Après les ressources, la problématique de l’eau touche ensuite aux questions de gestion, de traitement et de distribution. Ici, une donnée est essentielle : dans le monde, un
homme sur six n’a pas d’accès direct à l’eau et un sur deux ne dispose pas de système d’assainissement, ce qui est synonyme de fabrique de maladies. Cette gestion de l’eau a
évolué en fonction de la manière de la consommer. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le principe était d’aller chercher, loin s’il le fallait, de l’eau propre. Puis les progrès
sanitaires ont permis de traiter l’eau et de pouvoir utiliser celle à proximité, fut-elle polluée. C’est précisément ce traitement et sa distribution qui constituent le coût de
l’eau et peuvent le faire évoluer. Rien qu’en France, le prix au mètre cube peut passer de 1 à 4 euros, comme en Bretagne où l’eau est très polluée.
Qui dit coût de gestion dit aussi bénéfices possibles. Le gâteau se révélant assez conséquent, des sociétés privées se sont positionnées. Suez et Véolia sont
les plus anciennes, acquérant au fil des ans une expertise justifiant leur présence aux quatre coins du monde. Cependant, si elles ont un rôle important sur des points
spécifiques, elles ne concentrent, au niveau mondial, que 7 à 8% de la consommation de l’eau.
Public ou privé ?
Dans les pays en développement, le taux de recouvrement des factures d’eau ne s’élève qu’à 70%. Forcément, les services publics sont sous-financés et c’est ce qui a, en partie,
motivé les délégations à des sociétés privées. Cependant, l’histoire a aussi montré les limites de ce système tant valorisé par la Banque mondiale, du fait notamment du manque
de transparence autour de la gestion et de l’inefficacité à donner un accès régulier et fiable à l’eau potable pour un maximum de personnes.
Dès lors, la remise en cause d’un système privé est montée en puissance. Au niveau européen, la mode est à la mixité avec une forte présence publique assortie
d’une multitude de partenariats public-privé et d’une gouvernance à plusieurs niveaux. En France, la commune varoise de Varanges a fait office de précurseur pour un retour à une
gestion publique de l’eau. Si celle-ci a permis de réaliser d’indéniables économies (de 27 à 44% moins cher), elle a aussi montré quelques limites avec notamment un
important besoin de compétences particulières. Pour y répondre, le Conseil régional Provence Alpes Côte d’Azur envisage de mettre en place une maison de l’eau, permettant la
formation des personnels publics.
Décryptage
Angélique Schaller
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