« La mer (…) représente un potentiel formidable pour aujourd’hui et pour demain. Avec des retombées économiques, culturelles et sociales cruciales. Des millions d’emplois
directs et indirects dans un pays qui est le premier pays maritime de l’Union européenne. »Photo: RT
Selon Robert Allione, le Grenelle de la mer doit être considéré comme un rattrapage des textes européens.
Un aboutissement légal et culturel, alors que le Grenelle de l’environnement avait effleuré les questions maritimes.
Pour Robert Allione, l’intarissable et enthousiaste président du Conseil consultatif régional de la
mer, le nouveau Grenelle annoncé ne doit pas être considéré comme un acte fort et volontaire du gouvernement français en faveur de la mer, mais plutôt comme un rattrapage des
textes européens préconisant à chaque Etat de se doter d’une politique maritime. Ce qui, évidemment, ne saurait constituer en aucun cas un procès à charge. Mais plutôt un
aboutissement légal et culturel.
Mise en conformité
Attablé aux côtés de son épouse à quelques encablures du Vieux Port de Marseille, Robert Allione savoure son premier café de la journée tout en se remémorant les luttes
nombreuses et les rêves complexes de ce monde de la mer dont il est protagoniste majeur depuis plusieurs décennies déjà. Pour lui et ses collègues du Conseil de la mer, il
s’agit d’abord d’analyser toutes les contradictions d’une situation à la fois réjouissante et alarmante.
« Je ne peux dire que je ne suis pas satisfait de voir enfin les problèmes de la mer pris en compte de manière globale avec ce néo-Grenelle de la mer. Il faut souligner à ce
propos que le fameux Grenelle de l’Environnement avait éludé la question maritime en quelques lignes notoirement insuffisantes. Alors la démarche gouvernementale actuelle nous
satisfait dans la mesure où l’on semble enfin vouloir prendre en compte l’ensemble de nos problèmes et de nos questions. Bien que cela ne constitue en somme qu’une mise en
conformité avec les recommandations européennes de l’après livre bleu sur la mer, il s’agit d’un acte important. Si important d’ailleurs qu’il ne saurait être question
d’accepter des textes prétextes ou des mesures sans réelle portée. Le gouvernement va devoir entendre l’ensemble du monde de la mer. Et n’éluder aucune question. Aucune.
»
« Du concret mais aussi du réfléchi
»
Un Grenelle important, voire essentiel certes. Mais un Grenelle quelque peu précipité. Robert Allione imaginait un autre tempo, un autre calendrier. Plus en phase avec l’extrême
variété et la redoutable complexité des enjeux.
« Les professionnels de la mer sont mécontents. De la situation qui perdure déjà. Et puis du rythme ultra-rapide avec lequel le gouvernement prétend adopter afin d’aboutir très
vite. L’état des lieux est souvent désastreux. La concertation, dans ce contexte sarkozien, risque d’être plus difficile. Comment accepter que tout soit bouclé-bâclé en deux
mois ? Il y a de quoi s’interroger avec angoisse sur le sérieux de l’affaire. Nous attendons du concret mais aussi du réfléchi. Il nous faut une politique qui ait valeur de
stratégie. La mer mérite d’avantage. Elle représente un potentiel formidable pour aujourd’hui et pour demain. Avec des retombées économiques, culturelles et sociales cruciales.
Des millions d’emplois directs et indirects dans un pays qui est le premier pays maritime de l’Union européenne. On ne peut pas aborder ce dossier à la légère. Il y a le
portuaire, la réparation navale, la marine marchande, la pèche, l’aquaculture, la pisciculture, le nautisme, le tourisme. Avec à chaque fois des problèmes spécifiques qui
s’entremèlent avec d’autres. Par exemple la question des quotas de pêche. Il y a un quota pour les pécheurs professionnels et un quota pour les plaisanciers. Mais le scandale
c’est que le quota des plaisanciers est pris sur le quota des professionnels. Et un autre scandale absolu qui est celui du quota appliqué aux seuls pêcheurs français. Les
industriels étrangers de la pêche, le plus souvent sous pavillons de complaisance, se moquent de nos quotas et de la défense des espèces. Ils font ce qu’ils veulent dans les
eaux internationales. Il faudrait évoquer aussi les textes différents d’un Etat à l’autre. Très restrictifs en France, laxistes ailleurs. »
Une question de culture et
d’identité
Au niveau de la seule région Provence-Alpes-Côte d’Azur, tous les problèmes sont présents. Et ils concernent un nombre très important d’emplois, d’entreprises, de ports et
d’associations. Avec en prime le contexte d’une Union pour la Méditerranée en train de se construire autour d’une idée et d’une mer. Cette Méditerranée que Robert Allione
imagine comme un formidable trait d’union entre les peuples.
« En Paca le mer c’est un minimum de 500000 emplois. Ce n’est pas rien. Le Grenelle de la mer va devoir prendre en compte les problèmes, entendre les gens et mettre en œuvre une
politique économique, sociale et culturelle. Car la mer c’est aussi une question de culture et d’identité.»
« Si l’on fait ce qu’il faut, en engageant aussi le dialogue avec nos voisins des deux rives de la méditerranée, le maritime peut devenir un facteur incroyable de développement
économique et de paix. Je songe aux autoroutes de la mer qui permettraient de désengorger les routes entre l’Italie et la France en transportant les remorques routières par voie
maritime. Nos ports sont prêts pour ce défi. Il faut que les politiques l’engagent avec volontarisme désormais. Et sans atermoiements politiciens. »
Les sociétés nautiques ont un rôle à
jouer
La mer instrument privilégié de cohésion sociale
et de reconquête identitaire. Entre protection de la nature, mise place d’échanges culturels et soutien aux associations, Robert Allione envisage l’avenir avec optimisme.
A la manière de la poétesse provençale radicale Fabienne Raybaud, il s’at-
tache au partage des valeurs et des émotions. Partout où il y a la mer il y a le rêve.
« Une politique de la mer ambitieuse
et imaginative doit absolument prendre en compte le fait culturel et soutenir
le mouvement associatif. Les sociétés nautiques sont ainsi un lieu de
cohésion sociale très important. Elles font sans bruit plus que tous les gouvernements. Elles protègent, améliorent, partagent, développent. Elles avancent avec humanité et
intelligence. Cette humanité et cette intelligence sont nécessaire pour le Grenelle de la mer soit une réussite. Tout est possible. Nous sommes en attente.
»
Entretien Salvatore Lomb
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